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Reportage

Dans les kibboutzim du sud, le 3e anniversaire du 7-Octobre ravive les traumatismes de la guerre et du terrorisme

90 % des résidents du sud qui avaient été évacués sont de retour chez eux, et décrivent comment ils comptent sur des liens communautaires solides face à l'incertitude et à la souffrance persistantes

Sue Surkes est la journaliste spécialisée dans l'environnement du Times of Israel.

Les dernières retouches sont apportées aux photos et aux objets exposés avant un événement commémorant les événements du 7 octobre 2023, au club communautaire récemment rénové du kibboutz Nahal Oz, le 6 octobre 2026. (Crédit : Sue Surkes/Times of Israel)

Au kibboutz Nahal Oz, les travaux de rénovation du club communautaire, criblé d’impacts de balles, ont été achevés juste à temps pour accueillir la principale cérémonie commémorative du pogrom qui avait été perpétré par le Hamas le 7 octobre 2023 dans le sud d’Israël.

Dès que l’on entre dans la salle – dotée d’une nouvelle cuisine, de tables et de chaises -, on voit sur des écrans les visages souriants des 16 civils abattus par les terroristes du Hamas. Plus loin s’alignent 16 stands aménagés avec goût, chacun présentant des objets qui témoignent de la vie des victimes.

Tsachi Idan, 49 ans, enlevé au kibboutz et assassiné en captivité, était un grand amoureux du football. On le voit sur une photo tenant une bière à la main ; sur une autre, il promène son chien.

Le stand dédié à Keshet Zohar, 20 ans, assassinée au kibboutz aux côtés de son père Yaniv, 54 ans, photographe de presse, de sa mère Yasmin, 49 ans, et de sa sœur Tehelet, 18 ans, était décoré d’ustensiles de cuisine et d’un poème. Son frère Ariel, âgé de 13 ans, qui était parti courir tôt le matin, a eu la vie sauve.

Le père de Yasmin, Haim Livne, a également été assassiné pendant l’attaque. Agriculteur de longue date, il est représenté par un tracteur et un poème.

C’est une caméra de télévision qui ornait le stand dédié à Yaniv Zohar.

Ce jour-là, plus de 50 soldats israéliens et membres des forces de sécurité ont perdu la vie alors qu’ils combattaient pour défendre le kibboutz et la base militaire voisine. Huit civils de Nahal Oz ont été enlevés et emmenés à Gaza ; tous ne sont pas revenus vivants.

Aujourd’hui, 85 % des survivants sont de retour à Nahal Oz. Les autres – principalement des familles avec de jeunes enfants – sont encore indécis, précise Danny Rahamim, 72 ans, kibboutznik de longue date.

Plus de 90 % des habitants des communautés frontalières de Gaza qui avaient été évacués après le 7-Octobre sont désormais de retour. Ils expliquent s’appuyer sur leur communauté face à l’incertitude générale qui règne dans le pays, tandis que de nouveaux arrivants potentiels espèrent venir renforcer ces localités frontalières, trois ans après les attaques.

Deux nouvelles familles se sont déjà installées à Nahal Oz, a indiqué Rahamim. La liste d’attente des nouveaux arrivants est toutefois plus longue que le nombre de logements disponibles.

« Aucun de ceux qui sont revenus ne le regrette », a souligné Rahamim, dont la femme, les enfants et les petits-enfants ont survécu à l’attaque terroriste, protégés dans leurs abris.

Danny Rahamim, du kibboutz Nahal Oz, montre letatouage représentant un tournesol, symbole d’espoir, qu’il s’est fait faire trois semaines auparavant, le 6 octobre 2026. (Crédit : Sue Surkes/Times of Israel)

Nahal Oz, la communauté frontalière la plus proche de la barrière de Gaza, connaît actuellement un essor spectaculaire. Ses pelouses et ses allées magnifiquement aménagées sont impeccablement entretenues, en grande partie grâce aux bénévoles qui ont pris soin des jardins pendant que les habitants vivaient ailleurs dans des logements provisoires.

Mais la mémoire douloureuse du 7-Octobre reste bien présente, explique Rahamim, en dévoilant le tatouage (« mon premier et sans doute mon dernier ») qu’il s’est fait faire sur le bras seulement trois semaines plus tôt.

Son tatouage représente un tournesol (« une fleur qui suit le soleil »), avec la date 7.10.23 et les mots « Chemin de l’espoir ».

