Des ruines découvertes après un incendie renforcent l’hypothèse qu’el-Araj serait Bethsaïda
Un incendie a détruit la végétation qui dissimulait certaines parties du site, sur la rive nord du lac de Tibériade, renforçant la théorie selon laquelle il a accueilli la ville natale de Saint-Pierre, aussi visitée par Jésus
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Sous la chaleur étouffante du soleil du mois d’août, un jeudi après-midi, le professeur Mordechai Aviam du Kinneret College s’était rendu en voiture à el-Araj, un site archéologique situé sur la rive nord du lac de Tibériade, transportant des seaux, des bâches et des outils afin de préparer au mieux la saison de fouilles de son équipe pour l’automne 2025.
Mais le vendredi, ce projet était littéralement parti en fumée, un incendie de forêt ayant ravagé le secteur. Il brûlait encore le dimanche, le jour où il espérait commencer le travail.
Et quand les archéologues avaient enfin été autorisés à revenir, ils avaient découvert, certes, une scène de dévastation, mais aussi des opportunités inattendues.
Car si les flammes avaient détruit les équipements de l’équipe, elles avaient également éliminé la végétation dense qui dissimulait depuis longtemps certaines parties du site. Avec une conséquence surprenante : la découverte d’éléments qui sont aujourd’hui susceptibles d’étayer la thèse selon laquelle el-Araj serait, en fait, l’ancien village de Bethsaïda, qui est présenté dans le Nouveau Testament comme la ville natale de Saint Pierre, un lieu que Jésus aurait visité et où il aurait accompli des miracles. Une hypothèse qui est de surcroît soutenue par de nombreux experts.
« Le feu nous a beaucoup aidés à mieux comprendre le site », commente Aviam lors d’un entretien téléphonique avec le Times of Israel.
L’archéologue explique que depuis au moins un siècle – et probablement plus – la région a été soit densément cultivée, soit envahie par une végétation épaisse, ajoutant qu’elle a souvent été inondée par le lac voisin, rendant impossible la délimitation précise des frontières du village.
« Après l’incendie, nous avons effectué une étude du sol et nous avons pu constater que le site était beaucoup plus vaste que ce que nous pensions auparavant », note-t-il. « Nous sommes parvenus à identifier des vestiges d’habitations privées ainsi que des éléments architecturaux typiques de bâtiments publics – notamment des tambours de piliers, deux chapiteaux corinthiens, deux chapiteaux doriques et plusieurs corniches ».
Selon Aviam, les vestiges peuvent remonter à la période romaine – une estimation qu’il fait à partir des bâtiments voisins que son équipe a déjà fouillés et à partir du style des éléments architecturaux qui ont été trouvés.
La taille considérable du site a confirmé qu’il pouvait bien s’agir de Bethsaïda, ajoute-t-il, car elle correspond à la description du village telle qu’elle est faite dans « Antiquités judaïques », écrit par l’historien judéo-romain du Ier siècle avant l’ère commune Flavius Josèphe.
« Philippe [le fils d’Hérode le Grand] dressa le village de Bethsaïda, situé au bord du lac de Génésareth, au rang de ville, tant en raison du nombre de ses habitants que de sa grandeur, et il le nomma Julias, du nom de la fille de César », est-il écrit dans un passage de l’ouvrage.
« À la lumière de ce que dit Flavius Josèphe, Bethsaïda ne pouvait pas être un petit village », a fait remarquer Aviam.
El-Araj n’est pas la seule candidate en lice pour le site de la ville galiléenne insaisissable où, selon les Évangiles, les apôtres Pierre, André et Philippe avaient vu le jour.
À environ deux kilomètres de là, le site d’e-Tell est considéré comme Bethsaïda depuis 1987, date à laquelle Rami Arav avait lancé le « projet de fouilles Bethsaïda » qui ne s’est pas interrompu depuis lors.
Les arguments en faveur d’une troisième possibilité, al-Mesydiah, située à environ deux kilomètres de l’embouchure du Jourdain, ont perdu du terrain ces dernières années au profit des deux autres sites.
