Comment Trump pourrait aider le Premier ministre à faire le bon choix à Gaza
La menace d’une guerre élargie à Gaza offre l’occasion d’un accord conforme aux exigences de Netanyahu ; Washington peut veiller à ce qu’il la saisisse
- Lire d'autres articles du Times of Israël sur Google – ajoutez-nous à vos sources préférées
David est le fondateur et le rédacteur en chef du Times of Israel. Il était auparavant rédacteur en chef du Jerusalem Post et du Jerusalem Report. Il est l’auteur de « Un peu trop près de Dieu : les frissons et la panique d’une vie en Israël » (2000) et « Nature morte avec les poseurs de bombes : Israël à l’ère du terrorisme » (2004).

Israël se trouve à un tournant décisif.
Après 22 mois de guerre déclenchée par l’invasion et par le pogrom commis par le groupe terroriste palestinien du Hamas, après avoir considérablement affaibli son armée terroriste de 24 bataillons sans pour autant parvenir à obtenir la libération des 50 derniers otages qui se trouvent encore aux mains du groupe, le gouvernement de Benjamin Netanyahu est face à un choix clair. Soit il approuve une proposition que le Hamas aurait acceptée et qui correspond dans les grandes lignes aux cadres déjà défendus par Israël : un accord progressif garantissant la libération de tous les otages et la fin de la guerre, soit il poursuit l’expansion prévue de l’offensive à Gaza City pour contraindre le Hamas à accepter un accord global et immédiat – autrement dit pour le contraindre à signer les conditions de sa capitulation.
Depuis le début, la stratégie de la coalition pour atteindre ses trois objectifs de guerre – à savoir, anéantir le Hamas, obtenir la remise en liberté des otages et garantir que Gaza ne puisse plus jamais menacer Israël – manque de cohérence et de constance. Les dirigeants n’ont jamais su concilier leur volonté de détruire totalement le Hamas et la nécessité de ramener tous les captifs. Or, si le Hamas a enlevé ces otages et qu’il refuse de tous les relâcher, c’est précisément pour assurer sa survie dans la guerre qu’il a délibérément déclenchée dans le cadre de sa stratégie de destruction d’Israël.
Chancelante et divisée, la coalition a multiplié discours et décisions contraires aux intérêts fondamentaux du pays, compromettant ainsi sa cohésion interne, sa boussole morale et sa légitimité internationale. Elle a élargi puis restreint le champ de la guerre. Elle a approuvé des accords avant de les abroger, le plus récemment en mars. Des ministres clés ont publiquement prôné l’occupation et la réinstallation d’implantations dans la bande de Gaza ; le Premier ministre a nié toute intention de ce type, mais il n’a sanctionné personne pour l’avoir déclaré. Le mois dernier, un ministre a affirmé qu’Israël allait tambour battant vers l’anéantissement de Gaza et que Gaza tout entière deviendrait juive. Netanyahu a précisé qu’il ne s’agissait pas de la politique du gouvernement, mais ce ministre est toutefois resté en place.
Il est sidérant de constater que, pendant onze semaines – de mars à mai – la coalition a ordonné l’arrêt total de l’aide humanitaire à Gaza, en affirmant que l’enclave disposait de suffisamment de nourriture et d’autres biens essentiels, mais que le Hamas et d’autres groupes armés les détournaient. C’était probablement vrai, mais comme l’a reconnu par la suite Tsahal, tous les Gazaouis n’avaient pas accès à une aide suffisante. Le Hamas – qui détourne évidemment autant d’aide qu’il le peut, qui se sert en priorité et qui extorque le reste aux civils de Gaza pour remplir ses caisses et financer ses nouveaux recrutements – a su exploiter cette situation dans les médias internationaux en exhibant des enfants gazaouis souffrant de malnutrition.
