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En Galilée, les Druzes de la « Start-up Nation » aident leurs frères syriens à Soueïda

Après la mort de 1 800 Druzes syriens tués par les forces gouvernementales, les Druzes d'Israël ont créé une équipe chargée d'envoyer des fournitures médicales et de l'aide

  • Najwa Mulla, une bénévole, se tient dans un entrepôt du village druze de Julis, en Galilée, à côté de cartons de fournitures médicales qui seront envoyés à des hôpitaux de Soueïda, en Syrie, le 6 août 2025. (Crédit : Diana Bletter/Times of Israel)
    Najwa Mulla, une bénévole, se tient dans un entrepôt du village druze de Julis, en Galilée, à côté de cartons de fournitures médicales qui seront envoyés à des hôpitaux de Soueïda, en Syrie, le 6 août 2025. (Crédit : Diana Bletter/Times of Israel)
  • Un bénévole druze regarde la photo d'un religieux druze syrien, Marhej Shahine, dont la moustache a été rasée de force par des hommes armés à Sweida, en Syrie, dans la salle de guerre de Julis, le 6 août 2025. (Crédit : Diana Bletter/Times of Israel)
    Un bénévole druze regarde la photo d'un religieux druze syrien, Marhej Shahine, dont la moustache a été rasée de force par des hommes armés à Sweida, en Syrie, dans la salle de guerre de Julis, le 6 août 2025. (Crédit : Diana Bletter/Times of Israel)
  • Le chef spirituel des Druzes israéliens, Cheikh Muwaffaq Tarif, s'assoit un instant dans la salle de crise de Julis, en Galilée, mise en place pour suivre la situation des Druzes en Syrie, le 6 août 2025. (Crédit : Diana Bletter/Times of Israel)
    Le chef spirituel des Druzes israéliens, Cheikh Muwaffaq Tarif, s'assoit un instant dans la salle de crise de Julis, en Galilée, mise en place pour suivre la situation des Druzes en Syrie, le 6 août 2025. (Crédit : Diana Bletter/Times of Israel)
  • Des bénévoles dans la salle de crise à Julis, en Galilée, assurent le suivi de la situation des Druzes en Syrie, le 6 août 2025. (Autorisation : Najwa Mulla)
    Des bénévoles dans la salle de crise à Julis, en Galilée, assurent le suivi de la situation des Druzes en Syrie, le 6 août 2025. (Autorisation : Najwa Mulla)
  • Le Dr Osama Sheikh dans la salle de crise à Julis, en Galilée, mise en place pour surveiller la situation des Druzes en Syrie, le 6 août 2025. (Crédit : Diana Bletter/Times of Israel)
    Le Dr Osama Sheikh dans la salle de crise à Julis, en Galilée, mise en place pour surveiller la situation des Druzes en Syrie, le 6 août 2025. (Crédit : Diana Bletter/Times of Israel)

JULIS, Galilée — Un mercredi après-midi, il y a peu, dans une salle de crise installée dans le centre communautaire de ce village druze de Galilée, le Dr Osama Sheikh, anesthésiste à l’hôpital de Galilée, était installé devant son ordinateur en compagnie de Tarik Sirhan, analyste de données.

Ces deux bénévoles druzes travaillent à la mise en place d’une plateforme permettant aux médecins de la province dévastée de Soueïda, en Syrie, de demander des fournitures médicales. Quelque 780 000 Druzes vivent actuellement en état de siège dans cette région.

Selon certaines informations, près de 1 800 Druzes ont été tués par les forces du gouvernement syrien dans un contexte de viols, de décapitations et d’exécutions.

« Notre start-up aide les médecins de Soueïda à obtenir les fournitures médicales dont ils ont besoin », a déclaré Sheikh. « Des sources locales rapportent que les médecins amputent sans anesthésie. Les rues sont jonchées de cadavres auxquels personne ne peut accéder, et qui sont dévorés par les chiens et les loups. »

Installés sous des lustres, bénéficiant de café, d’olives et de plats traditionnels druzes à volonté, Sheikh, Sirhan et des dizaines d’autres bénévoles venus de tout Israël s’affairent sans relâche, suivant et surveillant tout ce qui se passe à l’intérieur de Soueïda.

« On tue les Druzes simplement parce qu’ils sont Druzes », a déploré Sheikh. « Le monde ferme hypocritement les yeux et reste sourd à ce qui se passe là-bas. C’est honteux. »

Tarik Sirhan, à gauche, et Osama Sheikh ont mis en place une plateforme pour les médecins dans la province assiégée de Soueïda, en Syrie, dans la salle de crise du village druze de Julis, en Galilée, le 6 août 2025. À côté du drapeau druze, une banderole en hébreu indique « Salle d’urgence pour la communauté druze ». (Crédit : Diana Bletter/Times of Israel)

Combats entre gouvernement syrien et communauté druze

Le nouveau dirigeant syrien, Ahmed al-Sharaa, est un ancien membre d’un groupe terroriste lié à Al-Qaïda, qui a dirigé la coalition rebelle ayant renversé le régime de Bachar al-Assad en décembre. Mais malgré la promesse faite par son nouveau gouvernement de protéger les minorités religieuses, depuis son arrivée au pouvoir, des centaines de Druzes, de chrétiens et d’alaouites – anciens fidèles d’Assad – ont été tués, certains lors d’exécutions brutales.

