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Des Juifs du Venezuela démunis ouvrent leurs synagogues pour accueillir des centaines de victimes du séisme

La communauté juive, forte de 5 000 membres et déjà décimée par des décennies de troubles politiques, apporte son aide tout en mobilisant ses maigres ressources alors que les opérations de sauvetage se poursuivent

Les secouristes fouillant un immeuble à la recherche de survivants du séisme, à La Guaira, au Venezuela, le 28 juin 2026 (Crédit : Matias Delacroix/AP)
Les secouristes fouillant un immeuble à la recherche de survivants du séisme, à La Guaira, au Venezuela, le 28 juin 2026 (Crédit : Matias Delacroix/AP)

Lorsque deux puissants séismes ont secoué Caracas, la capitale du Venezuela, et la ville voisine de La Guaira mercredi dernier, des bénévoles de la communauté juive du pays se sont mobilisés presque immédiatement. Ils ont ouvert les synagogues et les centres communautaires (JCC) à des centaines d’habitants effrayés.

Ces séismes, d’une magnitude de 7,2 et 7,5, ont frappé à quelques secondes d’intervalle, faisant plus de 1 700 morts, laissant des dizaines de milliers de personnes portées disparues ou bloquées, détruisant des centaines de bâtiments et causant des milliards de dollars de dégâts, selon les informations disponibles.

« Il était un peu plus de 18 heures mercredi, et c’était un jour férié national, donc la plupart des gens étaient chez eux », raconte Roberto Mishkin, président de la principale congrégation ashkénaze du Venezuela, l’Union Israelita de Caracas.

« C’était un séisme de grande ampleur. Je ne connais personne dont la maison n’ait pas subi au moins un dégât. »

La communauté juive est bien organisée en matière de procédures de sécurité, indique Mishkin, et dans les heures qui ont suivi le séisme, des centaines de personnes se sont rendues au JCC Hebraica et à la synagogue principale, des bâtiments qui servent de points de ralliement principaux à la communauté.

« Ces lieux étaient remplis de personnes dont les maisons avaient été endommagées ou détruites, ainsi que de nombreuses autres venues parce qu’elles avaient trop peur de dormir chez elles », explique Mishkin.

Des bénévoles au centre communautaire juif Hebraica de Caracas, au Venezuela, après la double séisme qui a dévasté le pays, en juin 2026 (Crédit : Fuente Latina)

« Nous avons commencé à chercher de la nourriture, de l’eau et des couvertures pour tout le monde. Ce n’est que vers minuit, une fois que chacun s’était assuré que sa famille allait bien, que le comité de crise de la communauté a enfin pu se réunir. »

Dimanche soir, le décès de trois membres de la communauté juive du pays, qui compte 5 000 personnes, avait été confirmé, et quatre autres étaient toujours portés disparus, rappelle Mishkin. Au moins 15 familles juives ont vu leur maison détruite, et 30 à 35 autres familles se retrouvent dans des appartements devenus inhabitables. Une centaine de personnes continuent de dormir chaque nuit au centre Hebraica depuis la secousse, précise-t-il.

La catastrophe a frappé alors que la situation de la communauté juive du Venezuela commençait enfin à s’améliorer, après l’arrestation du dictateur Nicolás Maduro par les États-Unis en janvier, à l’issue de décennies de régime antisioniste et autoritaire sous Maduro et son prédécesseur, Hugo Chávez. Selon des membres de la communauté, les responsables gouvernementaux ont radicalement modifié leur discours antisémite depuis l’arrivée au pouvoir de Delcy Rodríguez, la remplaçante de Maduro.

Mais alors que des équipes de secours venues du monde entier, y compris d’Israël, arrivent pour apporter leur aide, beaucoup craignent que le processus de reconstruction soit long et difficile.

Des bénévoles stockant des fournitures au Centre communautaire juif Hebraica à Caracas, au Venezuela, à la suite des deux séismes qui ont dévasté le pays, en juin 2026. (Crédit : Fuente Latina)

« Il s’agit d’une communauté pauvre qui a toujours été fortement dépendante des services sociaux », précise Mishkin.

« Aujourd’hui, les gens ont perdu leurs moyens de subsistance et leurs logements, et nous commençons à réfléchir à la manière dont nous pourrons venir en aide à tout le monde. Nous apprécions le soutien des institutions et des communautés juives du monde entier, mais nous avons besoin d’une aide considérable. »

Mardi après-midi, une campagne de collecte de fonds lancée par la communauté avait permis de récolter un peu moins de la moitié de son objectif de 2 millions de dollars.

