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Dans son travail de collecte de fonds pour Gaza, une synagogue US fédère les esprits

La journée de collecte de fonds est le fruit de la relation entre un rabbin, un restaurateur palestinien et un neurochirurgien de Duke porteurs d'un message de paix et de réconciliation ... autour d'un bol de houmous

Le Dr David Hasan, fondateur du Village des Enfants de Gaza, prend la parole au Mediterranean Deli de Chapel Hill, dans l'Etat de Caroline du Nord, le 28 avril 2026. (Avec l'aimable autorisation du rabbin Daniel Greyber via la JTA)
Le Dr David Hasan, fondateur du Village des Enfants de Gaza, prend la parole au Mediterranean Deli de Chapel Hill, dans l'Etat de Caroline du Nord, le 28 avril 2026. (Avec l'aimable autorisation du rabbin Daniel Greyber via la JTA)

JTA — Six mois après avoir partagé un repas avec le Dr David Hasan, le rabbin Daniel Greyber est revenu ce mardi, mais cette fois avec des fidèles de sa synagogue, pour soutenir le travail de Hasan en faveur des enfants de Gaza.

Les membres de la synagogue Beth El ont été si nombreux à souhaiter assister à cette collecte de fonds, organisée au Mediterranean Deli, propriété de Palestiniens à Chapel Hill, dans l’Etat de Caroline du Nord, que la congrégation conservatrice leur a demandé de former des groupes.

Avec ses tables chargées de falafel et de houmous, cette journée de collecte de fonds a donné à voir ce que l’on ne voit plus guère, à une époque où la guerre à Gaza a eu tendance à tendre les relations entre communautés musulmanes et juives.

Jusque-là, Beth El avait surtout prêté son concours aux initiatives dirigées vers Israël, comme le montrent les 175 000 dollars collectés au profit du Magen David Adom, le service de secours israélien, suite au pogrom perpétré par le Hamas le 7 octobre 2023. La congrégation a par ailleurs contribué à l’aide humanitaire à Gaza via World Central Kitchen et des initiatives de dialogue israélo-palestinien telles que Roots in the West Bank.

Mais ce mardi-là, c’est la toute première fois que la congrégation participait à une collecte de fonds organisée par des Palestiniens pour Gaza — un cas rare dans le milieu des communautés et synagogues américaines, et une décision que Greyber a, comme il le dit lui-même, dû défendre.

Comme l’explique le rabbin, les bases de cette collecte de fonds ont été posées l’automne dernier, lorsqu’il a rencontré Hasan lors d’un dîner donné pour Souccot par Sophia Chitlik, une sénatrice juive démocrate de l’État de Caroline du Nord.

Ce soir-là, explique Greyber, il avait, tout comme d’autres dirigeants juifs, été « incroyablement touché et impressionné » par le travail de Hasan, dont l’association à but non lucratif, The Gaza Children Village, apporte nourriture, soins médicaux, éducation et soutien aux enfants de Gaza en proie aux traumatismes.

Par l’intermédiaire de son association, Hasan, un Palestino-Américain, a créé des écoles au sein de l’enclave en proie à la guerre. Dans ces écoles, il propose un programme spécial qui promeut la paix et la réconciliation, et se veut une alternative à l’éducation anti-israélienne qui domine depuis longtemps au sein des écoles de Gaza.

« Pour ce projet, il est soutenu par tellement de personnes différentes, un peu partout dans le monde, que nous nous sommes demandé : que pourrions-nous faire à notre niveau ? » explique Greyber.

Peu de temps après leur rencontre, Greyber invite Hasan à prendre la parole dans sa synagogue, au mois de novembre. Hasan y explique avoir demandé des nouvelles des otages israéliens lorsqu’il travaillait dans des hôpitaux à Gaza, en avril 2024.

Cette histoire revêt une importance particulière pour Beth El, où les fidèles ont passé 484 jours à prier pour la libération de Keith Siegel, un otage israélien dont la mère, Gladys Siegel, a été une figure centrale de la communauté. Keith Siegel a été libéré en janvier 2025.

Le Dr David Hasan, fondateur du Gaza Children Village, prend la parole à la synagogue Beth El de Durham, dans l’état de Caroline du Nord, le 22 novembre 2026. (Capture d’écran via la JTA)

Peu à peu, Greyber s’est rapproché de Hasan et de Jamil Kadoura, propriétaire de Mediterranean Deli, qui a passé une partie de son enfance dans un camp de réfugiés palestiniens suite à la guerre des Six Jours.

