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Englman signale les principales défaillances dans l’évacuation et la réadaptation des blessés du 7-Octobre

L'audit du contrôleur de l'État fait état d'un manque de stratégie, de coordination, de données et de financement, ainsi que d'un manque d'efforts pour assurer la coordination entre le gouvernement, les bénévoles et les donateurs

Sue Surkes est la journaliste spécialisée dans l'environnement du Times of Israel.

Des équipes de secours israéliennes évacuant un blessé par hélicoptère près de Sderot, dans le sud du pays, le 7 octobre 2023 (Crédit : Menahem Kahana/AFP)
Des équipes de secours israéliennes évacuant un blessé par hélicoptère près de Sderot, dans le sud du pays, le 7 octobre 2023 (Crédit : Menahem Kahana/AFP)

Les responsables militaires et les services de secours n’ont pas réussi à coordonner l’évacuation des civils blessés dans les localités frappées par le terrorisme et dans tout le sud d’Israël le 7 octobre 2023. Cette situation a contribué au chaos qui a régné pendant l’attaque et a probablement empêché certaines personnes de bénéficier de soins vitaux, a dénoncé le contrôleur de l’État dans un rapport qui a été publié mardi.

Le rapport de Matanyahu Englman est le seul bilan officiel d’ensemble des défaillances catastrophiques qui ont entouré l’attaque, en l’absence d’enquête nationale. Il révèle également que la gestion de l’afflux de patients dans les hôpitaux a été mal organisée pendant la crise, ce qui a conduit deux centres hospitaliers à être submergés alors que d’autres établissements disposaient de capacités inutilisées. Le ministère de la Santé n’a pas non plus pris les dispositions nécessaires pour prendre en charge la réadaptation d’un grand nombre de personnes à la suite d’un événement ayant fait de nombreuses victimes.

Selon le rapport, l’armée israélienne aurait dû se charger de l’évacuation des blessés lorsque les terroristes armés du Hamas ont pris d’assaut des communautés, des villes, des festivals de musique et d’autres sites dans la funeste matinée du 7-Octobre.

Au lieu de cela, elle a fait appel à des services de secours – comme le service de secours du Magen David Adom (MDA) – qui ne disposaient pas des équipements de protection nécessaires pour intervenir dans des zones de combat actives. À l’insu de Tsahal, ces services avaient également ordonné aux secouristes de ne pas pénétrer dans les communautés où se trouvaient des terroristes.

Pendant l’attaque, les civils et les équipes de sécurité locales ont été largement livrés à eux-mêmes : beaucoup n’ont jamais été pris en charge, tandis que d’autres ont dû effectuer des trajets éprouvants à bord de véhicules privés, sous un feu meurtrier, pour avoir accès à des soins médicaux.

« La responsabilité de l’évacuation des blessés hors des zones de combat le 7-Octobre incombait au Commandement du Sud et à la Division de Gaza de Tsahal, puisqu’il s’agit des instances militaires chargées des communautés situées dans la zone frontalière avec Gaza », indique le rapport.

Des policiers évacuant une femme et un enfant d’un site touché par une roquette tirée depuis la bande de Gaza, à Ashkelon, dans le sud d’Israël, le 7 octobre 2023. (Crédit : Tsafrir Abayov/AP Photo)

Tout en reconnaissant qu’elle n’a pas su protéger les communautés frontalières de Gaza ce jour-là, l’armée israélienne a répondu que, compte tenu de la complexité de la situation sur le terrain et de la nécessité de repousser les terroristes pour assurer le contrôle opérationnel et sauver des vies, le nombre de blessés évacués restait relativement élevé.

Bien que 1 640 cas d’urgence aient été enregistrés ce jour-là, seuls 525 blessés ont été évacués à bord de véhicules médicaux, dont 84 dans des ambulances blindées et 21 par hélicoptère.

Selon le contrôleur de l’État, des avertissements avaient été lancés dès 2016 quant à la nécessité de disposer de davantage d’ambulances blindées, mais aucun financement n’avait été alloué à cet effet.

À la veille de l’assaut barbare et sanglant du Hamas, on comptait 24 ambulances blindées dans tout le pays, alors qu’il en aurait fallu 50, et une seule se trouvait dans la région, stationnée à Sderot.

