Des familles d’ex-otages révèlent les sévices subis en captivité par leurs proches
« Le chemin vers la guérison sera très long », prédit un médecin ; les familles des otages libérés parlent de famine et de torture psychologique
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Fouetté. Jeté dans une cage. Jeté dans une fosse. Menottés.
Depuis leur libération après deux ans de captivité, les ex-otages ont partagé, par l’intermédiaire de leurs familles, des détails poignants sur les deux ans passés à Gaza. Leurs récits dépeignent la famine, la souffrance et les abus physiques et psychologiques.
Ils évoquent également des moments de bravoure et d’espoir, ainsi que des tentatives désespérées pour obtenir de la nourriture ou établir un contact avec le monde extérieur.
Maintenant que les captifs sont de retour chez eux après plus de 700 jours, leurs proches rapportent qu’ils ont entamé le long chemin vers la guérison.
« Nous avons toujours su qu’il avait la force émotionnelle nécessaire pour survivre, mais honnêtement, ses capacités ont dépassé tout ce que nous pouvions imaginer », a témoigné Idit Ohel, mère de l’ex-otage Alon Ohel, depuis le centre hospitalier Rabin, où plusieurs anciens captifs sont pris en charge.
Elle a précisé qu’après avoir vécu deux ans avec des éclats d’obus dans dans la tête et à l’œil droit, ce qui a limité sa vision, Alon devra subir une intervention chirurgicale, mais le personnel médical estime que sa vue peut être considérablement améliorée.
Le professeur Itai Pessach, directeur général adjoint du centre hospitalier Sheba, un autre hôpital où sont soignés les ex-otages, a expliqué que « chacun d’entre eux a enduré des épreuves et des horreurs indescriptibles, et que le chemin vers la guérison sera donc très long ».
Plusieurs otages ont déclaré avoir été déplacés d’un endroit à l’autre, et avoir subi divers types de torture. Tami Braslavski, la mère de Rom Braslavski, a raconté que son fils avait été fouetté et battu « avec des objets que je ne mentionnerai même pas » entre avril et juillet, des coups qu’il a encaissés parce qu’il « savait que cela finirait ».
Avinatan Or, qui a été détenu seul pendant deux ans et a tenté de s’échapper, a été menotté et placé dans une cage, a raconté son père, Yaron. Braslavski a également eu les mains et les pieds menottés à un moment donné, a révélé sa mère.
« Avinatan a tenté de s’échapper, puis ils l’ont battu », a déclaré Yaron Or à la radio Kan. « Il a été menotté aux barreaux. C’était un endroit grillagé de 1,8 mètre de haut, de la longueur d’un matelas, voire un peu plus. On peut appeler ça une cage. »
Kobi Kalfon, le père de l’ex-otage Segev Kalfon, a fondu en larmes mercredi en évoquant l’horreur et les difficultés des deux années de captivité de son fils et les violences physique et psychologique qu’il a dû endurer.
Certains des sévices les plus graves ont été infligés aux otages peu avant leur libération. Le père de l’ex-otage Yosef-Haim Ohana, a révélé que ce dernier a passé plusieurs jours dans une fosse souterraine avec six autres captifs, sans assez de place pour s’asseoir ou s’allonger et avec à peine assez d’air pour survivre.
« [Leurs ravisseurs] ont mis sept hommes dans une fosse », a déclaré le rabbin Avi Ohana à la radio Kan Moreshet.
« Ils ne pouvaient pas s’asseoir, seulement s’appuyer contre le mur en restant debout. Il manquait d’oxygène. Je remercie Dieu, qui lui a donné la force. Ce qui l’a aidé à tenir bon, c’est sa famille. »
Le père d’Avinatan Or a déclaré que son fils était resté dans un tunnel pendant toute la durée de sa captivité. « Ils ne l’ont pas affamé, mais la nourriture était largement insuffisante. Il est très amaigri », a-t-il déclaré.
Les otages ont également subi des violences psychologiques. La mère de Braslavski a déclaré que ses ravisseurs avaient fait pression sur lui pour qu’il se convertisse à l’islam, lui offrant davantage de nourriture et de meilleures conditions, mais qu’il avait résisté. Ils lui ont également dit, à tort, que les Israéliens étaient trop faibles ou trop indifférents pour protester en sa faveur, tout en exagérant le nombre de victimes de l’armée israélienne et les dommages infligés à Israël.
« Ils lui ont dit que nous étions brisés, que nous n’avions pas la force de nous lever et de protester », a déclaré Tami Braslavski. « Qu’il n’était apparemment pas si important et qu’il n’avait nulle part où retourner. Ils lui ont dit qu’Israël était tombé, que près de 3 000 soldats avaient été tués. »
Ohana et un autre otage ont également été contraints d’écouter des messages religieux musulmans à la radio, a révélé son père, une situation qu’ils ont réussi à tourner à leur avantage. En manipulant les fils de la radio, a-t-il dit, ils ont pu capter la radio de l’armée israélienne, où Ohana a entendu son père être interviewé.
