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Des milliers de personnes rendent hommage au sergent-chef Tamir Nimrodi et au sergent-major Muhammad el-Atrash

"Pardonne-moi !" implore Alon Nimrodi, le père ; un général de Tsahal déclare que le pisteur bédouin "a fait preuve de courage et d'amour"

La famille et les amis du sergent Tamir Nimrodi, otage assassiné, assistent à ses funérailles au cimetière militaire de Kfar Saba ; les proches du sergent-major Muhammed el-Atrash, otage assassiné, assistent à ses funérailles près de Sawa, dans le sud d’Israël, le 16 octobre 2025. (Crédit : Reuters)

Les funérailles de deux des otages assassinés, le sergent-chef Tamir Nimrodi et le sergent-major Muhammad el-Atrash, ont eu lieu jeudi en Israël, après que leurs corps ont été restitués cette semaine par les terroristes palestiniens du Hamas dans le cadre de l’accord de cessez-le-feu.

Nimrodi, 18 ans, servait dans le corps d’éducation de l’armée israélienne le 7 octobre 2023, lorsque des terroristes du Hamas l’ont enlevé de sa base militaire et l’ont emmené de force à Gaza, « en pyjama et sans arme », avait décrit à l’AFP sa mère Herout Nimrodi.

Le jeune homme, qu’elle a qualifié de « joyeux, curieux, altruiste, créatif », avait eu le temps de lui envoyer un message évoquant les tirs de roquettes. Vingt minutes après, il était enlevé avec deux autres soldats.

La vidéo de cet enlèvement avait rapidement circulé sur Internet. Ses proches avaient continué à espérer qu’il était encore en vie.

Et au fil des mois, le Hamas a diffusé des vidéos de certains d’entre eux, qui apparaissaient l’air parfois terrifié ou lisant sous la contraintes des messages de pression au gouvernement israélien. Mais jamais aucune de Tamir Nimrodi.

Il aurait été tué peu son enlèvement, probablement lors d’une frappe de l’armée israélienne.

Jeudi, des milliers de personnes ont assisté aux funérailles de Nimrodi, au cimetière militaire de Kfar Saba. Des soldats marchant au pas précèdaient son cercueil, accompagné par un aumônier militaire récitant des psaumes et de milliers de personnes, visages tristes. La famille du soldat tué a pleuré cette mort qui ne leur avait pas été confirmée jusqu’aux dernières heures précédant la restitution de la dépouille de Tamir, deux ans après avoir été tué.

Dans son éloge funèbre, son père, Alon Nimrodi, s’est adressé à son fils, lui assurant qu’il s’est battu de toutes les manières possibles pour le ramener à la maison.

Il a évoqué les étreintes puissantes de Tamir, ses éclats de rire avec ses sœurs, son anxiété, et le traitement médical qu’il a abandonné lorsqu’il s’est enrôlé.

La famille et les amis du sergent Tamir Nimrodi, assassiné lors d’une prise d’otages, assistent à ses funérailles au cimetière militaire de Kfar Saba, le 16 octobre 2025. (Crédit : Chaim Goldberg/Flash90)

Le père de Tamir a également parlé du sentiment de culpabilité qu’il éprouvait d’avoir poussé son fils à s’engager, lui disant alors qu’il n’y avait pas de réfractaires dans leur famille, et de ne pas s’être opposé à l’affectation de son fils à la frontière avec la bande de Gaza.

« Pardonne-moi, mon fils aîné, mon fils bien-aimé, pardonne-moi ! », a répété Nimrodi.

Le père de l’otage assassiné a également rappelé que, « au début de la guerre, il avait été demandé aux familles des otages d’envoyer des enregistrements de la voix de leurs proches », dans le cadre des efforts déployés pour les localiser.

« Nous avions eu du mal à trouver des enregistrements de ta voix. Ce sont tes amis qui nous ont envoyé une vidéo assez courte de vous en train de vous amuser, dans laquelle tu leur dis : ‘Shot ? Shot ?' »

« Combien de fois ai-je parlé de toi, combien de fois ai-je raconté ton histoire, combien de fois ai-je crié. (…)  Et maintenant je ne trouve pas les mots », dit son père à la voix brisée par les sanglots devant la terre ocre qui recouvre le cercueil de son fils au pied de cyprès.

Autour, des rangées d’uniformes kakis et de bérets verts de jeunes soldats, émus, dont certains appartiennent à l’unité du Cogat, organisme du ministère de la Défense supervisant les activités civiles dans les Territoires palestiniens dans laquelle servait Tamir Nimrodi.

« Tamir, mon chéri, je ne me suis pas opposé à ce que tu t’engages. Désolé mon aîné. Tu prenais des cachets contre l’angoisse avant de partir », dit encore son père appuyé avec douleur sur un pupitre, et après que « les monstres t’ont enlevé », « le bâtiment où tu étais a été bombardé (…) J’ai dit à maman ‘c’est bien qu’il ait été enlevé et pas tué’, je me suis tellement trompé ! »

Et de lancer en pleurs à l’adresse du gouvernement : « Vous avez la responsabilité de tout faire jusqu’à ce que le dernier otage revienne! »

« Nous levons donc un verre en ton honneur et en ta mémoire, avec ta bouteille de vodka ouverte, qui attendait avec moi ton retour à la maison », a-t-il ajouté, avant de porter le verre à sa bouche.

Alon Nimrodi, à droite, s’apprête à boire un verre de vodka en hommage à son fils Tamir, inhumé à Kfar Saba au lendemain de la restitution de son corps par le Hamas, le 16 octobre 2025. (Crédit : Alon Gilboa/Hostages Forum)

Herut Nimrodi, la mère du soldat et otage assassiné Tamir Nimrodi, a, dans l’éloge funèbre qu’elle a prononcé pour son fils, fait remarquer que son enterrement avait lieu au deuxième anniversaire de son meurtre, le 24e jour du mois hébraïque de Tishri.