Alors que le MDA recevait des informations sur les blessés, l’armée ne semblait pas avoir compris qu’elle avait, elle aussi, accès à ces mêmes données.

Le service d’urgence a indiqué au Bureau du contrôleur de l’État qu’il avait mis en place une « salle de crise médicale numérique » au quartier général de la division de Gaza de Tsahal en 2022 et qu’il l’avait testée quatre jours seulement avant l’invasion du Hamas, qui a fait plus de 1 200 morts et des milliers de blessés. Cette plateforme partageait en temps réel les détails de chaque intervention d’urgence, avec la localisation exacte des blessés et la répartition des ambulances dans la zone.

Cependant, le médecin de division en poste le 7-Octobre a déclaré qu’il n’avait jamais entendu parler de cette plateforme numérique depuis sa prise de fonction en août 2023, et que le sujet n’avait pas non plus été évoqué lors de nombreux échanges avec le MDA le 7-Octobre.

Tsahal a nié l’existence d’une telle plateforme.

De plus, l’armée ignorait totalement que le MDA avait ordonné aux ambulances de ne pas pénétrer dans les localités infiltrées par les terroristes pour évacuer les blessés.

« Il en a résulté que les informations concernant les blessés dont disposait le MDA, et qui auraient pu aider les forces militaires à atteindre les civils blessés et à leur prodiguer des soins, ne sont pas parvenues aux forces militaires présentes dans la zone de combat », indique le rapport.

D’après les enquêtes internes, le commandement militaire a été pris au dépourvu et a connu une grave défaillance en matière de commandement et de contrôle, ce qui l’a rendu incapable de saisir ce qui se passait pendant des heures.

La division de Gaza, chargée de la bande de Gaza et de la protection du sud d’Israël, a été « mise hors de combat » pendant plusieurs heures, ce qui a eu pour conséquence de ralentir de manière catastrophique la mobilisation de défense et la contre-attaque d’Israël.

Un hélicoptère du service de secours du Magen David Adom (MDA) évacuant les blessés du pogrom perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas le 7 octobre 2023, qui a tué plus de 1 200 Israéliens et en a blessé plus de 3 000. (Crédit : Autorisation)

Seuls 767 soldats étaient stationnés à la frontière pour faire face à plus de 5 000 terroristes envahisseurs, ce qui a empêché l’état-major général de se faire une idée précise de la situation. Les commandants ont eu du mal à hiérarchiser les efforts ou à diriger les troupes vers les bons endroits, au milieu du chaos et des canaux de communication rompus.

Il a fallu huit heures à la division de Gaza pour indiquer précisément au MDA où elle pouvait lui remettre les blessés afin de les transférer vers les hôpitaux, a déclaré le contrôleur de l’État.

Les informations n’ont pas non plus été transmises de manière organisée au ministère de la Santé.

Le contrôleur a constaté que, bien que des problèmes au sein de la division du ministère de la Santé chargée des opérations en cas d’urgence aient été signalés dès 2021, ils n’avaient pas été résolus.

Une ambulance de United Hatzalah stationnée à côté de chars de l’armée israélienne, près du carrefour Heletz sur la Route 232, le 7 octobre 2024. (Crédit : United Hatzalah)

Aucune procédure n’avait été établie pour prendre en charge les blessés évacués par leurs propres moyens, ni pour intégrer les sociétés d’ambulances privées aux opérations d’urgence.

Le rapport critique également le ministère pour ne pas avoir résolu un conflit de longue date entre le MDA et United Hatzalah, une autre organisation médicale d’urgence basée sur le bénévolat, ce qui a empêché les deux organisations d’échanger des informations et ce qui a potentiellement entravé une meilleure utilisation des ressources disponibles.

De plus, bien que des hauts responsables du ministère de la Santé, de la caisse de santé Clalit et d’une cellule de crise nationale au sein du ministère aient été informés de la surcharge des hôpitaux Barzilai à Ashkelon et Soroka à Beer Sheva, en raison du nombre de blessés, alors que d’autres établissements étaient prêts à les accueillir, le comité chargé de gérer la répartition des patients en situation d’urgence n’a été convoqué qu’à 14 h, soit plus de sept heures après le début de l’attaque du Hamas.