« Nous sommes ici pour que l’espoir ne meure pas, l’espoir d’une autre réalité », a-t-il ajouté. « Nous en avons assez des guerres et de la destruction. En tant que citoyens, nous pouvons faire bouger les choses. »

Cette année, la douleur de cet anniversaire est renforcée par la perspective des élections qui sont prévues le 27 octobre, et par le refus du gouvernement d’enquêter sur les événements du 7-Octobre, a-t-il poursuivi.

« Les gens veulent savoir comment cela a pu arriver. Pas pour pendre quelqu’un sur la place du village, mais pour s’assurer que cela ne se reproduise plus jamais », a-t-il déclaré. « Cela nous ronge de l’intérieur. »

Un même langage à Kfar Aza

Quelque 55 familles sont déjà revenues à Kfar Aza, l’une des localités les plus durement touchées par l’attaque terroriste. Le 7-Octobre, des hommes armés ont massacré 62 des 787 habitants du kibboutz (deux autres ont été tués accidentellement par l’armée israélienne). Les terroristes ont également enlevé 19 personnes et les ont emmenées de force dans la bande de Gaza.

Idit et Oded Etinger font partie des survivants. Pour autant, ils ne rentreront pas chez eux de sitôt.

Pour l’instant, ils sont hébergés dans des logements provisoires au kibboutz Ruhama, également situé dans le Néguev. Idit Etinger, soulignant l’importance de rester aux côtés de la communauté de Kfar Aza, dont la plupart des membres ont été évacués vers le kibboutz Ruhama, a expliqué : « Les gens se comprennent sans avoir besoin de parler. »

Pendant l’invasion du Hamas, le couple et l’un de leurs trois enfants, Shahar, désormais âgé de 28 ans, ont passé 21 heures dans la pièce sécurisée de leur maison, pendant que les terroristes entraient et sortaient, griffonnaient sur les murs, se servaient dans le réfrigérateur, patrouillaient sur le toit et se battaient contre les soldats de l’armée israélienne à l’extérieur. La poignée de la pièce sécurisée s’est apparemment coincée contre un placard qu’Idit avait poussé contre la porte. Après avoir tenté à deux reprises d’entrer, les assaillants ont miraculeusement renoncé.

Onze voisins immédiats de la famille ont été assassinés ce jour-là.

Après s’être éloignés quelque temps de leur communauté, le couple a finalement décidé de s’installer à Ruhama avec 70 % des survivants de Kfar Aza, un kibboutz dont ils faisaient partie depuis 30 ans et dans la gestion duquel ils jouaient un rôle actif.

Idit Etinger, du kibboutz Kfar Aza, devant son logement provisoire au kibboutz Ruhama, dans le sud d’Israël, le 5 octobre 2026. (Crédit : Sue Surkes/Times of Israel)

Pourtant, Oded, qui est le fils d’un survivant d’Auschwitz, ne se sent pas, pour sa part, capable d’y retourner pour l’instant. Etinger a montré ses plantes « thérapeutiques », certaines en pot, d’autres en pleine terre. « Comme elles, nous sommes nous aussi dans une phase de transition », a-t-elle expliqué. « Mon mari passe avant tout. »

Le financement public des loyers des évacués de Kfar Aza prendra fin en juillet.

« Nous ne savons pas ce que l’avenir nous réserve », a confié Etinger.

Le poids du souvenir

La différence entre ce troisième anniversaire du 7-Octobre et le précédent, a fait remarquer Etinger, réside dans le fait que les 251 otages enlevés par le Hamas ont tous été libérés.

Des manifestants bloquent une route à Tel Aviv lors d’une manifestation appelant à la libération des otages israéliens détenus par le Hamas à Gaza, le 17 août 2025. (Crédit : Erik Marmor/Flash90)

« Beaucoup d’énergie a été consacrée à la campagne pour leur libération », a-t-elle expliqué. « À présent, il y a davantage de place pour le deuil et le traumatisme. Avec le temps, les gens réfléchissent à l’endroit où ils vont s’installer définitivement. Ils sont de plus en plus nombreux à reprendre pied et à se rendre aux commémorations. Hier, nous avons assisté à trois d’entre elles. »

Certains membres du kibboutz ont tout perdu, mais sont restés actifs et engagés, a-t-elle ajouté, citant l’exemple d’Uri Epstein. Il préside le Conseil régional de Shaar HaNegev, suivant ainsi les traces de son beau-frère, Ofir Libstein, assassiné alors qu’il défendait Kfar Aza le 7-Octobre. Ce jour-là, Epstein a également perdu son fils Netta, un autre beau-frère, Uri Russo, sa mère Bilha et son neveu Nitzan.

