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Dans les pays arabes, un soutien populaire aux Palestiniens renouvelé mais sans effet

Accords de sécurité, soutien diplomatique, transfert de technologie militaire ou appui des Etats-Unis : il y aurait trop d'intérêts en jeu pour opérer une volte-face

Abdullatif al-Zayani, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, le président américain Donald Trump et le ministre des Affaires étrangères des Émirats arabes unis Abdullah ben Zayed al-Nahyan, lors de la cérémonie de signature des Accords d'Abraham, sur la pelouse sud de la Maison Blanche, à Washington, le 15 septembre 2020. (Crédit : Alex Brandon/AP)
Abdullatif al-Zayani, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, le président américain Donald Trump et le ministre des Affaires étrangères des Émirats arabes unis Abdullah ben Zayed al-Nahyan, lors de la cérémonie de signature des Accords d'Abraham, sur la pelouse sud de la Maison Blanche, à Washington, le 15 septembre 2020. (Crédit : Alex Brandon/AP)

À travers le monde arabe, la guerre contre le groupe terroriste palestinien du Hamas à Gaza a redonné un élan populaire à la cause palestinienne cette dernière année, mais les autorités ne cèdent pas aux appels à durcir le ton vis-à-vis d’Israël ou à suspendre les relations bilatérales.

La guerre à Gaza a éclaté lorsque quelque 6 000 Gazaouis dont 3 800 terroristes dirigés par le Hamas ont pris d’assaut le sud d’Israël le 7 octobre 2023, tué plus de 1 200 personnes, principalement des civils, enlevé 251 otages de tous âges, et commis de nombreuses atrocités et en utilisant la violence sexuelle comme arme à grande échelle.

Plus de 41 000 personnes seraient mortes à Gaza depuis le début de la guerre, selon le ministère de la Santé du Hamas. Les chiffres publiés par le groupe terroriste sont invérifiables, et ils incluraient ses propres terroristes, tués en Israël et à Gaza, et les civils tués par les centaines de roquettes tirées par les groupes terroristes qui retombent à l’intérieur de la bande de Gaza.

Israël dit avoir tué 17 000 terroristes au combat. Tsahal affirme également avoir tué un millier de terroristes à l’intérieur du pays le 7 octobre

Les gouvernements arabes ont unanimement condamné la guerre mais, hormis le refus saoudien de toute normalisation sans l’établissement d’un État palestinien, le conflit, qui déborde au Liban, n’a pas fait bouger les lignes au-delà des critiques verbales.

« Notre gouvernement, comme les autres gouvernements arabes, ignore les demandes de son peuple, dont l’expulsion de l’ambassadeur israélien », regrettait, lors d’un rassemblement à Manama mi-septembre, Ahmed, un Bahreïni de 27 ans ayant souhaité taire son patronyme.

Des Bahreïnis prenant part à une manifestation pour marquer le cinquième anniversaire du soulèvement du Printemps arabe qui a eu lieu le 12 février 2015, dans le village à majorité chiite de Sitra, au sud de Manama. (Crédit : Mohammed al-Shaikh/AFP)

Seuls les médiateurs traditionnels (Egypte, Qatar) se sont impliqués dans des négociations et l’attaque la plus forte est venue mardi de tirs de missiles iraniens.

« Abroger l’accord de paix servira-t-il la Palestine et la Jordanie ? Nous ne le pensons pas », a récemment déclaré le chef de la diplomatie jordanienne, Ayman Safadi, concédant que le traité de 1994 signé avec Israël était « recouvert d’une couche de poussière ».

Dans la rue pourtant, là où ils sont tolérés, les appels sont nombreux.

« La normalisation est un acte de trahison », peut-on lire à Amman mais aussi à Bahreïn et au Maroc qui, à l’instar des Emirats arabes unis, ont normalisé leurs relations avec Israël en 2020 sous l’impulsion de Washington.

