Des chercheurs israéliens développent une peau artificielle pour aider les grands brûlés
Selon les scientifiques de l'université de Tel Aviv et de l'hôpital Sheba, la peau conçue grâce à la bio-ingénierie peut doubler la vitesse de cicatrisation des greffes de peau et réduire les infections
- Lire d'autres articles du Times of Israël sur Google – ajoutez-nous à vos sources préférées

Confrontés à la guerre et au nombre croissant de soldats et de civils victimes de brûlures graves, des chercheurs de l’université de Tel Aviv et de l’hôpital Sheba Tel Hashomer affirment avoir mis au point une peau issue du génie biologique – ou bio-ingénierée – unique destinée à être greffée sur les grands brûlés.
Cette innovation révolutionnaire, entièrement fabriquée à partir des cellules du patient, est stable, facile à manipuler et flexible. La peau artificielle peut accélérer la cicatrisation, refermer les plaies deux fois plus vite que les méthodes actuelles et pourrait bouleverser le traitement des brûlures graves.
« Ce type de peau n’avait jamais été produit auparavant », a expliqué la professeure Lihi Adler-Abramovich, 46 ans, chercheurs principale de l’étude menée par le Laboratoire des matériaux bio-inspirés et des nanotechnologies de l’université de Tel Aviv, lors d’un entretien téléphonique accordé au Times of Israel.
« Les résultats sont déjà prometteurs. »
Parmi les chercheurs figurent le professeur Amit Sitt de la faculté des sciences exactes de l’université de Tel Aviv, la doctorante Dana Cohen-Gerassi, ainsi que la Dr. Ayelet Di Segni et son équipe scientifique du Laboratoire d’ingénierie de la peau verte de l’hôpital Sheba. Ils ont décidé de mettre en commun leur expertise en chimie, en médecine et en soins cliniques afin d’accélérer la prise en charge des victimes de brûlures peu après le début de la guerre, déclenchée par le pogrom perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas le 7 octobre 2023, au cours duquel plus de 1 200 personnes ont été tuées et des milliers d’autres blessées.
Cette étude a récemment été publiée dans la prestigieuse revue Advanced Functional Materials.
Fabrication d’un échafaudage biologique en nanofibres
Le traitement traditionnel des brûlures consiste à prélever de la peau saine sur une autre partie du corps du patient. Cependant, dans le cas de brûlures étendues, les patients n’ont souvent pas assez de peau saine pour cette procédure. En Israël, une alternative consiste à cultiver de la peau en laboratoire à partir d’une petite biopsie cutanée. Cette méthode présente toutefois deux inconvénients majeurs : elle est longue et ne régénère que la couche supérieure de la peau.
La nouvelle technologie utilisée pour fabriquer de la peau artificielle repose sur un procédé de production appelé « électro-filage », qui consiste à filer des fibres spéciales pour former des membranes semblables à des tissus. Ce procédé permet ensuite de créer une structure nano-fibreuse qui sert à réparer ou à régénérer la peau endommagée.
Ressemblant à un filet, cet échafaudage biologique contient des nanofibres qui sont des milliers de fois plus fines qu’un cheveu humain.
Adler-Abramovich, spécialiste de la nanotechnologie peptidique, a ensuite incorporé « une séquence peptidique très courte » dans la structure.
« Les peptides sont une séquence d’acides aminés, qui sont les éléments constitutifs des protéines », a-t-elle poursuivi.
« Nous avons inclus une séquence spécifique de trois peptides à base d’acides aminés qui est calquée sur celle présente dans le corps humain. »
« La conception de l’échafaudage avec le peptide constitue la nouveauté de ce projet », a ajouté Adler-Abramovich.
« Cela permet aux cellules de se fixer correctement et de régénérer efficacement la peau, favorisant ainsi la croissance et l’adhérence cellulaires. La structure est solide et facile à implanter. »
« Nous avons constaté une croissance des follicules pileux »
L’équipe a déposé un brevet pour ce procédé, qui, selon Adler-Abramovich, est le premier du genre à associer ainsi l’électro-filage, des polymères approuvés par la FDA et des peptides bioactifs.
Les résultats obtenus lors des essais précliniques sur des modèles murins sont spectaculaires.
« Nous avons constaté une meilleure cicatrisation », a déclaré Adler-Abramovich.
« La peau semblait fonctionnelle. Le processus de cicatrisation est beaucoup plus rapide, ce qui peut réduire la durée d’hospitalisation et le risque d’infection chez les patients. Nous avons également pu observer la croissance de follicules pileux. »
Les soins de la peau artificielle constituent un domaine en pleine expansion. Une start-up israélienne basée à Lod, Nanomedic Technologies Ltd, a mis au point un dispositif médical qui permet de recouvrir les brûlures et autres blessures d’une couche de peau artificielle, en utilisant une technologie similaire.
Adler-Abramovich estime qu’il faudra encore quelques années pour réunir les fonds nécessaires à la réalisation d’une expérience sur des animaux de grande taille, puis à la mise en place d’une étude clinique sur des humains.
« La collaboration entre les chercheurs est incroyable », a déclaré Adler-Abramovich.
« C’est vraiment passionnant. Nous allons continuer à travailler ensemble et espérons améliorer encore davantage cette peau. »
la Communauté du Times of Israël !







