Des dizaines de Druzes israéliens toujours en Syrie après avoir franchi la frontière
L'armée indique qu'il n'y a pas eu d'autres passages pendant la nuit et s'efforce de réparer les brèches dans la clôture ; un responsable kurde exhorte Sharaa à revoir son approche envers les minorités
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L’armée israélienne a déclaré jeudi avoir réussi à ramener des dizaines de Druzes qui avaient traversé la frontière israélienne pour se rendre en Syrie la veille, dans le but de rejoindre leurs frères en difficulté. Elles ont ajouté que plusieurs dizaines d’entre eux se trouvaient toujours en Syrie, principalement dans la région de Hader, une ville druze située juste après la frontière.
L’armée et la police israéliennes ont également renvoyé en Syrie plusieurs Druzes syriens qui avaient traversé la frontière en même temps, a précisé Tsahal. On ignore combien de Druzes syriens se trouvent encore en Israël.
Jeudi matin, la police a déclaré avoir arrêté deux Druzes israéliens à la frontière syrienne alors qu’ils tentaient de rentrer en Israël avec un fusil d’assaut Kalachnikov.
Âgés de 18 et 20 ans, les deux jeunes hommes sont originaires des villages de Kisra et de Beit Jann. Ils avaient traversé la frontière syrienne mercredi avec environ 1 000 autres Druzes israéliens, cherchant à sauver leurs coreligionnaires des attaques des tribus bédouines et des forces du régime.
La police a déclaré avoir colmaté les brèches à la frontière israélo-syrienne et travaille actuellement avec les dirigeants druzes locaux pour faciliter le retour des Israéliens ayant traversé la frontière syrienne, et vice versa.
« Les agents du district nord, en collaboration avec les forces de police des frontières et d’autres unités, opèrent depuis mercredi en coordination avec Tsahal en réponse aux événements récents sur le plateau du Golan », a déclaré un porte-parole de la police.
La police a arrêté les deux jeunes hommes pour les interroger, a saisi le fusil et le chargeur, et demandera au tribunal de prolonger leur détention provisoire, a ajouté le porte-parole.
Ces franchissements de la frontière en masse ont eu lieu mercredi, alors que des affrontements meurtriers avaient lieu dans la ville à majorité druze de Soueïda, dans le sud de la Syrie, ce qui a poussé un millier de druzes vivant en Israël à se masser à la frontière.
Les forces gouvernementales syriennes se sont déployées dans la région de Soueïda, avec l’objectif affiché de mettre fin aux affrontements entre combattants druzes et tribus bédouines locales, et Tsahal a riposté en prenant pour cible les forces gouvernementales, ainsi que d’autres objectifs militaires à Damas, au nom de la protection des Druzes.
Mais les troupes gouvernementales et les groupes qui leur sont alliés ont été accusés par des ONG, des témoins et des groupes druzes de nombreuses exactions, dont des exécutions sommaires.
Les forces gouvernementales se sont retirées jeudi de Soueida.
Il n’y a eu ni franchissement de la frontière ni manifestation pendant la nuit, a indiqué l’armée. Elle a ajouté que des travaux étaient prévus pour réparer les brèches dans la barrière et que la police allait mettre en place des barrages dans la région afin d’empêcher tout nouveau franchissement.
Par ailleurs, un journaliste syrien affilié au nouveau régime du pays a par ailleurs publié des images montrant des combattants druzes armés et des habitants du sud de la Syrie acclamant un convoi de l’armée israélienne traversant une ville.
Sur ces images, des gens brandissent des drapeaux druzes et huent le convoi de véhicules de Tsahal, dont l’un arbore un drapeau d’Israël.
On entend l’un des individus appeler les forces israéliennes à poursuivre le président syrien Ahmed al-Sharaa, suggérant apparemment qu’il soit éliminé.
