Des Afghans, anciens alliés des Américains, coincés au Qatar sans porte de sortie
"La sécurité n’est pas quelque chose qui peut faire l’objet de négociations", souligne Rasouly, un ancien interprète des forces américaines
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Coincés dans une ancienne base de l’armée américaine au Qatar depuis plus d’un an, 1 100 Afghans ayant fui leur pays avec leurs familles après avoir travaillé pour les Américains, vivent désormais dans l’incertitude la plus totale.
« Nous vivons tous dans une angoisse extrême, nous avons le sentiment d’être dans les limbes », confie à l’AFP par téléphone Rasouly, un ancien interprète des forces américaines en Afghanistan, qui réside depuis 19 mois au Camp As Sayliyah (CAS) au Qatar.
Depuis le retrait des États-Unis d’Afghanistan en 2021, cette ancienne base américaine en périphérie de la capitale qatarie, entourée d’une haute clôture blanche, accueille des Afghans ayant aidé les forces américaines en vue de leur réinstallation aux États-Unis.
Mais l’administration Trump a suspendu en janvier 2025 ce programme mis en place par le président Joe Biden et ordonné en novembre l’arrêt du traitement des demandes d’immigration de ressortissants afghans.
Selon l’ONG #AfghanEvac, dirigée par un ex-militaire américain, ils vont être contraints par Washington à un choix cornélien : retourner en Afghanistan ou être relocalisés en République démocratique du Congo (RDC).
Dans une lettre ouverte publiée par l’ONG, les habitants de la base ont rejeté cette proposition.
« Nous avons connu assez de guerres. Nous ne pouvons pas entraîner nos enfants dans une autre. Nous ne pouvons pas non plus retourner en Afghanistan. Les talibans tueront beaucoup d’entre nous pour ce que nous avons fait pour les États-Unis », y lit-on.
« Retourner en Afghanistan n’est pas sûr pour nous, et nous n’avons pas d’option alternative claire », insiste Rasouly, âgé de 36 ans.
À l’instar d’autres Afghans interrogés par l’AFP par téléphone ou par messagerie, il a demandé à être identifiée sous un pseudonyme, par crainte de mettre en danger sa famille restée en Afghanistan, ou de compromettre sa demande de visa.
À la recherche d’un « pays meilleur »
Shabnam, dont le père a travaillé avec les forces américaines et leurs alliés dans l’ouest de l’Afghanistan, précise que les résidents n’ont reçu aucune information officielle sur une réinstallation en RDC, une information qui a suscité « incertitude et stress ».
« Notre préoccupation, c’est la sécurité […] Nous recherchons un pays meilleur et plus sûr où nous pourrons reconstruire nos vies », dit la jeune femme de 29 ans, qui n’a pas quitté le camp depuis son arrivée en janvier 2025, avec son fils, aujourd’hui âgé de trois ans.
Mahmoud, 38 ans, qui a travaillé avec les forces américaines et vit dans le camp avec sa famille depuis plus d’un an, souligne que « différentes rumeurs ont circulé » sur une réinstallation ou une fermeture du camp.
« Des rumeurs comme celle d’envoyer des gens en République démocratique du Congo… sont diffusées pour accroître la pression psychologique », juge-t-il.
Le Département d’État américain a estimé qu’un transfert vers un pays tiers constituait « une solution positive qui permet aux personnes encore présentes de commencer une nouvelle vie », mais sans confirmer l’option RDC.
Sollicités par l’AFP, les responsables de la RDC n’ont pas commenté.
Le gouvernement taliban afghan a pour sa part assuré que ces Afghans pouvaient rentrer dans leur pays « en toute confiance et tranquillité d’esprit ».
Un rapport de l’Onu documente toutefois « 29 arrestations et détentions arbitraires ainsi que six cas de tortures et de mauvais traitement contre des responsables de l’ancien gouvernement afghan » et des ex-forces de sécurité, entre le 6 novembre 2025 et le 25 janvier 2026. Parmi eux, des Afghans rentrés au pays.
Sous les attaques iraniennes
Les tirs de missiles et de drones menés par l’Iran en mars et avril, avant le cessez-le-feu, ont visé plusieurs bases américaines dans la région, y compris au Qatar, faisant craindre pour la sécurité du camps d’As Sayliyah, même si le site n’est plus en activité.
« Cela nous a rappelé l’Afghanistan, le bruit des explosions, la peur des attaques, l’incertitude », raconte Shabnam.
« Beaucoup d’entre nous sont venus ici pour échapper au conflit, mais durant cette période, on avait l’impression de revivre les même peurs », ajoute-t-elle
Vivant dans des conteneurs exigus, sans fenêtres, et ne pouvant sortir du camp qu’en cas d’urgence médicale grave, ils se « sentaient impuissants » face aux attaques iraniennes, décrit Shabnam.
Le département d’État américain a confirmé en février que Washington avait proposé de l’argent aux habitants du camp pour qu’ils rentrent dans leur pays, et qu’environ 150 personnes avaient accepté.
Selon #AfghanEvac et des résidents du camp, les autorités ont proposé 4 500 dollars par demandeur principal et 1 200 dollars par personne à charge.
Mais pour Rasouly, qui a vécu dans l’angoisse pendant trois ans entre la date du retour au pouvoir des autorités talibanes et celle de son évacuation, « la sécurité n’est pas quelque chose qui peut faire l’objet de négociations ».
« Même s’ils me donnaient 50 000 dollars, je ne pourrais pas retourner en Afghanistan car ma vie est en danger », dit-il.
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