Face à la pénurie de recrues, Tsahal propose d’amnistier réfractaires et déserteurs
Ceux qui encourent une peine de prison ont 5 jours pour s'enrôler sans sanction ; l'armée israélienne entend redoubler d'efforts pour faire appliquer la loi
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Emanuel Fabian est le correspondant militaire du Times of Israël.

L’armée israélienne a annoncé dimanche qu’elle offrait aux réfractaires à la conscription – en grand nombre au sein de la communauté ultra-orthodoxe – une chance unique de s’enrôler dans l’armée sans encourir de sanction.
La Direction du personnel de Tsahal estime à 14 600 le nombre des Israéliens – hommes et femmes – réfractaires à la conscription et déserteurs, qui comprend à la fois ceux qui ont commencé le processus d’enrôlement sans aller à son terme et ceux qui n’ont jamais donné suite aux ordres de conscription.
Tous encourent une peine de prison pour ces faits mais l’application de la loi est jusqu’à présent restée limitée.
Depuis dimanche soir et jusqu’au jeudi 21 août, soit durant cinq jours, ces Israéliens ont une « dernière chance de se faire enrôler sans risque de peine de prison, dans le cadre d’une opération de Tsahal baptisée « On repart à zéro ».
L’armée a déclaré qu’elle enverrait des avis aux réfractaires à la conscription et qu’il leur serait possible de s’inscrire via un lien adressé par SMS ou en appelant l’unité Meitav, chargée de l’enrôlement.
Normalement, les réfractaires à la conscription purgent une peine de prison au moment de leur enrôlement, en guise de punition fait de désertion.
L’armée estime que nombre de déserteurs craignent en fait de se présenter de crainte de devoir purger une peine de prison et d’avoir un casier judiciaire.
Ceux qui s’inscriront avant jeudi et se présenteront effectivement dans les bureaux de conscription échapperont à la peine de prison et au casier judiciaire. Dans le cadre de ce dispositif spécial, la sanction pour les réfractaires à la conscription sera levée : elle pourrait être réactivée en cas de non-respect des conditions du service militaire ou de désertion.
L’armée israélienne a fait savoir qu’elle veillerait à ce que le programme ne soit pas détourné par les déserteurs pour échapper au service militaire et à la prison.
Les déserteurs et réfractaires sont attendus dans les centres d’intégration, d’où ils partiront immédiatement pour suivre leur formation de base. Ils devront effectuer la totalité du temps de service obligatoire, soit 32 mois pour la plupart des hommes et 24 mois pour les femmes, avec quelques exceptions selon les unités et l’âge.
Les autorités militaires ont indiqué qu’elles ignoraient combien de personnes se présenteraient effectivement dans le cadre de ce dispositif.
L’armée s’est, à plusieurs reprises, dite confrontée à un cruel manque de soldats, en contexte de guerre, avec un besoin de près de 12 000 soldats de plus, parmi lesquels 7 000 soldats de combat.
Par ailleurs, l’armée israélienne a annoncé son intention de redoubler d’efforts pour faire respecter la loi à l’encontre des déserteurs.
Pour l’heure, on estime à 80 000 le nombre des hommes haredim de 18 à 24 ans éligibles au service militaire mais qui n’ont pas répondu à l’appel sous les drapeaux. La plupart d’entre eux n’ont pas été juridiquement déclarés comme déserteurs car ce n’est que récemment que l’armée israélienne a émis leur ordre d’enrôlement.
La semaine dernière, devant un parterre de députés, le général de brigade Shay Tayeb, chef de la division de la planification et de la gestion du personnel de la Direction du personnel de Tsahal, annonçait que seuls 2 940 hommes ultra-orthodoxes s’étaient enrôlés en 2024, bien loin de l’objectif de 4 800.
En témoignant devant la commission des Affaires étrangères et de la Défense de la Knesset, Tayeb a déclaré que ce chiffre était « nettement plus élevé » que les précédentes moyennes annuelles – 1 800 soldats haredim – mais qu’il était encore « loin de notre objectif de 4 800, et encore plus éloigné des besoins de l’armée ».
Tayeb a également déclaré à la commission que la plupart des hommes ultra-orthodoxes enrôlés l’an dernier n’avaient pas opté pour les filières spéciales pour soldats haredim.
Selon Tayeb, près de 1 300 soldats ont rejoint des unités ad hoc pour hommes haredim et 1 600 autres, des unités « générales ».
Sur les quelque 3 000 soldats haredim, un bon millier sert dans des unités de combat – 400 d’entre eux dans des unités ultra-orthodoxes dont la toute nouvelle brigade hasmonéenne – et 650 dans des unités de combat générales, a-t-il ajouté.
Tayeb a également déclaré devant les députés que les 80 000 hommes haredim éligibles à la conscription étaient en cours d’appel. « Malheureusement, le taux de non-coopération parmi la population haredi reste très élevé et nous avons mis en place un processus permettant de faire les choses plus rapidement », a-t-il déclaré.
La querelle autour du service militaire des membres de la communauté ultra-orthodoxe est l’une des plus brûlantes en Israël et cela fait des dizaines d’années que les autorités, exécutives ou judiciaires, tentent, sans succès, de trouver une solution.
Les autorités religieuses et politiques haredim s’opposent farouchement à toute mesure destinée à permettre la conscription de ces jeunes hommes qui, de longue date, ont bénéficié d’une exemption de service. Dernièrement, la Cour Suprême a exigé qu’il soit mis un terme à ce régime général d’exemption, sou la pression de la rue et du manque de soldats pour livrer la longue guerre qui se poursuit aujourd’hui encore.
De nombreux juifs ultra-orthodoxes estiment que le service militaire est incompatible avec leur mode de vie et craignent que ceux qui s’enrôlent ne se sécularisent. Toutefois, les Israéliens qui font, eux, leur service voient dans ces dizaines d’années d’exemptions massives une injustice qui n’a fait que gagner en intensité depuis l’attaque du Hamas le 7 octobre 2023 et la guerre qui s’en est suivie, au cours de laquelle près de 900 soldats ont été tués et 300 000 réservistes rappelés.
la Communauté du Times of Israël !