Des années de difficultés

De gauche à droite : Roberto Mishkin, président de l’Unión Israelita de Caracas, et Isaac Benjamin, président de l’Asociación Israelita de Venezuela, dans une vidéo de collecte de fonds pour la communauté juive du Venezuela. (Crédit : Capture d’écran/YouTube)

L’histoire juive du Venezuela remonte à au moins 200 ans, à l’époque où le pays a obtenu son indépendance de l’Espagne en 1821, avec l’arrivée d’un afflux de Juifs séfarades engagés dans le commerce. Des vagues d’immigration ultérieures au XXᵉ siècle ont grossi les rangs de la communauté, et le pays comptait jusqu’à 30 000 Juifs dans les années précédant l’arrivée au pouvoir du dirigeant autoritaire Chávez, en 1999.

« Nous formions autrefois une communauté très influente et prospère qui contribuait aux causes juives à travers le monde », explique Mishkin.

Mais les Vénézuéliens ont fui le pays en masse alors que le gouvernement Chávez réprimait ouvertement ses opposants politiques et nationalisait l’économie, transformant la richesse en une pauvreté endémique. Cette tendance n’a fait que s’aggraver après que Maduro a succédé à Chávez en 2013. Aujourd’hui, la communauté juive ne compte plus qu’environ 5 000 personnes, pour la plupart âgées, qui n’ont pas eu les moyens de partir.

« Sur le plan démographique, nous formons une pyramide inversée, composée principalement de personnes âgées qui ne sont pas productives sur le plan économique, et de très peu de jeunes », souligne Mishkin.

Un membre âgé de la communauté, dont le visage est flouté, ayant trouvé refuge au centre communautaire juif Hebraica à Caracas, au Venezuela, à la suite des deux séismes qui ont dévasté le pays en juin 2026. (Crédit : Hebraica)

Selon Diego Sarmientos, qui a émigré de Caracas il y a dix ans, environ 2 500 ressortissants vénézuéliens vivent actuellement en Israël.

Aujourd’hui, la quasi-totalité des Juifs du pays vit à Caracas et la communauté met en place un vaste réseau de services sociaux pour ses membres les plus démunis. Même avant les séismes, une vaste opération caritative centralisée permettait de nourrir plus de 300 familles par jour, précise-t-il.

La communauté est très soudée : l’Union ashkénaze « Israelita de Caracas » et l’Association séfarade « Asociación Israelita de Venezuela » travaillent main dans la main pour fournir des services sociaux à tous, selon Mishkin. Quelques synagogues et le JCC Hebraica constituent les principales institutions juives du pays.

Depuis les séismes, les membres de la communauté travaillent sans relâche pour fournir de la nourriture, un abri, des soins médicaux et un sentiment de sécurité aux victimes. Des bénévoles d’organisations locales, telles que Hatzalah, ont obtenu des médicaments pour les personnes âgées, installé des lits de camp et des matelas au JCC, et ont même organisé des offices de Shabbat à la synagogue, ont déclaré des résidents.

Ezequiel Frontado observant des corps recouverts de draps tout en cherchant des proches disparus, trois jours après les tremblements de terre qui ont frappé Catia La Mar, au Venezuela, le 27 juin 2026. (Crédit : Fernando Vergara/AP)

« Nous travaillons actuellement d’arrache-pied dans un centre de collecte, où les gens nous apportent toutes sortes de fournitures que nous distribuons ensuite aux plus démunis », a indiqué Miguel Truzman, directeur national de la coordination de Tiferet Israel (Confédération des associations juives du Venezuela), qui chapeaute les communautés juives du pays.

« Cette tragédie a été très dure pour le pays, [mais] nous sommes unis et solidaires face à cette épreuve. »

Efforts d’aide internationaux

Des équipes d’intervention internationales apportent également leur aide, notamment 17 bénévoles spécialisés dans la recherche et le sauvetage envoyés par la société Magen depuis Israël, ainsi que les associations à but non lucratif Ready for Rescue et SmartAID. Ces équipes ont commencé à travailler aux côtés des forces locales sur le terrain afin de localiser et de secourir les survivants, ainsi que de fournir une aide humanitaire, a déclaré un porte-parole de la délégation.