Aviam, qui est le directeur archéologique des fouilles à El Araj, travaille sur le site depuis 2016, en collaboration avec son codirecteur, le professeur Steven Notley, géographe historique qui enseigne au Pillar College dans le New Jersey.
« C’est lui qui a lancé les fouilles, suggérant qu’el-Araj pourrait être Bethsaïda », dit Aviam.
Peu après le début des fouilles en 2016, l’équipe avait mis au jour les vestiges d’un bain romain, montrant que la zone de peuplement était déjà active à l’époque romaine. Au cours des saisons suivantes, les archéologues ont trouvé une église du 5e siècle avec des sols en mosaïque colorés, ce qui a encore renforcé leur thèse.
Selon Aviam, la preuve la plus décisive est venue avec la découverte d’une inscription grecque dédiant l’église au « chef et dirigeant des messagers célestes » et au « gardien des clés », des titres traditionnellement associés à saint Pierre.
Les chercheurs affirment que ce sont les chrétiens byzantins qui ont construit l’église à cet endroit parce qu’ils pensaient qu’il s’agissait de la maison de Pierre telle qu’elle est décrite dans le Nouveau Testament, tout comme cela s’était produit sur un autre site clé de Galilée, Capharnaüm.
Les archéologues ont consacré la saison de fouilles de l’été 2025 à l’exploration de plusieurs périmètres d’el-Araj, y compris sous le sol de l’église, afin d’en savoir davantage sur la vie à cette époque.
Aviam indique que l’équipe a immédiatement mis au jour les vestiges de bâtiments romains. Les murs, encore visibles sous l’église du 5e siècle, montrent clairement que les constructeurs de l’église avaient reconnu l’ancienne structure.
« Nous n’avons pas la preuve qu’il s’agissait de la maison de Pierre », dit Aviam, « mais les constructeurs avaient peut-être cru qu’il s’agissait de la maison de Pierre et André. C’est exactement comme à Capharnaüm, où l’église avait été construite directement au-dessus de ce qu’ils appelaient la maison de Pierre. Pierre était né à Bethsaïda, mais il s’était installé à Capharnaüm parce que son épouse était originaire de là-bas ».
Aviam précise que des traces d’occupation, à el-Araj, remontent à la période hellénistique et hasmonéenne (au 2e siècle avant l’ère commune) et jusqu’à la fin de la période romaine (3e siècle de notre ère).
« Entre le 3e et le 4e siècle, le village juif a été abandonné, peut-être en raison de l’élévation du niveau du lac qui a provoqué des inondations », note-t-il. « Plus tard, au 5e siècle, les premiers chrétiens qui sont venus sur le site ont considéré qu’il s’agissait de Bethsaïda] et ils ont commencé à construire l’église ».
Conformément à la description de Bethsaïda qui figure dans le Nouveau Testament, les archéologues ont identifié le site comme juif sur la base de trois types de preuves : des pièces de monnaie hasmonéennes, des récipients en pierre — que les Juifs utilisaient parce qu’ils ne les rendaient pas rituellement impurs — et un très petit nombre d’os de porc.
Si l’incendie a été utile pour les recherches d’Aviam, ce dernier fait remarquer que son équipe ne procédera probablement pas à des fouilles dans les structures qui ont été révélées par le feu.
« L’archéologie est une science de destruction parce que dans la mesure où vous allez exposer quelque chose, ce quelque chose va déjà commencer à se détériorer », dit-il. « Donc, si nous avons déjà les réponses dont nous avons besoin, si nous sommes déjà certains que les structures datent de la période romaine, entre le 1er siècle avant l’ère commune et le 1er siècle après l’ère commune, alors il n’est pas nécessaire de fouiller davantage d’habitations pour en apporter la preuve ».
L’équipe prévoit de retourner à el-Araj pour la deuxième partie de la saison de fouilles au mois d’octobre.
« Nous creuserons plus profondément dans la zone où nous pensons que se trouvaient les thermes, ainsi que d’autres parties du site, dans le but d’en savoir davantage sur ce qu’était la vie, ici, pendant la période romaine », explique Aviam.
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