مقاتلون دروز يحيون الجيش الاسرائيلي ويطلبون منه قتل الرئيس السوري أثناء رتل توغل في مناطق بجبل الشيخ pic.twitter.com/GPpQMSHNzJ
— Omar Alhariri (@omar_alharir) July 17, 2025
On ignore où et quand la vidéo a été filmée..
Dans un discours télévisé jeudi, Sharaa a déclaré que les chefs communautaires reprendraient le contrôle de la sécurité à Soueida après que le déploiement des troupes gouvernementales mardi ait attisé les violences sectaires et provoqué l’intervention israélienne.
Jeudi matin, les forces gouvernementales s’étaient retirées de toute la province à majorité druze, ont indiqué l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH) et des témoins à l’AFP.
Un correspondant de l’AFP a compté 15 cadavres gisant dans le centre de la ville, sans pouvoir indiquer s’il s’agissait de combattants ou de civils.
Selon l’OSDH, les violences ont fait plus de 500 morts, dont 83 personnes « exécutées sommairement par des membres des ministères de la Défense et de l’Intérieur ».
Israël a pilonné les troupes gouvernementales avec des frappes aériennes pendant leur bref déploiement dans la province méridionale et a également frappé le quartier général de l’armée et les environs du palais présidentiel à Damas, avertissant que ses frappes s’intensifieraient jusqu’à ce que le gouvernement islamiste se retire.
Sharaa, dont le gouvernement intérimaire entretient des relations difficiles avec les minorités ethniques et religieuses depuis qu’il a renversé le dirigeant vétéran Bachar al-Assad en décembre, s’est également engagé à protéger les Druzes.
Un haut responsable kurde syrien a appelé jeudi le pouvoir central à « reconsidérer » son approche vis-à-vis des minorités du pays, après les violents affrontements dans la ville à majorité druze de Soueida, qui ont fait plus de 500 morts.
Les combats ont exacerbé les craintes des minorités et soulevé de nouvelles interrogations sur la capacité des autorités à gérer les tensions communautaires dans un contexte de violences confessionnelles.
« Le gouvernement de transition doit entreprendre une révision complète et urgente de son approche dans la gestion des affaires internes de la Syrie, et engager un dialogue national sérieux et responsable avec toutes les composantes, tout en respectant la spécificité et l’identité culturelle et religieuse de chacune », a déclaré Bedran Ciya Kurd sur X.
Ces violences ont ravivé le souvenir des massacres sur la côte syrienne en mars, où plus de 1 700 civils, majoritairement alaouites, ont été tués.
« Les violations systématiques ayant visé les druzes dans le sud de la Syrie, ainsi que les précédentes violations similaires sur la côte syrienne, confirment clairement le rejet profond du pluralisme culturel et religieux » par les autorités transitoires, a ajouté le responsable de l’administration kurde.
Ces violences « sapent les fondements du vivre-ensemble au sein d’un territoire national unifié », a-t-il déploré.
Les forces gouvernementales ont également affronté des combattants druzes dans la province de Sweida et près de Damas en avril et mai, faisant plus de 100 morts.
Israël a déclaré qu’il ne permettrait pas que les Druzes soient blessés.
Israël, qui compte environ 150 000 Druzes, dont beaucoup servent dans l’armée israélienne, a réaffirmé à plusieurs reprises son intention de défendre la communauté druze de Syrie.
L’armée, qui a pris le contrôle de la zone démilitarisée surveillée par l’ONU sur le plateau du Golan et mené des centaines de frappes contre des cibles militaires en Syrie, affirme également qu’elle ne tolérera aucune présence militaire syrienne dans le sud.
Bien qu’il ait pris l’initiative d’une première rencontre en face à face en Azerbaïdjan au début du mois, Israël reste extrêmement méfiant à l’égard des nouveaux dirigeants syriens, notamment Sharaa, dont le mouvement Hayat Tahrir al-Sham était autrefois lié à Al-Qaïda.
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