La Syrie est majoritairement peuplée de musulmans sunnites. Les Druzes, quant à eux, représentent environ 3 % de la population. Le gouvernement actuel est dirigé par des islamistes, dont certains liés à des groupes extrémistes.

Les Druzes sont une mouvance mystique, qui s’est séparée de l’islam chiite au XIe siècle. On dénombre environ un million de Druzes dans le monde. La plupart vivent en Syrie, au Liban, en Turquie, en Jordanie et en Israël. Ils conservent le secret sur nombre de principes de leur religion, mais considèrent Abraham, Moïse, Jésus et Mahomet comme des prophètes. Les Druzes n’acceptent pas les convertis.

Des combats intenses entre la population druze locale et les milices bédouines soutenues par le gouvernement syrien ont éclaté le 13 juillet.

La route reliant Soueïda – le coeur des affrontements – à Damas est coupée depuis le 20 juillet.

Le 9 août, le Cheikh Hikmat Al-Hijri, un chef spirituel de la communauté druze de Syrie dont les combattants ont affronté des hommes armés pro-gouvernement dans la province de Soueïda le mois dernier, a remercié le président américain Donald Trump, Israël et les pays arabes du Golfe pour leur aide dans la fin des violences.

Mais Akram, un ancien officier druze de l’armée israélienne qui a demandé à conserver l’anonymat, a rapporté le lendemain par téléphone que les affrontements n’avaient pas cessé, et que « des terroristes attaquaient des villages druzes toutes les nuits ».

Un milicien druze armé d’une mitrailleuse passe devant une voiture incendiée, à la suite d’affrontements religieux dans la ville à majorité druze de Soueïda, en Syrie, le 25 juillet 2025. (Crédit : AP Photo/Omar Sanadiki)

Dans la salle de crise, le cheikh Muafak Tarif, chef de la communauté druze israélienne forte de 150 000 membres, a raconté au Times of Israel avoir écrit des lettres à Donald Trump, au président français Emmanuel Macron, au Premier ministre britannique Keir Starmer et au secrétaire général des Nations unies Antonio Guterres pour demander la mise en place d’un corridor humanitaire vers la province de Soueïda, le cœur de la minorité druze en Syrie.

« J’exhorte le monde entier à mettre fin au massacre de nos frères et de nos sœurs druzes », a-t-il déclaré. « Notre peuple est victime d’un nettoyage ethnique et d’un assassinat systématique, et le monde reste silencieux. »

Asil Meray, psychologue, se tient devant une photographie du religieux druze syrien Marhej Shahine, dont la moustache a été rasée de force à Soueïda, en Syrie, dans la salle de guerre de Julis, en Galilée, le 6 août 2025. (Crédit : Diana Bletter/Times of Israel)

« Pas d’eau, pas de carburant, pas de nourriture »

Akram est l’un des quatre anciens officiers druzes de l’armée israélienne ayant contribué à mettre en place la cellule de crise. Sur son ordinateur, il a montré au Times of Israel une carte de la Syrie, désignant un réservoir d’eau à Soueïda empoisonné par les forces gouvernementales qui, selon lui, sont soutenues par des groupes militants et terroristes étrangers, notamment Daech et Hayat Tahrir al-Sham, dont le statut d’organisation terroriste a été levé par les États-Unis en juillet.

« Nous allons retrouver des milliers de personnes tuées par les terroristes de Daech », a indiqué Akram. « Ils ont détruit toutes les infrastructures de la région. Ils ont brûlé les maisons. Ils ont anticipé ce qui pourrait arriver. Ils refusent que les gens reviennent s’installer. Il n’y a ni eau, ni carburant, ni nourriture. »

Depuis le 13 juillet, Akram passe de nombreuses nuits dans sa voiture, à tenter de dormir un peu. Des gens désespérés l’appellent de Syrie, à toute heure. Un dimanche, quelqu’un l’a appelé à 3 heures du matin, pour lui raconter qu’il n’avait que cinq tranches de pain pour nourrir 17 personnes.

« Ce sont des islamistes radicaux et meurtriers qui tuent les Druzes, à cause de leur religion », a ajouté Akram. « Où est Al Jazeera ? Où est la presse ? Où sont les ONG ? Où est la Croix-Rouge ? À part Cheikh Tarif et nous, personne n’est là pour protéger les Druzes en Syrie. »

Le chef druze israélien Cheikh Muafak se tient dans la salle de crise du village druze de Julis, en Galilée, le 6 août 2025. (Crédit : Diana Bletter/Times of Israel)

« Les Druzes sont massacrés à cause de leur religion »

Les Israéliens ne doivent pas considérer la situation comme un problème propre aux Druzes, a souligné Akram.