D’autres sont complètement brisés, a poursuivi Etinger, et beaucoup sont malades, « comme leur corps en témoigne ».

« Je n’arrive pas à assimiler tout cela ni à tourner la page », a-t-elle indiqué. « Oded a mis tout cela de côté. Il s’est mis à courir davantage qu’auparavant. Il n’a commencé une thérapie qu’au cours des douze derniers mois. »

Après le 7-Octobre, Etinger a quitté son poste de responsable des services sociaux au Conseil régional de Bnei Shimon. Elle continue toutefois à former des thérapeutes et à aider des couples et des familles depuis une clinique qu’elle a installée chez elle. Elle a en effet ajouté la thérapie des traumatismes à ses compétences.

Etinger constate que le 7-Octobre a aggravé des problèmes relationnels qui existaient déjà, en particulier chez les couples ayant de jeunes enfants.

« Les désaccords sur l’opportunité de rentrer (à la frontière avec Gaza) sont très fréquents », a-t-elle souligné. « Quand on vit dans un kibboutz, l’idée de tout quitter est effrayante. Mais quand on est un réfugié et que notre situation est précaire, on réfléchit différemment. Tous les partenaires ne sont pas capables de comprendre la difficulté que l’autre ressent à l’idée de rentrer. »

Les membres du kibboutz Nahal Oz, situé près de la frontière avec Gaza, célèbrent la fête de Shavuot au kibboutz le 22 mai 2026. (Crédit : Tsafrir Abayov/Flash90)

Des éléments déclencheurs d’un autre traumatisme

Pour la famille Tzori, qui s’est installée en février dans sa nouvelle maison du kibboutz Ruhama, les cérémonies du 7-Octobre ravivent le traumatisme lié à un autre événement : la fusillade meutrière de Bondi Beach, en Australie, survenue en décembre dernier.

Hadar Tzori, aujourd’hui âgée de 37 ans et émissaire de l’Agence juive pour le Mouvement progressiste, avait emmené les deux aînées de ses quatre filles aux célébrations de l’allumage des bougies de Hanoukka lorsque Naveed Akram et son père Sajid ont ouvert le feu sur les personnes présentes, faisant 15 morts.

Carmel, 8 ans, a été protégée par le corps de sa mère alors qu’elle rampait pour se réfugier sous une table en plastique pendant la fusillade de Bondi Beach. Plus tard, Hadar et Carmel ont cherché Yarden, 10 ans, durant 19 terribles minutes, jusqu’à ce qu’elles la retrouvent seule – elle s’était enfuie en courant vers la mer.

Le kibboutz Ruhama accueille des évacués de Kfar Aza, et les enfants de Kfar Aza vont à l’école avec les filles Tzori. Ainsi, lorsque Carmel raconte à ses camarades de classe de Kfar Aza ce qui est arrivé ce jour-là, elle sait qu’ils la comprennent.

Hadar Tzori chez elle avec Negev, le chien de la famille, au kibboutz Ruhama, dans le sud d’Israël, le 5 octobre 2026. (Crédit : Sue Surkes/Times of Israel)

L’enseignante de Carmel a raconté à Tzori comment les enfants mettaient leurs récits en parallèle. Comme l’explique Tzori : « L’un dit : ‘Ils ont brûlé ma maison’, et Carmel répond : ‘Un terroriste nous a tiré dessus’, puis ils se demandent lequel des deux a vécu le pire ! »

L’expérience de Bondi Beach a laissé de profondes séquelles. Alors que les préparatifs battaient leur plein pour une cérémonie commémorative du 7-Octobre dans une école régionale fréquentée par de nombreux élèves originaires de la frontière avec Gaza, Yarden a préféré rester chez elle le jour de la venue du ToI.

« Nos enfants connaissent bien le 7-Octobre. Nous étions ‘les émissaires de la guerre’ en Australie », a rapporté Tzori, assistante sociale. « La seule fois où je n’ai pas parlé du 7-Octobre, c’était pendant nos vacances en Israël. Aujourd’hui, tout ce qui touche à la mort est difficile pour eux. »

La famille Tzori en vacances en Bulgarie, le 29 septembre 2026. (Autorisation)

Alors que les filles sont terrifiées par les armes à feu, le traumatisme de Hadar est déclenché par l’herbe qui se trouve devant la salle à manger commune. C’est en effet dans l’herbe qu’elle et Carmel ont rampé pour échapper à l’attaque de Bondi Beach.

« Même les détonations que nous entendons la nuit depuis Gaza nous font sursauter », a-t-elle ajouté.

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