« Il s’est dit : ‘Mon père est vivant ! Il m’attend !’ et cela lui a redonné vie », a raconté le rabbin.
Braslavski s’est également défendu, a affirmé sa mère. À un moment donné, après avoir reçu seulement la moitié d’une pita chaque soir et avoir vécu pieds et poings liés, il a réussi à mettre le feu à l’uniforme d’un terroriste et à un livre, et a utilisé la flamme pour cuire des pâtes. La fumée a attiré l’attention d’autres personnes à proximité, mais son ravisseur l’a transféré dans un endroit où les conditions étaient légèrement meilleures.
Yotam Cohen, le frère du soldat captif libéré Nimrod Cohen, a déclaré mercredi au journal Haaretz que son frère avait subi des atrocités inimaginables, mais dès son premier jour de liberté, « j’ai vu son sourire et l’étincelle dans ses yeux et j’ai su que tout allait bien et que le même Nimrod était de retour ».
Nimrod ne savait presque rien de ce qui se passait en Israël, a déclaré Yotam : « Ils ont essayé de les convaincre qu’Israël les avait abandonnés, que le gouvernement ne voulait pas les ramener, que le pays ne se battait pas pour eux. »
Yotam a déclaré que son frère avait été détenu pendant environ un an et demi dans une cage à l’intérieur d’un tunnel, interrogé, les yeux bandés, battu : « Ils le traitaient plus durement parce qu’il était soldat », a-t-il déclaré.
Tzvika Mor, le père d’Eitan Mor, un ex-otage, a raconté à la chaîne publique Kan que son fils avait été séquestré dans une quarantaine de lieux différents à Gaza pendant ses deux années en captivité — sous terre ou en surface.
Pendant ses trois premiers jours de captivité, a raconté Mor dans le cadre de l’émission Reshet Bet de Kan, Eitan a eu les mains liées dans le dos, et pendant toute la première année, il est resté seul.
Mor a ajouté qu’Eitan avait vécu des périodes dans lesquelles on lui avait donné très peu de nourriture, parfois pas plus que quelques cuillères de riz par jour.
A un endroit, Eitan a réussi à voler une pita, « ce qui lui a valu de se faire battre par le terroriste qui le séquestrait. C’est la femme du terroriste qui l’a sauvé, qui a crié à son mari d’arrêter », a confié Mor.
A mesure que les récits des atrocités émergent, les professionnels de santé et les proches des otages affirment que leur état s’améliore. Pessach a déclaré que les 10 otages libérés qui sont soignés à Sheba sont tous dans un état stable.
« En tant que médecin et en tant qu’être humain, je ne saurais trop insister sur l’impact que le fait d’être entouré de leurs proches a sur leur bien-être général et leur capacité à guérir », a-t-il déclaré.
Les otages « auront probablement besoin de semaines, de mois et peut-être d’années pour guérir », a déclaré Pessach, « mais ils feront enfin les premiers pas pour revenir à la vie ».
Le Dr Michal Steinman, directrice des soins infirmiers du centre hospitalier Rabin, a déclaré que les cinq otages qui y sont soignés souffrent de « problèmes nutritionnels graves mais traitables ».
« Le corps se souvient de ces plus de 700 jours de captivité et de famine », a déclaré le Dr Steinman. « Sur le plan médical, pour l’instant, nous n’avons pas de surprises », a-t-elle ajouté. « Les otages interagissent, ils sourient. Ils sont arrivés avec une grande envie de guérir, de se rétablir et de se réadapter. »
Le Dr Steinman se dit « très optimiste » quant au rétablissement des otages. « Le chemin sera très long, avec des hauts et des bas, mais je pense que chacun d’entre eux a développé des techniques de survie vraiment spéciales et a appris à protéger son esprit et son âme », a-t-elle déclaré.
Les otages ont également décrit les sentiments de joie qu’ils ont éprouvés lors de leur libération, même s’ils ont tous exhorté les Israéliens à continuer de se battre pour les otages assassinés qui se trouvent toujours à Gaza.
Les jumeaux Gali et Ziv Berman ont été retenus en otages séparément, et Gali a confirmé au président Isaac Herzog lors d’une réunion que les frères ne savaient pas qu’ils allaient être réunis lundi.
« Nous ne savions pas où se trouvait [l’autre jumeau]. Soudain, ils l’ont fait sortir », a déclaré Gali au président.
La mère d’Ohel a déclaré dans son communiqué que « c’est à nous de veiller à ce que la nouvelle maison que nous construisons ici soit une maison complète, une maison sûre, au sens le plus profond du terme. »
Dans certains cas, le soulagement était presque palpable. Dans une déclaration à la presse mercredi soir, Sylvia Cunio, mère des ex-otages David et Ariel Cunio, s’est tenue debout sur un podium et a levé le poing en signe de victoire.
« Mes enfants sont rentrés à la maison ! » s’est-elle exclamée.
la Communauté du Times of Israël !