« J’ai appris cette nouvelle qui m’a brisé le cœur, qui a anéanti tout espoir, et qui m’a vidée du peu de force qui me restait encore », a raconté Nimrodi. « Ton corps a été identifié et ramené en Israël. Tu es ici. Tu es revenu. »

Elle a souligné qu’elle se trouvait désormais bien plus près de lui qu’elle ne l’avait été durant ces deux dernières années, sans toutefois pouvoir le serrer dans ses bras, sans espoir de guérison ni de paix.

Nimrodi a dit à son fils qu’il pouvait maintenant se reposer, sachant que son âme est enfin libre, à ses côtés, lui assurant également qu’elle finira par trouver le bonheur sur cette terre.

Elle lui a en outre promis qu’elle ne sombrerait pas, qu’elle prendrait soin d’elle-même et de ses sœurs.

« Un jour, bientôt, nous nous reverrons, face à face », a poursuivi Nimrodi. « Moi, avec mes rides et mes cheveux blancs, et toi… Tu resteras à jamais mon garçon pur, de 18 ans. »

La sœur de Nimrodi, Amit, âgée 14 ans, a quant à elle déclaré : « Tu me manques, je regrette les nuits où nous restions éveillés jusqu’à l’aube, à parler de tout et de rien ; tes câlins quand tu rentrais de l’armée me manquent, tout comme les nuits où je dormais dans ta chambre, avec toi. Maintenant, je dors seule là-bas tous les soirs. »

Tamir Nimrodi a été pris en otage par des terroristes du Hamas le 7 octobre 2023, dans sa base militaire près du point de passage d’Erez. (Crédit : Autorisation)

Amit se souvient de l’incertitude qui a régné pendant deux ans, alors qu’elle ignorait ce qu’était devenu son frère : « Nous espérions pouvoir le serrer dans nos bras, mais en même temps, nous nous attendions à ce que quelqu’un frappe à la porte, et même si nous nous étions préparés au pire, nous n’étions en fait pas prêts à entendre qu’il ne reviendrait pas. Cela nous a fait tellement mal. Comme mille coups de poignard dans le coeur. »

« Tu as été un grand frère parfait. Tu as toujours pris soin de moi, jusqu’aux plus petits détails, tu me préparais même à manger au milieu de la nuit, tu m’as appris tout ce que je sais », a-t-elle ajouté.

Elle a cité la note trouvée dans l’uniforme de son frère, dans laquelle il avait listé ses objectifs : venir en aide à autant de personnes que possible, se construire un cercle d’amis proches, et ne jamais faire de mal à personne.

« Pour moi, ce sont tes dernières volontés », a déclaré Amit, « et je ferai tout mon possible pour les respecter. »

Dans la journée de jeudi également, les funérailles du sergent-major Muhammad el-Atrash ont eu lieu à Sawa, une ville bédouine à proximité de Beer Sheva, en présence de sa famille et de membres de la communauté en deuil.

Atrash, 39 ans, occupait les fonctions de pisteur dans la brigade nord de la division de Gaza. Il a été tué en combattant des terroristes du Hamas dans la région de Nahal Oz, le 7 octobre. Les terroristes avaient ensuite emmené son corps.

Muhammad el-Atrash laisse derrière lui ses deux épouses, Amna et Ktimal, 13 enfants et 22 frères et sœurs, selon l’armée israélienne, ainsi que ses parents.

Jeudi matin, Nimr, cousin de l’otage assassiné, a indiqué au site d’information Walla : « Nous sommes profondément tristes. Mais au moins, après deux ans, il aura enfin une tombe », ajoutant : « C’était un homme bon, un leader, toujours à l’écoute de tout le monde, une personne spéciale. »

Des personnes en deuil assistent aux funérailles du sergent-major Muhammad el-Atrash, lors de ses funérailles dans son village de Sa’wa, une communauté bédouine du sud près de Beer Sheva, le 16 octobre 2025. (Crédit : Menahem KAHANA / AFP)

Le frère de Muhammad, Salem, a déclaré à Walla : « L’État d’Israël doit tout mettre en œuvre pour ramener les autres otages décédés », a fait savoir Salem, le frère de Muhammad, à Walla. « Les familles des autres otages [disparus] là-bas sont comme mes frères et mes sœurs. »

Muhammad el-Atrash, 39 ans, qui servait comme pisteur dans la brigade nord de la division de Gaza, a été tué en combattant les terroristes dans la région de Nahal Oz. Son corps a ensuite été enlevé à Gaza.

Lors de ses funérailles, le général de brigade Barak Hiram, chef de la division de Gaza, a déclaré que la confirmation définitive du décès d’Atrash « lui avait brisé le cœur ».

« Aujourd’hui, alors qu’il nous revient, nous sommes unis dans la reconnaissance et la douleur », a ajouté Hiram, des propos cités par le quotidien Haaretz. « Muhammad était un modèle et un exemple, un homme de responsabilités, qui a toujours fait preuve de courage et d’amour. »

Le général de l’armée israélienne a dit aux membres de la famille d’Atrash qu’ils devaient « être fiers de lui, de son dévouement et de son courage ».

Les 20 derniers otages vivants ont été libérés lundi par le Hamas dans le cadre d’un cessez-le-feu négocié par les États-Unis, qui obligeait le groupe terroriste à remettre également les 28 otages tués. Jeudi après-midi, seuls neuf corps avaient été restitués, et le Hamas affirmait ne pas pouvoir localiser ou accéder aux autres dépouilles sans aide. Une affirmation rejetée par de nombreux responsables israéliens.

L’AFP a contribué à cet article.

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