Damas dément tout déploiement de la Turquie sur la base frappée par Israël
Asaad al-Shaibani affirme que Damas a assuré à Jérusalem qu'aucun soldat turc ne se déployait à Abou Duhur, et défend le droit de la Syrie à établir une coopération militaire avec tout pays de son choix
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Le ministre syrien des Affaires étrangères, Asaad al-Shaibani, a reconnu mercredi que des officiers turcs s’étaient rendus sur la base aérienne qu’Israël a bombardée en Syrie cette semaine, tout en niant toutefois l’existence de tout projet de déploiement militaire de la part de la Turquie.
La visite des officiers turcs à la base aérienne d’Abou Duhur n’a été qu’un aspect de « la coopération militaire en cours » entre alliés, a insisté Shaibani dans une interview accordée à Axios.
Ses propos ont été diffusés par le média quelques heures après que le Premier ministre Benjamin Netanyahu a affirmé qu’Israël avait mis en garde la Turquie, lui demandant, avant de lancer les frappes qui ont pris pour cible la base aérienne, dans la journée de mardi, de ne procéder à aucune activité militaire sur le territoire syrien.
Jérusalem a expliqué avoir pris pour cible la base aérienne car la Syrie « était sur le point de violer » un statu quo convenu en matière de sécurité « en autorisant le déploiement de soldats turcs » sur place.
Une affirmation démentie par Shaibani, qui a dit à Axios qu’il « n’y a aucun renfort militaire turc sur la base – et ce, de quelque manière que ce soit susceptible de justifier une telle interprétation ». La base, en réalité, était en grande partie vide. Elle n’a pas encore été entièrement rénovée et elle n’est pas pleinement opérationnelle, les travaux sur place en étant encore au stade de la remise en état ».
« Par conséquent, faire le lien entre la frappe et une présence militaire turque sur la base, ce n’est pas justifié par la situation telle qu’elle est actuellement sur le terrain », a ajouté Shaibani.
Il a noté, au cours de son entretien avec Axios, que la visite qui a été effectuée par les officiers militaires turcs s’est inscrite dans le cadre d’une « coopération militaire continue dans les domaines de la formation et de l’échange d’expertise », alors que Damas s’efforce de rétablir sa position sur la scène internationale après plus d’une décennie de guerre civile qui s’est achevée par le renversement du régime Assad au mois de décembre 2024.
« La Syrie s’efforce actuellement de reconstruire ses institutions militaires et civiles et de développer leurs capacités », a déclaré Shaibani.
« Elle bénéficie donc de programmes de coopération et de formation avec plusieurs pays, et pas seulement avec la Turquie. Une coopération similaire a eu lieu et se poursuit avec l’Arabie saoudite, la Jordanie, le Qatar et la Russie. »
« La Syrie est un État souverain, et elle a le droit d’établir des relations de coopération et d’alliance avec n’importe quel pays, y compris avec la Turquie », a-t-il souligné.
La Turquie a également nié toute présence militaire sur la base aérienne et s’est engagée à continuer de soutenir « résolument » la souveraineté syrienne.
« Nous affirmons qu’il n’y avait aucune délégation militaire turque à la base aérienne d’Abu al-Duhur avant ni pendant l’attaque menée par Israël contre cette base en Syrie », a déclaré un responsable du ministère de la Défense aux journalistes.
Netanyahu a affirmé, dans la journée de mercredi, qu’Israël avait déjà mis en garde la Turquie contre toute activité militaire en Syrie avant de bombarder la base, tandis que des sources ont indiqué à Reuters que le chef de l’agence de renseignement du Mossad avait abordé la question la semaine dernière avec le ministre syrien des Affaires étrangères.
S’exprimant lors d’une interview en podcast au lendemain de la frappe survenue dans le nord-ouest de la Syrie, Netanyahu a expliqué qu’Israël ne tolérerait pas un renforcement militaire turc « qui s’étend vers le sud, car cela nous menace ».