La politique du « zéro aide » a renforcé le statut de paria d’Israël sur la scène internationale, alimenté une nouvelle vague d’antisémitisme, provoqué consternation et critiques dans la diaspora juive, et laissé nombre d’Israéliens honteux de la politique de leur gouvernement. Inutile de préciser qu’elle n’a en rien contraint le Hamas à assouplir ses exigences pour un accord de cessez-le-feu et la libération des otages, puisque le Hamas se moque éperdument des souffrances de la population de Gaza, sur la tête de laquelle il a déclenché cette guerre avec son pogrom du 7 octobre 2023 dans le sud d’Israël.
Aujourd’hui, bien trop tard, Israël a rétabli l’acheminement de l’aide humanitaire. Et cette semaine, le ministre des Finances a approuvé des milliards de dollars pour Gaza – le même ministre des Finances qui prône l’annexion de la Cisjordanie et de Gaza et qui jurait encore au mois d’avril, lors de la suspension de l’acheminement des aides humanitaires, qu’« il ne passerait pas un grain de blé » dans la bande.
Netanyahu a attribué cette semaine l’acceptation par le Hamas d’une version de la proposition dite « Witkoff » à la « pression immense » exercée sur le groupe terroriste, alors que Tsahal se prépare à ordonner l’évacuation d’environ un million de Palestiniens de Gaza-City et à conquérir ce qu’il a présenté comme le dernier bastion clé du Hamas. La question est de savoir si Israël doit capitaliser sur cette situation, suspendre l’offensive élargie et conclure l’accord, ou bien poursuivre son avancée sur Gaza-City, au risque de compromettre la vie des otages qui y seraient détenus, de perdre encore des soldats, d’épuiser davantage une armée et des réservistes déjà sursollicités, et de s’exposer à une condamnation internationale accrue, à de possibles sanctions et à un soutien renforcé en faveur de la création d’un État palestinien.
À l’heure où ces lignes sont écrites, Netanyahu réfléchit encore à la voie à suivre, tandis que l’état-major intensifie ses préparatifs pour Gaza-City.
C’est précisément ici que le président américain Donald Trump pourrait intervenir. Son objectif déclaré, répété à de nombreuses reprises, est de mettre rapidement fin à la guerre et d’obtenir la libération de tous les otages. Son cœur est avec Israël, mais une partie de sa base ne l’est plus ; Israël est en train de perdre la jeunesse américaine, toutes sensibilités confondues. Comme ailleurs, une part croissante de l’opinion publique américaine est passée de l’horreur face à la barbarie du Hamas, puis d’une certaine admiration pour certains aspects de la riposte israélienne – la dévastation infligée au Hezbollah et la campagne de douze jours contre les programmes nucléaire et balistique iraniens – à la conviction qu’un gouvernement israélien extrémiste attise le radicalisme. Un sondage Pew réalisé en avril, en pleine interdiction de l’aide, avait montré que la majorité des Américains ont désormais une opinion défavorable d’Israël.
« Nous ne reverrons les otages restants que lorsque le Hamas sera confronté et détruit !!! Plus cela arrivera vite, meilleures seront les chances de succès », a écrit lundi le président américain, laissant entendre son soutien à l’expansion de la guerre voulue par Netanyahu.
Or, pour démanteler le Hamas et l’empêcher de poursuivre sa raison d’être, qui est de « détruire Israël », il ne suffit pas d’avoir vaincu son armée, ce qu’Israël a en grande partie accompli. Il faut encore le désarmer, démilitariser la bande de Gaza et éliminer sa capacité, aujourd’hui encore considérable, à maintenir son règne de terreur en tant qu’unique autorité de gouvernement dans l’enclave.
Le redoutable envoyé spécial de Trump, Steve Witkoff, a joué un rôle clé dans la conclusion de l’accord de janvier portant sur un cessez-le-feu ouvrant la porte à la libération d’otages – abrogé par Israël au mois de mars – et a sans doute œuvré en coulisses sur le cadre progressif légèrement remanié que le Hamas affirme désormais accepter.
