Rechercher

En 1988, un futuriste imaginait (avec une certaine justesse) l’Israël de 2025

Dans son livre "Israël en 2025", le Dr Alan Price imaginait un État juif ouvert aux voyages spatiaux. En ce qui concerne la maison intelligente, l'énergie solaire et les portables, il avait vu juste

Image illustration d'une soucoupe volante planant au-dessus de la ville de Jéricho, dans le désert de Judée. (iStock/ ronib1979)
Image illustration d'une soucoupe volante planant au-dessus de la ville de Jéricho, dans le désert de Judée. (iStock/ ronib1979)

C’est dans les années 1980 que le Dr Alan Price a eu l’idée de faire des recherches et d’écrire un livre sur le futur d’Israël — en 2025, pour être précis.

Spécialiste des « études du futur » — dont il parlait comme d’ « un mélange de science et d’art… adossé à de l’imagination et à une pensée créative » —, Price s’est donné pour mission de présenter une « analyse cohérente, dans une langue vive et imagée » de ce à quoi Israël pourrait ressembler dans une quarantaine d’années.

Les prédictions présentées dans « Israel in the Year 2025: A Concise History of the Future [NDLT : Israël en 2025 : une brève histoire du futur] » sont le fruit de deux années de recherches sur divers sujets liés, entre autres, à la démographie, aux projets de construction et aux tendances technologiques.

« Il ne s’agit là ni d’une ‘prophétie’ ni d’une ‘prédiction exacte’, » avertit Price dans son introduction. « La seule prédiction qu’on puisse faire avec confiance sur l’avenir est que rien ne se passera exactement comme je l’écris dans ce livre. »

Price espérait qu’en comprenant mieux l’histoire israélienne susceptible d’advenir, « il serait possible de prendre des mesures pour tenter d’éviter les ‘futurs dangereux’, ou tout du moins les rendre moins dangereux, et tenter de favoriser les ‘futurs souhaitables’. »

« En sa qualité de sioniste, il voulait améliorer les choses en Israël et ce que l’avenir pouvait réserver à ce jeune pays », explique son fils, le professeur Colin Price, géophysicien à l’université de Tel Aviv, lors d’une interview au Times of Israel.

Alan Price avait vu le jour dans le shtetl russe blanc de Dolhinov, en pleine Première Guerre mondiale. Lorsqu’il a 17 ans, soit quatre ans avant la Shoah, son père l’emmène vivre, avec le reste de sa famille, en Afrique du Sud, sans argent ni connaissance réelle de la langue anglaise. Malgré tout, en l’espace de quelques années, Price parvient à faire des études de médecine et accéder à des postes réputés au sein de divers établissements.

Fervent sioniste révisionniste, Price est aux côtés de Zeev Jabotinsky lorsque le célèbre idéologue du mouvement du Likud se rend en Afrique du Sud, peu de temps avant sa mort en 1940.

Fraîchement diplômé de l’école de médecine, le jeune Dr Price se porte volontaire pour combattre pour l’indépendance d’Israël et est mobilisé comme médecin militaire au sein de la brigade Givati pendant la guerre de 1948. En 1980, c’est cette fois avec sa femme et leurs quatre fils qu’il s’installe dans l’État pour lequel il s’est battu.

Le Dr Alan Price, deuxième à partir de la gauche, avec ses quatre fils sur une photo non datée. (Autorisation)

Envers et contre tout, Price demeure optimiste — un des traits distinctifs assumés de ses prédictions sur l’avenir d’Israël.

« Un optimisme positif sert à la fois de boussole et de potion contrer le pessimisme et le défaitisme, trop souvent assimilés au ‘réalisme’. L’optimisme positif a ceci d’unique qu’il permet de transcender les limites des circonstances présentes, inspirer une autre vision des choses et dessiner de nouvelles perspectives d’action politique », a-t-il écrit.

Alors, qu’avait réellement prédit Price ?

Le livre fait bien plus que d’imaginer Israël en 2025 ; il évoque en effet des événements locaux, régionaux et mondiaux à partir des années 1980 susceptibles, selon lui, de façonner l’État juif.

« Israël en 2025 », par le Dr Alan Price. (Autorisation)

Dans l’Israël du futur imaginé par Price, la géopolitique se dessine autour de l’assassinat de Yasser Arafat, le développement d’armes nucléaires par Mouammar Kadhafi et la « guerre des lasers » de 1996, qui fait de la Syrie une menace militaire de tout premier plan. L’« union arabo-iranienne » se désintègre, permettant le développement de relations chaleureuses entre Israël et certains de ses voisins. L’URSS reste en place.

Sur le plan civil, en 2025, les banlieusards israéliens imaginés par Price font des « voyages aériens et spatiaux », ce qui leur permet de rallier New York en 36 minutes au départ de Tel Aviv. Les Israéliens bénéficient par ailleurs d’un week-end de trois jours et ils voient les trois confessions monothéistes coexister dans leur pays.