Mediterranean Deli est depuis longtemps un incontournable de la communauté juive locale, le restaurant étant le traiteur officiel des grands événements de Beth El, et ce depuis des années. Lorsque le restaurant a brûlé lors d’un incendie accidentel, en juillet 2023, Beth El a communiqué sur Facebook de façon à inciter ses fidèles à faire un don.

« C’est un restaurant de cuisine du Moyen-Orient, ce qui me vaut des clients des deux côtés », explique Kadoura. « J’ai des Israéliens qui viennent manger. J’ai tous les milieux, et, vous savez, ils semblent aimer notre nourriture et viennent manger… Je pense que c’est une bonne chose, et j’espère que cela continuera ainsi. »

Avant la collecte de fonds de mardi, Greyber a rendu hommage à Kadoura et son restaurant sur les réseaux sociaux en écrivant : « S’il y a de l’espoir dans le monde, il se trouve dans des endroits comme Mediterranean Deli, Bakery and Catering et des personnes comme Jamil Kadoura. Je remercie Dieu pour son amitié et sa présence dans ma vie et celle de ma communauté. »

Avant cela, Kadoura avait, explique-t-il, organisé d’autres collectes de fonds au restaurant, notamment en faveur des secours pakistanais lors d’inondations mais aussi en faveur des réfugiés syriens. Il souligne que c’est son expérience de vie dans un camp de réfugiés, où il dit avoir reçu de l’aide de Juifs tout autant que de musulmans, qui lui a donné l’envie d’aider ceux qui sont dans le besoin.

« J’ai le sentiment que les gens ont besoin d’aide, comme j’ai eu besoin d’aide quand j’étais dans ce camp de réfugiés, et que des gens venaient nous nourrir », explique Kadoura. « Des Juifs et des Musulmans. »

Le rabbin Daniel Greyber, de la synagogue Beth El, à gauche, et Jamil Kadoura, propriétaire du Mediterranean Deli, posent le jour de la collecte de fonds pour le Village des enfants de Gaza à Chapel Hill, dans l’état de Caroline du Nord, le 28 avril 2026. (Avec l’aimable autorisation de Lauren Hasan via la JTA)

Kadoura explique avoir approché Hasan avec l’idée de cette collecte de fonds, en laquelle il voyait comme une opportunité de rassembler des communautés souvent divisées ces dernières années.

« J’ai dit que je souhaitais organiser une collecte de fonds pour son organisation, mais aussi que ce que j’aimais faire, c’était de rassembler les Juifs, les musulmans et les Palestiniens, car il y a beaucoup de Juifs et de Palestiniens dans la région qui poursuivent le même objectif, à savoir la paix, l’amour et la fin de toute cette misère, souligne Kadoura.

Lorsque Kadoura a contacté Greyber, qui est un ami de longue date, pour obtenir le soutien de sa congrégation, Greyber lui a répondu que sa synagogue serait « honorée » d’y participer.

« Je crois que c’est là un exemple puissant et important, vous voyez, du fait que nous ne laissons pas ce qui se passe dans le monde détruire les communautés qui sont les nôtres », précise Greyber.

Il ajoute que sa communauté s’est mobilisée pour Hasan et l’a aidé, lui et les siens à Durham, lorsque son travail, qui passe par des partenariats avec des ONG israéliennes, lui a valu de se faire
« reprocher des choses par des personnes qui se prétendent être une communauté pro-palestinienne ».

Le travail de Hasan à Gaza a débuté à la faveur d’une mission médicale sur place, en décembre 2023, qui lui a permis de voir de lui-même les souffrances infligées par la guerre aux enfants. Là, explique Hasan au New York Times, il effectue 20 opérations en l’espace de 10 jours, le plus souvent sans anesthésie ni antiseptique, suite à quoi ses patients meurent tous d’infections.

Depuis la fondation du Village des Enfants de Gaza, en avril dernier, l’association a construit six antennes de l’Académie de l’Espoir, qui permettent aux enfants palestiniens de bénéficier d’une éducation au quotidien et de repas, mais aussi de soins de santé et d’une aide psychosociale.

Le rabbin Daniel Greyber, de la synagogue Beth El, epose en compagnie d’autres personnes au Mediterranean Deli de Chapel Hill, en Caroline du Nord, le 28 avril 2026. (Avec l’aimable autorisation du rabbin Daniel Greyber via la JTA)

De nombreuses ONG au service des Palestiniens touchés par la guerre sont soupçonnées d’entretenir des relations avec le Hamas, mais pas celle de Hasan, qui noue des partenariats avec des organisations israéliennes et se déclare ouvertement en faveur de la coexistence, ce qui lui a parfois valu la colère de certains Palestiniens qui estiment que son travail est trop proche de l’État juif.