C’est maintenant que Trump, par l’intermédiaire de Witkoff, pourrait et devrait intervenir pour négocier les conditions de « l’après-guerre » à Gaza. Le Hamas ne se retirera pas de lui-même : il doit être écarté, ce qui implique la mise en place d’une autre forme de gouvernance. L’Égypte, qui a renforcé son rôle de médiateur, reléguant quelque peu au second plan le Qatar, qui finance Al-Jazeera et qui soutient le Hamas, a proposé la création d’un gouvernement de technocrates palestiniens dans la Gaza d’après-guerre. Ce dispositif permettrait à l’Égypte, à la Jordanie, aux Émirats arabes unis et à d’autres acteurs de s’impliquer directement, de façon légitime aux yeux du monde arabe, dans la démilitarisation et dans la reconstruction de la bande de Gaza.
C’est précisément ce type de mécanisme que Netanyahu exige comme l’une de ses cinq conditions pour mettre fin à la guerre : un organe civil ni israélien, ni Hamas, ni relevant de l’Autorité palestinienne (AP), mais, comme il l’a déclaré au début du mois, « fondamentalement disposé à vivre en paix avec Israël et à offrir un avenir différent aux Gazaouis ».
L’ouverture de Trump consiste ici à négocier un accord, non pas entre Israël et le Hamas, qui ne signera jamais sa propre disparition, mais entre Israël et les acteurs régionaux qui ont manifesté leur disponibilité de principe pour intervenir et réhabiliter la bande de Gaza. Netanyahu ne veut pas de l’AP à Gaza. Les acteurs régionaux, ainsi que les alliés internationaux d’Israël (devenus moins fiables), exigent qu’elle ait un rôle, tout en soulignant la nécessité absolue de la réformer et de la surveiller de près. Washington devrait s’attacher à forger un compromis viable : ouvrir la voie à une gouvernance débarrassée du Hamas, négocier un mécanisme de sécurité permettant à Israël d’intervenir si nécessaire, et conditionner la réhabilitation comme la reconstruction de Gaza à sa démilitarisation.
Plutôt que d’étendre la guerre, Trump a la capacité unique d’encourager Netanyahu à avancer sur la proposition Witkoff, à obtenir la libération du plus grand nombre possible d’otages et à préparer la mise en place d’un mécanisme, soutenu par les États-Unis, pour l’après-guerre à Gaza, dans lequel, comme l’exige Israël, le Hamas serait désarmé et marginalisé.
L’extension de la guerre comporte bien plus de dangers que d’avantages, elle pourrait notamment fragiliser les accords de paix israélo-égyptiens et risquerait aussi d’entamer encore le soutien de l’allié dont Israël ne peut absolument pas se passer, les États-Unis.
La menace d’une extension de la guerre, en revanche, a ouvert une véritable opportunité. Et la seule personne capable de convaincre Netanyahu de la saisir – et de résister aux partis d’extrême droite de sa coalition, qui l’ont poussé à mener une politique guerrière intermittente, déraisonnable et dépourvue de stratégie – c’est Trump.
Cela pourrait bien lui valoir le prix Nobel de la paix qu’il ambitionne. Les Israéliens, tout comme les civils de Gaza, méritent la paix ou, à défaut, un chemin vers celle-ci.
... alors c’est le moment d'agir ! Le Times of Israël vous fournit chaque jour les informations qui vous intéressent. Qu'il s'agisse de la politique, de la high-tech en Israël, de l'enseignement de la Shoah, des Juifs de Diaspora ou bien encore de l'archéologie, de la culture et de l'environnement en Israël : nous tâchons toujours de couvrir un large spectre des sujets qui vous concernent, alors si vous le pouvez, aidez-nous à continuer à vous offrir ce contenu de qualité indispensable, surtout depuis le 7-Octobre.
la Communauté du Times of Israël !







