Des mosaïques, mikvés et lampes à huile jettent un nouveau jour sur les Samaritains
Ce site unique datant du IVe siècle découvert dans le centre d'Israël donne un aperçu de la vie de cette communauté israélite et pose de nombreuses questions
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Un magnifique domaine agricole, actif entre le IVe et le VIIe siècle de l’ère commune, a récemment été découvert à Kafr Qasim, dans le centre d’Israël, a annoncé mardi l’Autorité des antiquités d’Israël (IAA).
Le site a beau regorger de preuves de ses liens avec l’ancienne communauté samaritaine, de nombreux mystères entourent encore ses habitants et la manière dont ils vivaient, explique au Times of Israel l’un des archéologues auteurs des fouilles.
Le domaine a été découvert lors d’une opération d’archéologie préventive menée avant la construction d’un nouveau quartier, à Kafr Qasim, ville arabe de 28 000 habitants située à une vingtaine de kilomètres à l’est de Tel Aviv.
Les archéologues ont découvert les vestiges de plusieurs bâtiments, d’un pressoir à olives, de deux bains rituels et de mosaïques colorées, dont une décorée d’une inscription grecque partielle disant « Félicitations à ».
Un grand nombre de pièces de monnaie et de poteries, parmi lesquelles plusieurs lampes à huile caractéristiques de l’art samaritain, ont permis à la fois de dater le domaine et de l’identifier, explique le Dr Daniel Leahy Griswold, qui a codirigé les fouilles avec Alla Nagorsky pour le compte de l’IAA.
« Il y a de cela près de trois ans, nous avons effectué une petite fouille d’essai à Kafr Qasim qui nous a permis de trouver des vestiges de bâtiments », indique Leahy Griswold au Times of Israel lors d’un entretien téléphonique.
Lorsque l’équipe est revenue en février de cette année pour des fouilles plus poussées, poursuit-il, elle s’attendait à découvrir des vestiges romains – à la limite un village – mais pas un site d’une telle ampleur et d’une telle importance.
« Au fur et à mesure des fouilles, nous avons pris conscience que nous étions sur le point de faire une découverte majeure », se rappelle Leahy Griswold. « Au début, nous pensions qu’il pouvait s’agir d’un monastère, mais petit à petit, nous avons relevé des caractéristiques distinctives qui nous ont fait pencher vers un site samaritain. »
« C’est là le plus grand site samaritain en dehors de la patrie des samaritains », ajoute-t-il.
Les Samaritains sont une communauté qui estime descendre des tribus du nord de l’Israël biblique, et notamment celles d’Éphraïm, Manassé et Lévi, et s’est séparée du reste du peuple dès l’époque des rois bibliques, il y a de cela près de 3 000 ans.
Ils font remonter leur présence dans le pays à 127 générations et voient dans le Pentateuque leur seul et unique texte sacré (contrairement aux Juifs, dont le canon comprend également les livres des prophètes et des écrits, ainsi que le vaste corpus de la Torah orale – la Mishna, le Talmud et les commentaires qui suivent).
Aujourd’hui, on compte près de 900 Samaritains dans la région, principalement à Holon et Naplouse, en Cisjordanie, près du mont Garizim, qui est pour eux un lieu saint.
« Le domaine présente plusieurs caractéristiques qui témoignent de son identité samaritaine », souligne Leahy Griswold.
« Toutes les décorations découvertes respectent la règle samaritaine qui proscrit toute représentation des personnes, des animaux ou des symboles religieux, au profit de motifs géométriques et végétaux », précise-t-il.
Sur une mosaïque découverte à l’entrée d’un bâtiment, on distingue un médaillon central avec des feuilles d’acanthe entourées de fruits et de légumes – raisins, dattes, pastèques, artichauts et asperges – et le reste du sol recouvert d’un motif géométrique serré.
« L’indice le plus important sur l’identité de ce site réside dans la découverte de dizaines de lampes à huile samaritaines », ajoute Leahy Griswold.
Ces lampes comportent des poignées à boutons et des motifs géométriques denses, mais sont dépourvues de toute représentation de personnes ou de symboles religieux tels que des menorah ou des croix.
« Cela contraste fortement avec les lampes chrétiennes ou juives de l’époque », assure-t-il.
Selon Leahy Griswold, la communauté samaritaine a prospéré en Terre d’Israël au 4ème siècle. Mais aux Ve et VIe siècles, elle s’est soulevée à plusieurs reprises contre l’Empire byzantin – des soulèvements qui ont été brutalement réprimés, en particulier du temps du règne de l’empereur Justinien Ier. On pense que ces événements ont décimé la population samaritaine et le début du déclin de la communauté.
L’équipe de l’Autorité des antiquités d’Israël estime que le domaine récemment découvert est, dans une certaine mesure, le reflet de cette histoire mouvementée. Car si ses bâtiments les plus luxueux ont été réaffectés à un usage agricole, le site est demeuré actif.