« Je fais vraiment de mon mieux pour rester neutre », affirmait Hasan au Religion News Service en février dernier. « Je n’emploie pas de mots comme ‘crimes de guerre’ ou ‘génocide’, car ce n’est pas ce que je pense. Je ne suis pas avocat. Il existe des tribunaux pour examiner et qualifier cela. Je décris ce que j’ai vu. Je montre des photos, je n’interprète pas. »

Mardi soir, au moment de son discours au restaurant, Hasan a annoncé que les recettes iraient aux enfants d’Israël et de Gaza orphelins avant le 7-Octobre, déclarant que son travail était guidé par une chose : « Plus jamais pour les deux camps. »

« Nous avons mené cette réhabilitation à Gaza, en faisant le lien entre Israéliens et Gazouis, et tout a commencé ici, à Durham », a déclaré Hasan, selon des images partagées avec la JTA par Greyber. « Et ce qui se passe aujourd’hui est l’un des très, très, très rares événements au cours desquels des fidèles de la synagogue et de la mosquée se réunissent et, pour une fois, ne font rien d’autre que de manger ensemble et passer un agréable moment. Je ne pourrais pas dire qui est arabe ou qui est juif ici. »

Greyber ajoute que Hasan a par ailleurs annoncé aux participants qu’il organiserait cet automne un camp en Italie au bénéfice des orphelins israéliens et palestiniens de cette guerre.

Le Dr David Hasan, fondateur du Village des Enfants de Gaza, à gauche, et le rabbin Daniel Greyber, chef de la communauté de Beth El, prennent la parole au Mediterranean Deli à Chapel Hill, en Caroline du Nord, le 28 avril 2026. (Avec l’aimable autorisation de Lauren Hasan via la JTA)

Greyber admet avoir reçu des témoignages de membres de la communauté juive et d’amis en Israël, inquiets à l’idée que les fruits de cette collecte de fonds finissent entre les mains du Hamas, mais les avoir apaisés en leur expliquant que Hasan lui aussi avait été menacé par le Hamas et avait œuvré pour tenir le groupe terroriste à l’écart de ses opérations.

« Je comprends leur inquiétude, mais, vous savez, au final, je crois que c’est un projet qui mérite le soutien de la communauté juive », assure Greyber. « Et ce qui est important, c’est qu’un grand nombre de personnes au sein de la communauté musulmane y soient aussi favorables. »

En effet, Greyber dit avoir reçu un message vocal, lundi, de la part d’un membre de la communauté musulmane locale qui lui a dit « à quel point il était touché que notre synagogue soutienne cette initiative ».

Lauren Hasan, l’épouse de Hasan, qui est chirurgienne traumatologue, a déclaré qu’à son arrivée à la collecte de fonds, à 18h, elle était bondée.

« Sincèrement, aux dires de tous, c’est un très grand succès », confie Hasan à la JTA par texto. « Il y avait là des gens de tous les horizons : des musulmans, des juifs, des chrétiens, attablés ensemble autour d’un bon repas. Au final, c’est un microcosme de la réalité que mon mari et moi voulons voir advenir. »

Pour Greyber, le soutien de sa congrégation à la collecte de fonds illustre la réalité complexe à laquelle de nombreuses communautés juives américaines sont confrontées depuis le 7-Octobre.

« Comme toutes les communautés juives américaines, les deux dernières années et demie ont été atroces et ont mis à l’épreuve ce qui nous unit », confie Greyber. « Je crois que nous avons des personnes profondément, très profondément engagées envers Israël et son bien-être, et que nous avons aussi des personnes très inquiètes face aux destructions infligées aux communautés de Gaza. »

Au sujet de ces divisions, justement, Greyber rappelle que sa congrégation aborde depuis longtemps le conflit « en se centrant sur la bienveillance et le dialogue », un état d’esprit qu’il dit avoir hérité de la défunte matriarche de la synagogue, Gladys Siegel.

« Beaucoup, beaucoup de gens au sein de notre communauté portent ces deux choses dans leur cœur, non ? Pas l’une ou l’autre, les deux, » affirme Greyber. « Vous savez, je fais de mon mieux pour que le cœur de chacun d’entre nous soit grand et tendre pour porter ces préoccupations. »

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