Les hôpitaux Soroka et Barzilai étaient tellement surchargés que plus de 40 % des blessés qui s’y trouvaient ont dû attendre plus de cinq heures avant d’être transférés vers d’autres établissements, indique le rapport.

Le contrôleur de l’État a également noté que Tsahal, qui a mené des enquêtes internes sur son incapacité à protéger diverses communautés, n’avait pas enquêté sur ses défaillances lors de l’évacuation des blessés.

Par ailleurs, selon le rapport, plus de deux ans après les faits, l’enquête du ministère de la Santé n’a été publiée que partiellement, et le MDA n’a toujours pas achevé sa propre enquête interne.

Englman a également souligné que le fait qu’une seule et même personne – Moshe Arbel, du parti Shas – ait cumulé les fonctions de ministre de la Santé et de ministre de l’Intérieur pendant et après le 7-Octobre avait entravé une gestion efficace de la crise.

Dans sa réponse, Tsahal a indiqué que, bien qu’un « dialogue continu » ait été maintenu, que des évaluations de la situation aient été réalisées et que des mises à jour médicales aient été transmises à « toutes les parties concernées » le 7-Octobre, les informations fournies par le MDA tout au long de la journée étaient trop « générales ».

En conséquence, a précisé l’armée, l’évacuation aérienne s’est concentrée sur des dizaines de blessés dont les emplacements exacts avaient été fournis par d’autres sources.

Le communiqué de l’armée a également expliqué que le MDA n’avait pas formé le personnel de Tsahal à l’utilisation de l’interface numérique et qu’à aucun moment de la journée, le MDA n’avait orienté les soldats vers cette plateforme, « en supposant [seulement] qu’elle ait été installée et qu’elle fonctionne ».

Il a ajouté que United Hatzalah n’était pas définie comme une organisation auxiliaire au sens de la loi sur la défense civile, de sorte que le Commandement du Front intérieur n’était pas habilité à la former ou à la mobiliser en cas d’urgence.

Rééducation des blessés

Des soldats de l’armée israélienne blessés dans la guerre contre le Hamas marchant dans la division de réhabilitation de l’hôpital de Sheba, à Ramat Gan, le 18 décembre 2023. (Crédit : Oded Balilty/AP)

Selon les chiffres de septembre 2025, environ 20 000 soldats et membres des forces de sécurité ont été blessés au cours de la guerre qui a suivi à Gaza.

Entre le 7 octobre 2023 et juillet 2025, environ 1 660 soldats, membres des services de sécurité et civils ont été pris en charge par les services de rééducation des hôpitaux.

Entre décembre 2024 et août 2025, la Cour des comptes a examiné la qualité de ces soins de rééducation.

Elle a constaté que si le ministère de la Santé était conscient du grave manque de personnel dont souffraient les services de rééducation des hôpitaux, il n’avait pas actualisé les normes d’effectifs depuis plus de vingt ans.

« À la veille du 7-Octobre, il manquait des milliers de kinésithérapeutes, d’orthophonistes et d’ergothérapeutes dans le secteur public », indique le rapport.

« Les normes de dotation en personnel des hôpitaux ne répondaient pas aux besoins de la population, même en temps normal. »

Selon une évaluation réalisée par une équipe interministérielle chargée d’examiner les pénuries de personnel de santé, il manquait 1 947 kinésithérapeutes, 2 189 orthophonistes et 2 570 ergothérapeutes en 2020.

En conséquence, l’hôpital Sheba, situé au centre de Ramat Gan, qui a accueilli 47 % des blessés de guerre nécessitant une hospitalisation, a dû prélever 72 lits dans les services de gériatrie pour répondre à la demande en matière de rééducation.

Illustration : Jonathan Ben Hamou, soldat de l’armée israélienne âgé de 22 ans, blessé lors de la guerre contre le Hamas, dans sa chambre au service de rééducation de l’hôpital Sheba, à Ramat Gan, le 18 décembre 2023. (Crédit : Oded Balilty/AP)

Les données fournies par l’hôpital Sheba indiquaient que les patients recevaient en moyenne moins de 2,2 traitements par jour, soit près d’un traitement complet de moins que la norme admise.

