« Comme Il Faut » lance une campagne controversée contre la famine présumée à Gaza
La marque de mode israélienne qui montre des chefs brandissant des casseroles vides a provoqué un tollé en Israël, où beaucoup accusent le Hamas et rappellent la faim des otages
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JTA – Au début de la guerre à Gaza, la marque de mode féminine israélienne Comme Il Faut avait lancé une campagne avec des mannequins et des femmes d’affaires de renom pour attirer l’attention sur les otages israéliens enlevés par le groupe terroriste palestinien du Hamas le 7 octobre 2023.
Cette semaine, la marque a de nouveau fait parler d’elle avec une campagne sur les réseaux sociaux dénonçant la famine présumée parmi les civils de Gaza.
Diffusée sur les comptes Instagram et Facebook de Comme Il Faut, elle montre des chefs et restaurateurs israéliens brandissant des casseroles vides avec la légende « Résistez à la famine », en hébreu, anglais et arabe. L’initiative a suscité la controverse et les critiques au sein d’une opinion publique israélienne à la fois désireuse de voir la guerre à Gaza s’achever et déchirée par les témoignages sur les conditions de vie dramatiques des Palestiniens.
« Nous avons pensé qu’en raison de ce qui se passe à Gaza et de la famine qui y sévit, il fallait organiser cette séance photo avec des professionnels de l’industrie alimentaire et des chefs », a expliqué Romi Kaminer Goldfainer, directrice de Comme Il Faut, dans une interview. « Nous nous sommes dit que s’il est difficile de parler de mode en cette période, il est encore plus difficile de parler de nourriture, de vin et de gastronomie alors qu’à une heure de route de Tel Aviv, les gens souffrent de la faim. »
Kaminer Goldfainer, dont la mère Sybil a fondé la marque en 1987, dit s’être inspirée d’une publication d’un chef israélien sur les réseaux sociaux, qui racontait ses difficultés à promouvoir son entreprise face aux informations faisant état de famine à Gaza.
« Nous créons des vêtements pour femmes et nous pensons que la mode est aussi une question politique, au même titre que la nourriture et tout ce qui touche à la culture », explique-t-elle.
Cette campagne intervient alors que, près de deux ans après le début de la guerre, la situation à Gaza suscite une attention nouvelle en Israël. Longtemps, les autorités ont rejeté les allégations de famine, mais le mois dernier, un organisme international de surveillance a estimé que certaines zones répondaient aux critères pour la déclarer officiellement. Sous la pression internationale et face à une opposition croissante de l’opinion publique israélienne à la guerre, le sort des Gazaouis a commencé à être davantage relayé par les médias israéliens.
Par ailleurs, depuis plusieurs mois, des manifestations sont organisées pour attirer l’attention sur la situation des enfants palestiniens, les participants brandissant lors de rassemblements des photos de jeunes Gazaouis.
Nombre d’Israéliens ont toutefois rejeté ces inquiétudes, affirmant qu’elles revenaient à aider l’ennemi et à faire porter injustement la responsabilité à Israël – une critique également adressée récemment aux efforts déployés par les Juifs de la diaspora pour atténuer les privations causées par la guerre aux Gazaouis.
Ces tensions se sont cristallisées dans les commentaires sous les publications Instagram de Comme Il Faut.
« Dites-le au Hamas. La nourriture est chez eux », a écrit un internaute. Un autre a réagi en écrivant que « les seuls qui meurent de faim sont nos otages. Quelle campagne honteuse ».
Kaminer Goldfainer a reconnu que la peur de telles réactions avait dissuadé plusieurs chefs et restaurateurs de participer.
« Les gens craignent pour leur entreprise et hésitent à s’exprimer », a-t-elle confié. Elle a expliqué que Comme Il Faut avait contacté près de 100 chefs et restaurateurs israéliens pour leur demander s’ils souhaitaient participer à la campagne, mais que beaucoup avaient refusé ou n’avaient tout simplement pas répondu à leur demande. D’autres se sont rétractés, par crainte des réactions négatives.
Au final, une dizaine de chefs et restaurateurs israéliens ont pris part à la campagne, dont Michal Levit, chercheuse en culture alimentaire ; Tamar Cohen Tzedek, cheffe et propriétaire du restaurant Cucina Hess 4 ; Avivit Priel Avichai, cheffe du restaurant Ouzeria ; et Aviram Katz, restaurateur à la tête de HaBasta, Mifgash Rambam et Morris Bar.
Dans la légende de certaines publications, les chefs ont écrit en hébreu, en anglais et en arabe qu’ils « ne pouvaient plus rester silencieux face à la famine systématique du peuple de Gaza et des otages parmi eux ».
« Nos estomacs sont noués. Du plus profond de notre âme, nous lançons un cri contre la famine qui touche des millions d’innocents et d’enfants, qui périssent et meurent en masse », poursuivait la légende.
Comme Il Faut a également collaboré avec Parents Against Child Detention (PACD), une organisation israélienne qui milite contre la détention massive d’enfants palestiniens, dans le cadre de cette campagne.
« Notre protestation contre la faim est une protestation au nom de ces garçons et filles qui n’ont aucune voix dans l’espace public. Pour nous, ce n’est pas une question politique, mais une responsabilité morale fondamentale : aucun enfant ne devrait souffrir de faim », a écrit PACD dans une publication Instagram.
« Les voix qui s’élèvent de la communauté culinaire, de femmes et d’hommes dont la vie est dédiée à nourrir, font écho à notre appel : ne vous résignez pas à la réalité des marmites vides », poursuit la publication. « Nous continuerons à nous battre, jusqu’à ce qu’elles soient pleines. »
la Communauté du Times of Israël !