La population augmente notamment grâce à une importante immigration chrétienne sioniste. Menachem Mendel Schneerson, le rabbi Loubavitch, s’installe en Israël et travaille dans les champs pour donner l’exemple de la centralité du travail et de l’étude de la Torah pour tout Juif de foi.

Le Dr Alan Price en 1999. (Autorisation)

Price entrevoit très justement la montée spectaculaire du consumérisme et du confort moderne, d’une manière qui semble évidente aujourd’hui mais qui était loin d’être acquise pour les Israéliens des années 1980, quelques années après une hyperinflation qui avait quasiment ruiné le pays.

En 2025, estime Price, « Les maisons ou appartements compteront deux ou trois salles de bain, des climatiseurs, une machine à laver, un lave-vaisselle, un four à micro-ondes, un téléphone, un téléviseur et un terminal informatique. »

Les lycéens auront depuis longtemps « l’habitude de faire des recherches sur n’importe quel sujet depuis chez eux ». Les téléphones portables seront « si petits qu’ils pourront être portés comme des appareils de communication individuels, au poignet, dans une poche de poitrine ou dans le sac à main des dames. »

Une femme tient son téléphone portable revêtu d’une coque aux couleurs du drapeau israélien, au marché Mahane Yehuda de Jérusalem, le 23 février 2024. (Chaim Goldberg/Flash90)

Une dizaine d’années avant que Jeff Bezos ne fonde Amazon, et une vingtaine d’années avant que les smartphones à écran tactile ne s’imposent dans la vie de la plupart des Israéliens, Price avait pressenti bien des choses : « Les clients pourront s’adresser directement, à voix haute, à leur ordinateur domestique et lui demander de vérifier les prix ou la qualité des produits. Un écran tactile permettra d’afficher les objets. L’acheteur électronique pourra changer de magasin en disant simplement son nom dans le micro de l’ordinateur. Après avoir sélectionné ce qui l’intéresse, le client tapera un numéro et un code sur le terminal du micro-ordinateur, donnera les instructions pour la livraison de sa commande ainsi que les informations de sa carte de crédit. »

Photo illustrative d’une femme dans une maison intelligente. (iStock/ Yaroslav Olieinikov)

Sa vision des maisons intelligentes se lit presque comme une prophétie – il parle de « la maison architronique » : « La ‘maison électronique’ est à la mode chez les ‘modernes’. La maison est flexible, tournée vers la communication et l’information. Une maison « intelligente » avec son propre cerveau… capable de s’adapter au mode de vie de ses habitants et à leur humeur. »

« Chaque maison aura un cerveau informatique, situé dans un petit placard, très perfectionné et relié par des fils à l’intérieur des murs à une multitude de capteurs et d’activateurs … »

Beaucoup de réussites — et quelques ratés

Cependant, toutes ses prévisions technologiques ne se sont pas avérées exactes. Nous n’avons toujours pas de station permanente sur la Lune — ce que Price estimait possible dès 2008 — ou de communautés lunaires capables de dicter les tendances culturelles et sociales mondiales, pas plus que de voyages sur Mars (enfin, pas pour tout le monde).

En Israël, là où Price a, avec une grande justesse, prédit l’essor d’importantes fermes photovoltaïques dans le désert du Neguev, ses prédictions d’un « lac Herzl » et d’immenses « étangs solaires » sur les rives de la mer Morte, alimentés par un canal direct depuis la Méditerranée, ne se sont pas réalisées.

Un champ photovoltaïque dans le Neguev (Crédit photo : Avec l’aimable autorisation d’Enerpoint)

Price estimait que la communauté médicale en viendrait « à se préoccuper du ‘bien-être’ et pas seulement de ‘la guérison des maladies’. »

Il a par ailleurs anticipé, sur la base d’un mouvement en plein essor dans les années quatre-vingt, l’adoption, en 1995 de la Loi israélienne sur l’assurance maladie, qui garantit une couverture de santé universelle de base à tous les résidents.

Hélas, sa prédiction en faveur de l’éradication des caries dentaires avant 2010 a échoué. Cinq ans après cette date fatidique, Price estimait que la « Déclaration de Jérusalem sur la technologie » verrait le jour, autour des questions les plus brûlantes et difficiles de l’humanité, à commencer par la responsabilité morale des scientifiques autour de questions telles que « la menace de l’anéantissement nucléaire, le pouvoir terrifiant des biotechnologies et du génie génétique, l’ampleur abyssale des ordinateurs et de l’intelligence artificielle, ainsi que les opportunités stupéfiantes de l’exploration spatiale », qui ont laissé l’humanité « dans une extrême perplexité teintée d’une peur et d’une insécurité presque panique. »