Des bénévoles de SmartAID à Caracas, au Venezuela, après les deux séismes qui ont dévasté le pays, en juin 2026. (Crédit : Maya Barak/SmartAID)

Selon Mishkin, le groupe humanitaire Cadena, dirigé par des Juifs et basé au Mexique, est également arrivé dans le pays vendredi. Les organisations juives IsraAID, NATAN Worldwide Disaster Relief et le Joint Distribution Committee se sont également mobilisées pour apporter leur aide.

De leur côté, les États-Unis s’efforcent de mettre en place une réponse solide face à la catastrophe dans un pays qu’ils considèrent désormais comme un allié depuis la destitution de Maduro en janvier. Le gouvernement a promis une « réponse sans précédent et à grande échelle », comprenant une équipe d’intervention d’urgence de 250 personnes et une aide humanitaire de 150 millions de dollars.

Une géopolitique en mutation

Certains membres de la communauté juive espèrent que tout cela annonce des changements plus larges dans les relations entre le Venezuela, la communauté juive du pays, les États-Unis et Israël.

« Maduro aurait refusé toute aide d’Israël, mais notre présidente actuelle, Delcy Rodríguez, n’y voit aucun inconvénient », a déclaré Óscar Reyes-Matute, un universitaire juif basé à Caracas.

« Après l’incursion américaine en janvier, notre situation géopolitique a complètement changé. »

Le Venezuela a rompu ses relations diplomatiques avec Israël à la suite de l’Opération « Plomb durci » à Gaza en 2008-2009. Cependant, après la destitution de Maduro en janvier, de nombreux membres de la communauté juive se sont montrés réticents à l’idée de célébrer trop tôt les perspectives d’un changement de régime.

Des années de violence et de menaces d’expropriation visant les écoles, les restaurants et les autres institutions juives, ainsi que la position politique pro-République islamique et anti-israélienne du gouvernement, rendaient toute déclaration publique contre le pouvoir risquée pour l’ensemble de la communauté juive, ont déclaré certains de ses membres.

Cette capture d’écran, tirée du compte X de Rapid Response 47, un compte officiel de la Maison Blanche, montrant le dictateur vénézuélien Nicolás Maduro (au centre) escorté par des agents de la DEA au sein du siège de la Drug Enforcement Administration américaine, à Manhattan, New York, le 3 janvier 2026. (Crédit : Compte X de Rapid Response 47/AFP)

« On craignait toujours que, si quelque chose arrivait, les gens n’en tiennent Israël et les Juifs pour responsables », avait déclaré Daniel Behar, un expatrié vénézuélien, au Times of Israel en janvier.

Contrairement à ce qui se passe en Europe et ailleurs, l’antisémitisme au Venezuela a été largement lié aux politiques du régime, et non à l’opinion publique, avait-il souligné.

Mais le nouveau gouvernement, dirigé par Delcy Rodríguez, a discrètement changé de discours, même si ses politiques à l’égard d’Israël restent inchangées, ont indiqué des sources au sein de la communauté. La rhétorique anti-Israël des responsables gouvernementaux s’est atténuée, et Rodríguez a adressé un message de vœux à la communauté juive sur les réseaux sociaux à l’occasion de Pessah, ce qui aurait été impensable auparavant.

Certains espèrent même secrètement aujourd’hui que le Venezuela pourra un jour rétablir ses relations diplomatiques avec Israël.

La vice-présidente vénézuélienne Delcy Rodríguez (au centre) s’exprimant aux côtés du ministre vénézuélien de la Défense, Vladimir Padrino López (2ᵉ à gauche), et du ministre vénézuélien des Relations intérieures, de la Justice et de la Paix, Diosdado Cabello (2ᵉ à droite), lors d’une réunion du Conseil des ministres, au siège de la vice-présidence, à Caracas, le 4 janvier 2026. (Crédit : Marcelo Garcia/Service de presse de Miraflores/AFP)

« La communauté juive commençait à se sentir un peu plus en confiance avant le tremblement de terre, et le discours de haine s’estompe », a déclaré Reyes-Matute.

« Face à cette tragédie, un fort sentiment de solidarité règne dans tout le Venezuela. J’espère que cela nous aidera à entrer dans une nouvelle ère. »

Pour Mishkin, cependant, la diplomatie peut attendre.

« Pour l’instant, notre priorité est de veiller à ce que chaque famille ait un endroit où dormir, de quoi manger et l’espoir que nous reconstruirons ensemble. »

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