« On pensait jusqu’alors qu’après les révoltes, les Samaritains avaient été expulsés de la région », explique Leahy Griswold. « Mais il semble que certains soient restés. On voit bien qu’après les révoltes, le domaine a été réorganisé : les pièces ont été subdivisées et des fours ont été ajoutés sur l’aile ouest. Et malgré tout, l’identité culturelle du site est restée profondément samaritaine. »
Le domaine se situe à proximité d’un autre site archéologique : l’ancien village de Kafr Ḥatta, également connu sous le nom de Capparetaea, que les sources historiques estiment être le berceau de Ménandre, magicien samaritain du 1er siècle et successeur de Simon le Magicien, personnage mentionné dans le Nouveau Testament et l’un des premiers convertis au christianisme.
« Les informations sur cette communauté proviennent de textes historiques et d’enquêtes menées dans la région », poursuit Leahy Griswold. Capparetaea est mentionnée pour la première fois par Eusèbe et l’apologiste chrétien Justin Martyr comme le lieu de naissance de Ménandre, un magicien samaritain qui a suivi Simon le Magicien, considéré comme le père des sectes gnostiques.
Une mine de questions ouvertes
Le sort du domaine pendant les révoltes des Samaritains – et son apparente résilience à l’issue de ces dernières – est une des énigmes que soulève le site.
Parmi les découvertes les plus intrigantes, on trouve une inscription fragmentaire, sur une mosaïque grecque, disant « Félicitations à », suivie d’un nom dont il ne reste que quelques lettres.
« Or, les Samaritains écrivaient généralement en araméen », souligne Leahy Griswold. « L’utilisation du grec, ici, est très inhabituelle. »
Une autre surprise est la découverte de l’un des bains rituels du domaine, qui présente des traits architecturaux inconnus à cette période.
« Ce type de bain rituel s’appelle un ‘mikvé périphérique’ », explique Leahy Griswold. « Au lieu d’avoir des marches qui descendent d’un seul côté dans le bain, les marches courent sur la totalité du périmètre. Ces mikvés étaient courants à l’époque du Second Temple [de 586 av. à 70 de l’ère commune], mais aucun n’a été retrouvé à l’époque byzantine. C’est ce qui rend cette découverte absolument unique.
Il est toutefois techniquement possible que le bain ait été construit plus tôt et réutilisé plus tard, mais les archéologues en doutent car la structure semble contemporaine du reste du complexe, daté avec certitude par des pièces de monnaie et des poteries.
Le mikvé était situé le long de la route, non loin du pressoir à olives, ce qui permettait aux travailleurs de se purifier avant de travailler.
Un deuxième mikvé, plus petit, a été découvert dans la cour de l’un des bâtiments : les archéologues pensent qu’il s’agit d’un mikvé privé. L’équipe a par ailleurs découvert ce qui s’apparente à des vestiges de deux autres bassins.
« Nous ne savons pas si l’un était un bain rituel et l’autre un réservoir, ou si les deux étaient des mikvés, le dernier étant construit au-dessus du premier », commente Leahy Griswold.
« Quoi qu’il en soit, cette structure est remarquable parce que les marches du mikvé sont recouvertes de mosaïques – ce qui est très inhabituel car les mikvés requièrent généralement des matériaux qui retiennent l’eau. »
Les archéologues ont également découvert une cuillère en verre rarissime.
Leahy Griswold a déclaré qu’une étude plus approfondie des artefacts et des structures du domaine pourrait aider à clarifier certaines des énigmes.
« Nous avons terminé les fouilles hier [lundi] », précise-t-il. « L’heure est maintenant à l’analyse de tout ce que nous avons découvert. »
Les archéologues espèrent pouvoir retirer et déplacer les mikvés et mosaïques, à la fois pour les conserver et permettre l’excavation de couches plus anciennes situées en dessous. A la fin des travaux, la zone de fouilles – qui appartient à des propriétaires privés – devra être recouverte et donner lieu aux travaux prévus, comme il est d’usage après des fouilles d’archéologie préventive.
L’équipe pense continuer de fouiller Kafr Qasim dans le cadre d’un nouveau projet destiné à découvrir les vestiges d’une ancienne communauté à l’ouest du domaine, près de la voie romaine.
« L’entrée principale du domaine se trouvait sur son côté ouest, il est donc logique que la communauté ait été implantée là-bas », ajoute Leahy Griswold.
L’établissement semble avoir été actif pendant la dernière phase d’utilisation du domaine, une période pendant laquelle le pressoir à olives a pu être ouvert au public.
« La zone à fouiller se trouve sous la route principale de Kafr Qasim, mais il est prévu de la détourner », conclut Leahy Griswold. « J’espère que cela nous permettra de mener des fouilles sur ce site. »
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