De plus, le ministère de la Santé ne disposait pas de plan écrit et opérationnel pour gérer la réadaptation à l’échelle nationale en cas d’urgence impliquant un grand nombre de victimes, et n’avait pas mis en place d’infrastructure numérique permettant de suivre le taux d’occupation des services, la qualité des traitements ou les temps d’attente des patients.

Afin d’apporter une aide immédiate, le département de réadaptation a mis en place une politique intitulée « La réadaptation d’abord », qui propose des soins médicaux et psychologiques, ainsi que des avances financières à tous les demandeurs, tout en reportant les commissions médicales officielles. Si cette mesure a permis d’accélérer les premiers soins, elle a également engendré des complications à long terme, selon l’audit.

En août 2025, les commissions médicales pour les blessés de guerre n’avaient toujours pas repris leurs activités.

Itaï, soldat des forces spéciales de la Brigade Nahal de l’armée israélienne, raconte comment il a été blessé lors d’une bataille avec des terroristes du Hamas qui se sont infiltrés depuis Gaza le 7 octobre 2023. Centre hospitalier Hadassah à Ein Kerem, Jérusalem, le 19 octobre 2023. (Crédit : Renee Ghert-Zand/Times of IsraeI)

Malgré la création d’une division des relations avec la clientèle, une enquête menée en juin 2024 a révélé qu’environ 80 % des anciens combattants blessés déclaraient avoir une compréhension faible à modérée de leurs droits et s’appuyer souvent sur des informations de seconde main.

En mai 2025, parmi les 26 000 blessés ayant demandé à bénéficier du statut d’invalide, environ 7 000 n’avaient toujours pas reçu de réponse du ministère de la Défense. Parmi elles, environ 2 200 demandes de reconnaissance étaient en attente depuis plus d’un an, soit trois fois le délai de traitement fixé par le ministère lui-même.

Des projets cruciaux tels que l’initiative « Gateway », qui visait à numériser les processus de reconnaissance, les commissions médicales, ainsi que les prestations et allocations, restaient inachevés en octobre 2025, les retards dans le remboursement des frais suscitant un profond mécontentement parmi les anciens combattants, selon le rapport.

Coordination entre les besoins, les donateurs et les bénévoles

Des bénévoles aidant à trier et à emballer les articles donnés au Centre d’opérations civiles, au centre de convention Expo Tel Aviv, le 19 octobre 2023. (Crédit : Sue Surkes/Times of Israel)

Environ 2,23 millions de résidents israéliens, soit environ un adulte sur deux, ont proposé leur aide entre octobre et décembre 2023, tandis qu’en moyenne 3,6 millions de personnes ont fait un don d’argent chaque mois, selon les conclusions du contrôleur de l’État.

Plus d’un millier d’initiatives civiles ont été lancées au profit de plus de deux millions de bénéficiaires.

L’Unité consultative pour les collaborations multisectorielles au sein du bureau du Premier ministre a été créée à la suite d’une décision gouvernementale de 2008 visant à promouvoir et à renforcer la collaboration entre les ministères et les organisations de donateurs et de bénévoles, explique le rapport.

Toutefois, l’audit a mis en évidence « un écart substantiel » entre les responsabilités de l’unité, d’une part, et les ressources allouées pour les assumer, d’autre part. L’unité n’employait qu’une seule personne durant les deux premiers mois qui ont suivi le 7-Octobre, après quoi une personne supplémentaire a été recrutée.

L’audit a révélé que le bureau du Premier ministre n’avait pas donné suite aux demandes de bénévoles et de donateurs visant à mettre en place un centre d’appel gouvernemental unique pour répondre aux demandes de renseignements.

Selon ce que le rapport qualifie d’estimation prudente, le contrôleur de l’État a indiqué que la valeur monétaire des dons et des efforts bénévoles au cours des trois mois qui ont suivi le 7-Octobre s’élevait à environ 14,78 milliards de shekels.

Le gouvernement a alloué 11,8 milliards de shekels au cours de la même période.

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