D’après Rachid Fellouli, membre du Groupe d’action nationale pour la Palestine, 5 000 sit-in ont été organisés en un an au Maroc, en plus de marches nationales très encadrées ayant rassemblé plusieurs fois des milliers de personnes, brûlant souvent des drapeaux israéliens.

« Cauchemar »

Lui qui manifeste deux fois par semaine à Rabat dit ne trouver de réjouissance que dans la mobilisation d’une « nouvelle génération » anti-Israël, qui ne fait toutefois pas ciller les autorités.

Les pays qui se sont rapprochés d’Israël « avaient des raisons de le faire et ces raisons sont toujours valables », relève Hussein Ibish, analyste à l’Arab Gulf States Institute, basé à Washington.

Des manifestants anti-Israël à Rabat, au Maroc, le 15 octobre 2023. (Crédit : Fadel Senna/AFP)

Accords de sécurité, soutien diplomatique, transfert de technologie militaire ou appui des Etats-Unis : il y a trop d’intérêts en jeu pour opérer une volte-face, abonde Riccardo Fabiani, directeur Afrique du Nord à l’International Crisis Group (ICG).

« Il y a aussi la question de ne pas céder à la pression de la population, ce qui serait un précédent très dangereux pour pas mal de ces pays », observe-t-il.

Le « cauchemar » de la région, précise Hussein Ibish, ce sont « toutes les revendications du Printemps arabe qui sont restées sans réponse » et qui « finiront par réapparaître ».

« Le calcul est que si vous réprimez [les manifestations anti-Israël], vous donnez de la voix à ceux qui pourraient dire ‘Et quid de la mauvaise gestion, de la cruauté, de l’absence d’Etat de droit, du chômage, du pain et de l’eau, etc ?' », analyse-t-il.

Des Jordaniens brandissant des panneaux avec les visages du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu et du président américain Joe Biden barré, lors d’une manifestation anti-Israël devant l’ambassade d’Israël, à Amman, le 18 octobre 2023. (Crédit : Khalil Mazraawi/AFP)

Tout en récusant l’idée d’une « rue arabe » uniforme, il note que les populations sont largement détachées des processus de décision, cadenassés par les dirigeants. Il leur reste des « émotions » à exprimer face à la guerre.

Les autorités « ont décidé qu’autoriser les manifestations permettrait de relâcher la pression et que ce serait plus sûr », résume Ibish.

« Nouvelles générations »

Lorsqu’interdit dans la rue, le soutien anti-Israël prend d’autres formes.

Des manifestants criant des slogans anti-Israël lors d’un rassemblement de solidarité avec la population de Gaza après la prière du vendredi à la mosquée al-Azhar, la principale institution islamique du monde musulman sunnite, au Caire, en Égypte, le 20 octobre 2023. (Crédit : Amr Nabil/AP)

En Egypte, premier pays arabe à avoir signé un traité de paix avec Israël en 1979 et où des rassemblements ont vite été dispersés l’an dernier, il passe par une campagne de boycott d’entreprises perçues comme proches d’Israël.

« La Palestine n’est pas l’affaire des seuls Palestiniens », proclament les créateurs d’une application mobile téléchargée plus d’un million de fois, permettant de scanner et de déterminer si des produits proviennent de ces entreprises.

« Je dirais que c’est plutôt évident qu’il n’y a pas d’impact », note Fabiani.

« Mais il y a des générations qui ont grandi après le printemps arabe [à partir de 2011] qui n’ont jamais connu cette possibilité d’exprimer librement leurs opinions et qui viennent de prendre conscience des questions politiques à travers la question palestinienne. »

« La question qui se pose est, si d’ici cinq ou dix ans, on verra de nouvelles générations politiques émerger dans ces pays », ajoute-t-il.

En attendant, la parole est parfois plus libre sur les réseaux sociaux, où le même hashtag en arabe revient depuis un an : « Nous n’oublierons pas. »

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