Mettant en garde la Turquie contre de telles activités militaires en Syrie, Netanyahu s’est contenté de dire « Don’t » (« Ne faites pas ça ») en anglais.
« Le message a été transmis, mais apparemment ils ne l’ont pas entendu ; nous nous sommes donc assurés qu’ils le comprenaient mieux », a-t-il ajouté.
Dans un avertissement ultérieur, jeudi, le ministre de la Défense, Israel Katz, a estimé que le président turc Recep Tayyip Erdogan « entraînait la Turquie dans de dangereuses aventures en Syrie ».
« Israël ne permettra à aucune entité de menacer sa sécurité », a écrit Katz dans un message en hébreu publié sur le réseau social X.
« Il vaut mieux qu’Erdogan continue de prononcer des discours creux et délirants contre Israël au Parlement turc plutôt que de tester la détermination d’Israël à se défendre. »
Trois sources proches du dossier ont confié mercredi à Reuters que le chef du Mossad, Roman Gofman, s’était entretenu par téléphone la semaine dernière avec Shaibani. Les deux hommes ont discuté de la présence militaire turque en Syrie.
Cet appel, qui, selon ces sources, a eu lieu le 14 août, a été l’une des prises de contact les plus élevées connues entre Israël et le nouveau gouvernement syrien depuis la chute de l’ancien dictateur Bashar el-Assad.
La Turquie et la Syrie ont toutes deux réagi avec colère à cette attaque aérienne, qui, selon Damas, a causé des dégâts matériels mais n’a fait aucune victime. Le bombardement a également été condamné par l’ambassadeur américain Tom Barrack, qui l’a qualifié d’ « escalade inutile ».
לא נסבול התבססות צבאית טורקית בסוריה שמאיימת על ישראל.
הבהרנו את המסר בצורה ברורה: Don’t.
כנראה שלא שמעו אותו מספיק טוב, אז דאגנו שיבינו אותו בצורה טובה יותר. pic.twitter.com/O3FtoByEnP
— Benjamin Netanyahu – בנימין נתניהו (@netanyahu) August 19, 2026
Le président américain Donald Trump s’est toutefois abstenu de critiquer publiquement Israël au sujet de cette frappe, se contentant de déclarer à Axios que Washington avait été informé de l’incident.
Pressé de donner plus d’informations, il a dit qu’il « ne pouvait pas en parler » et n’a pas précisé le moment où l’administration américaine avait été mise au courant – avant ou après l’attaque aérienne.
Malgré les tensions entre les deux pays voisins – notamment en raison de la présence de soldats israéliens dans une zone tampon du sud de la Syrie – Israël et les nouvelles autorités syriennes ont tenu plusieurs séries de pourparlers directs et les deux pays ont convenu de mettre en place un mécanisme de partage de renseignements.
Mais Israël a tiré à plusieurs reprises la sonnette d’alarme concernant une présence turque qui serait déjà bien ancrée en Syrie, et dans un communiqué qui a été diffusé mardi, le bureau de Netanyahu a affirmé que les soldats turcs avaient été autorisés à se déployer sur la base aérienne, violant ainsi un statu quo convenu.
Israël « a averti à plusieurs reprises la Syrie qu’un tel déploiement constituerait une menace pour la sécurité d’Israël », a ajouté le communiqué, et « la Syrie a choisi d’ignorer ces avertissements ».
Alors que la Turquie a accusé Israël de formuler des allégations sans fondement, l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH) a indiqué que les frappes avaient eu lieu après « la visite d’une délégation militaire turque à l’aérodrome ces derniers jours ».
Israël a lancé des centaines de frappes sur la Syrie depuis le renversement d’Assad, au mois de décembre 2024, par des forces islamistes, avec à leur tête l’ancien jihadiste Ahmed al-Sharaa, qui s’appuie sur le soutien de la Turquie et qui a reçu le soutien enthousiaste de Trump. Mais la dernière frappe s’est enfoncée bien plus profondément en territoire syrien que la « zone de sécurité » qui est située dans le sud du pays.
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