Sur cette photo datée du vendredi 25 octobre 2019, une équipe coréenne, à droite, affronte les UAE Falcons lors du First Global Challenge, une compétition de robotique et d’intelligence artificielle à Dubaï, aux Émirats arabes unis. (Photo AP/Kamran Jebreili)

Bien évidement, Jérusalem est également au cœur des célébrations du 75e anniversaire d’Israël, avec 100 chefs d’Etat réunis dans la capitale éternelle du peuple juif, y compris les présidents des États-Unis, de la Chine et de l’URSS : « Pas de défilé militaire à Jérusalem. Le peuple israélien n’a pas célébré sa liberté en montrant des armes et en faisant défiler des soldats dans les rues de Jérusalem. Au lieu de cela, les habitants ont mis en avant leurs réalisations en macroingénierie, transport, communications et irrigation. »

Tout sauf un « prophète de mauvais augure »

En 2025 – la véritable année 2025 -, le fils de Price estime que « technologiquement et économiquement parlant », son père « serait extrêmement fier de ce que le pays a accompli, et de notre position dans le monde en tant que Startup Nation, grâce à des technologies révolutionnaires dans le domaine de l’eau, de la cyber et des inventions comme le Dôme de Fer. Il aurait été extrêmement fier de voir de quelle manière Israël a progressé sur le plan technologique, au point de se hisser au rang de superpuissance économique. »

Le Professeur Colin Price sur une photo de 2021. (YouTube/ Université de Tel-Aviv)

Sur le plan politique, en revanche, les choses sont plus compliquées et moins roses.

Price père imaginait en effet un Israël avec « un gouvernement de plus en plus fuyant, crise après crise. Le système électoral est dépassé et l’individu impuissant face aux machines que sont les partis. Ni les membres de la Knesset ni ce qu’elle représente ne connaissent plus le sens du mot « responsabilité »… Il manque à ce système un véritable chef. »

Pour autant, Price fils pense que son optimiste de père « serait très déçu de voir ce qui se passe » en Israël aujourd’hui, surtout « dans son bien-aimé parti du Likud ».

Des personnes manifestent contre le Premier ministre Benjamin Netanyahu et son gouvernement sur la place Habima de Tel Aviv, le 27 décembre 2025. (Avshalom Sassoni/Flash90)

« La guerre des deux dernières années et l’indifférence du gouvernement envers les otages et les populations évacuées du sud et du nord, sans parler de son refus d’admettre sa responsabilité dans la tragédie qui nous a tous frappés le 7-Octobre [2023]. Je crois que cela lui aurait fait beaucoup de mal : je suis heureux qu’il n’ait pas vu ce sombre chapitre de l’histoire d’Israël », confie Colin Price.

Néanmoins, en tant que sioniste convaincu, Price père « pensait toujours à la manière d’améliorer les choses en Israël, et à ce que l’avenir réservait à ce jeune pays », rappelle son fils.

« Il existe bon nombre d’ouvrages sur les catastrophes, les crises et autres scénarios apocalyptiques pressentis pour l’avenir d’Israël », écrivait Price dans l’introduction de son livre, en 1988. « Je suis pour ma part convaincu que le futur nous montrera que tous ces ‘prophètes de mauvais augure’ avaient tort. »

En savoir plus sur :
Pour commenter, rejoignez
la Communauté du Times of Israël !
Rejoidre la Communauté du Times of Israël
Seuls les membres qui payent un abonnement peuvent commenter les articles. Alors rejoignez nous et profitez d'autres avantages !
Veuillez utiliser un email au format suivant : example@domain.com
Confirm Mail
Merci ! Consultez votre mail maintenant
Vous faites désormais partie de la Communauté du Times of Israël ! Un e-mail contenant votre lien de connexion a été envoyé à . Une fois configuré, vous pourrez profiter de vos avantages et commenter.

Merci pour votre fidélité !

Si vous voyez ce message, ça veut dire que vous faites partie de nos lecteurs les plus assidus. Pour continuer votre lecture, veuillez rejoindre notre Communauté. Rejoignez-nous maintenant !
image
Inscrivez-vous gratuitement
et continuez votre lecture
L'inscription vous permet également de commenter les articles et nous aide à améliorer votre expérience. Cela ne prend que quelques secondes.
Déjà inscrit ? Entrez votre email pour vous connecter.
Veuillez utiliser le format suivant : example@domain.com
SE CONNECTER AVEC
En vous inscrivant, vous acceptez les conditions d'utilisation. Une fois inscrit, vous recevrez gratuitement notre Une du Jour.
Register to continue
SE CONNECTER AVEC
Log in to continue
Connectez-vous ou inscrivez-vous
SE CONNECTER AVEC
check your email
Consultez vos mails
Nous vous avons envoyé un e-mail à .
Il contient un lien qui vous permettra de vous connecter.