« C’est une question de sécurité pour Israël », a-t-il précisé. « Bientôt, on verra des djihadistes armés soutenus par le Qatar, l’Arabie saoudite et la Turquie juste à notre frontière. »

Le gouvernement syrien est venu jusqu’à Soueïda pour combattre les Druzes, a-t-il poursuivi. Les Druzes n’ont pas lancé d’offensive à Damas, mais les forces alliées au gouvernement sont venues à Soueïda. Pour Akram, ces affrontements ne sont pas motivés par des raisons politiques.

« Les Druzes sont massacrés à cause de leur religion », déplore-t-il.

« Tout au long de l’histoire, les Druzes n’ont jamais quitté leurs propres villages pour déclencher de guerres », a renchéri Akram. « Nous n’avons aucun désir de diriger un pays. Nous sommes ici pour répandre la paix, et ce jusqu’à notre mort. »

Lorsqu’on demande à quelqu’un s’il est Druze et que la réponse est « oui », alors cette personne « est exécutée », a-t-il confié.

Pour Sheikh, le médecin bénévole de la salle de crise, « un génocide est en cours à Soueïda ».

Israël s’est engagé à protéger la communauté druze syrienne. L’armée israélienne a frappé des cibles dans le pays le mois dernier, mettant ainsi en garde le régime syrien. Tsahal a en outre mis en place un hôpital de campagne dans le sud de la Syrie, et a évacué certains blessés druzes vers des hôpitaux israéliens.

Des bénévoles dans la salle de crise à Julis, en Galilée, assurent le suivi de la situation des Druzes en Syrie, le 6 août 2025. (Crédit : Autorisation/Najwa Mulla)

Dans la salle de crise, des récits d’atrocités

Sheikh a indiqué avoir passé 18 mois à Gaza comme combattant dans l’armée israélienne lors de la guerre contre le Hamas, déclenchée le 7 octobre 2023 lorsque des milliers de terroristes du Hamas ont pris d’assaut Israël, tuant quelque 1 200 civils et enlevant 251 personnes pour les emmener à Gaza.

« Je sais comment se battent les Israéliens à Gaza », a-t-il déclaré. « Personne là-bas n’a été tué parce qu’il était musulman, à ma connaissance. »

Des images montrant les nombreuses atrocités commises à Soueïda circulent sur les réseaux sociaux , a rapporté Sheikh, dont beaucoup ont été filmées par les forces pro-gouvernement. chacun des membres de la cellule de crise a entendu ou été témoin des terribles récits provenant de Soueïda.

Des employés de la morgue placent les corps de personnes non identifiées tuées lors d’affrontements entre des clans bédouins et des milices druzes dans des sacs en plastique devant l’hôpital national de Soueïda, en Syrie, le 21 juillet 2025. (Crédit : AP Photo/Fahd Kiwan, fichier)

« Des gens m’appellent parce qu’ils souffrent de stress post-traumatique après avoir vu des vidéos de femmes violées », explique Asil Meray, bénévole dans la cellule de crise et thérapeute au NATAL Israel Trauma and Resiliency Center, une organisation apolitique à but non lucratif qui propose un soutien psychologique aux victimes de traumatismes liés à la guerre ou au terrorisme.

Tarif a émis une fatwa, ou décision religieuse, autorisant les femmes victimes de viol à recourir à la pilule abortive, même si l’avortement est interdit par la religion druze.

« J’ai entendu dire que certaines femmes s’étaient suicidées », a murmuré Najwa Mulla. Mulla, qui possède un salon de coiffure à Julis, s’est engagée ces dernières semaines comme bénévoles, organisant l’envoi de fournitures médicales et de denrées alimentaires vers la Syrie depuis un entrepôt voisin. Elle raconte avoir reçu le soutien et les dons de chrétiens, Juifs et musulmans de tout Israël.

Najwa Mulla prie sur la tombe de l’ancien chef spirituel druze israélien, Cheikh Ameen Tarif, grand-père de l’actuel cheikh, à côté de la salle de crise du centre communautaire, le 6 août 2025. (Crédit : Diana Bletter/Times of Israel)

La situation est « catastrophique »

Sirhan, qui développe actuellement une plateforme numérique destinée aux médecins basés en Syrie, a annoncé le lancement de celle-ci cette semaine.

« Les médecins et les infirmières écrivaient à la main les noms des médicaments dont ils avaient besoin, prenaient des photos et nous les envoyaient via WhatsApp », a déclaré Sirhan. « Avec la nouvelle application, les médecins agréés pourront recevoir les fournitures dont ils ont besoin », notamment dans les domaines des allergies, de l’oncologie et des maladies chroniques.

Selon lui, environ dix hôpitaux sont encore en activité à Soueïda. Sirhan a toutefois avoué ne pas être en mesure de confirmer quand ni comment les fournitures parviendraient à ceux qui les ont demandées.

La situation est « catastrophique », a souligné Tarif. « Je lance un appel urgent aux dirigeants du monde entier, afin qu’ils mettent fin aux massacres avant qu’il ne soit trop tard. »

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