Rechercher

Face au refus de la Ville de Paris de consacrer une rue à Claude Lanzmann, sa veuve prend la parole

En cette année du centenaire de la naissance du cinéaste, les prises de position se multiplient en sa mémoire, dans une France en proie à un regain d'antisémitisme

Inauguration d’un buste de Claude Lanzmann au square des Martyrs juifs du Vél d’Hiv, à Paris, le 27 janvier 2026. (Crédit : Mairie du 15)
Inauguration d’un buste de Claude Lanzmann au square des Martyrs juifs du Vél d’Hiv, à Paris, le 27 janvier 2026. (Crédit : Mairie du 15)

Fin 2025, le projet de donner le nom de Claude Lanzmann (1925-2018) à une voie du 15e arrondissement de Paris (l’allée centrale du square des martyrs juifs du Vélodrome d’hiver) est abandonné par le Conseil municipal.

Un temps favorable au projet, Anne Hidalgo, qui est alors encore maire de Paris, retire son soutien sur la pression des élus Écologistes qui, au Conseil de Paris, invoquent des accusations d’agressions sexuelles commises par le réalisateur.

En cette année du centenaire de sa naissance et en pleine flambée d’antisémitisme en France, la décision du Conseil municipal de Paris ne cesse de susciter de vives réactions.

Déjà en janvier 2025, Élisabeth Badinter et Serge Klarsfeld co-signaient une lettre ouverte parue dans Le Point dans laquelle ils affirmaient que « les rumeurs et les ragots » ne font « pas le droit » dans une démocratie et que c’est donc « la question de la mémoire de la Shoah et, à travers elle, de la lutte contre l’antisémitisme, qui se trouve ici atteinte » . Depuis, cette lettre ouverte a donné lieu à une pétition et c’est aujourd’hui au tour de Dominique Lanzmann, la veuve du cinéaste, de prendre position pour défendre sa mémoire.

Claude Lanzmann au volant d’une voiture à l’entrée du village de Treblinka en face de la gare. Treblinka, Pologne, juillet 1978. (Crédit : USHMM et YAD VASHEM – Collection SHOAH de Claude Lanzmann)

Dans une interview publiée mercredi dernier dans Le Figaro, elle revient sur cette affaire et dénonce les rumeurs d’agression sexuelle relayées par Mediapart à la mort du cinéaste en 2018.

Dominique Lanzmann commence par nuancer l’attitude d’Anne Hidalgo, expliquant qu’elle a simplement voulu s’éviter « une séquence désagréable » mais qu’elle est attachée à la mémoire du réalisateur, ayant honoré de sa présence l’inauguration, en janvier 2026, d’un buste du cinéaste. Elle place désormais ses espoirs en Emmanuel Grégoire, élu maire de Paris en mars 2026, et souligne la légitimité du lieu choisi.

« Que cette artère du 15e arrondissement porte le nom de mon mari aurait tout son sens. Il s’agit de l’allée centrale du square des martyrs juifs du Vélodrome d’hiver. Ce lieu rend hommage à ceux qui sont partis pour Auschwitz et, pour la plupart, ne sont pas revenus. Avec Shoah, Claude Lanzmann leur a dressé une sépulture. », souligne Dominique Lanzmann en rappelant l’importance de l’œuvre de son mari envers l’histoire de la Shoah.

Ensuite, elle dissipe les accusations de comportements déplacés et de baisers non consentis (datant de 1985 et 2009) portées par deux journalistes, l’une néerlandaise, l’autre allemande. Elle rejette la qualification de « prédateur » et invoque un effet de décalage générationnel, non sans dénoncer les méthodes de Mediapart, qui a publié ces éléments alors que, souligne-t-elle, l’intéressé, affaibli, n’était plus en état de se défendre.

« Claude n’était ni un prédateur ni un homme qui insiste. Il est ridicule de le présenter ainsi. Et puis il s’agit d’une question de génération. Cette génération d’hommes n’avait pas les mêmes comportements qu’aujourd’hui », affirme Dominique Lanzmann avant d’ajouter, pour expliquer qu’il ne se soit pas défendu de son vivant : « Claude avait 92 ans, il était en fin de vie et allait bientôt mourir de chagrin. Nous venions de perdre notre fils. Il n’avait pas l’esprit à ça ».

Enfin, elle revient sur la personnalité hors norme de son mari, rappelant sa force de caractère hors norme, liée à l’abandon précoce par sa mère à l’âge de 9 ans, son endurance physique spectaculaire (il a sauté d’une falaise à l’âge de 91 ans) et son engagement dans la résistance dès ses 18 ans.

Elle revient en détails sur l’obsession de Lanzmann pour la sacralisation du mot « Shoah » (qui signifie catastrophe en hébreu), un terme qu’il se refusait à traduire dans le but de préserver le caractère indicible et brutal de l’événement, s’opposant par là radicalement aux fictions hollywoodiennes comme La Liste de Schindler de Spielberg (avec qui il s’est réconcilié, après leur brouille sur cette question).

« À la sortie du film en France, certains lui avaient enjoint de traduire ce terme […]. Lui pensait qu’il devait rester du domaine de l’incompréhensible. « C’est un mot impénétrable, infracassable », écrivait-il. », souligne-t-elle avant d’ajouter « Il s’est dépêché d’emmagasiner ce trésor, pendant douze ans. Il a fallu retrouver les traces qui subsistaient et que les nazis n’avaient pas effacées. Shoah est là pour représenter l’irreprésentable », en parlant de Shoah, ce film qui documente le génocide juif et est inscrit au registre de la Mémoire du monde de l’UNESCO.

La polémique plus large autour de Claude Lanzmann s’inscrit dans un contexte français marqué par une forte polarisation entretenue par une gauche culturelle en phase avec les positions du parti extrémiste de la France insoumise (LFI), comme l’a donné à voir la Cérémonie des Molières ou, plus récemment encore, une autre polémique lors du Festival de Cannes.

En France, les actes antisémites qui ont enregistré une hausse de plus de 1 000 % depuis fin 2023, ont été marqués par l’appel ä manifester contre la participation du dessinateur et auteur Joann Sfar au festival littéraire « Oh les beaux jours », vendredi à Marseille, au slogan de « Sionistes hors de notre ville ».

En savoir plus sur :
Pour commenter, rejoignez
la Communauté du Times of Israël !
Rejoidre la Communauté du Times of Israël
Seuls les membres qui payent un abonnement peuvent commenter les articles. Alors rejoignez nous et profitez d'autres avantages !
Veuillez utiliser un email au format suivant : example@domain.com
Confirm Mail
Merci ! Consultez votre mail maintenant
Vous faites désormais partie de la Communauté du Times of Israël ! Un e-mail contenant votre lien de connexion a été envoyé à . Une fois configuré, vous pourrez profiter de vos avantages et commenter.

Merci pour votre fidélité !

Si vous voyez ce message, ça veut dire que vous faites partie de nos lecteurs les plus assidus. Pour continuer votre lecture, veuillez rejoindre notre Communauté. Rejoignez-nous maintenant !
image
Inscrivez-vous gratuitement
et continuez votre lecture
L'inscription vous permet également de commenter les articles et nous aide à améliorer votre expérience. Cela ne prend que quelques secondes.
Déjà inscrit ? Entrez votre email pour vous connecter.
Veuillez utiliser le format suivant : example@domain.com
SE CONNECTER AVEC
En vous inscrivant, vous acceptez les conditions d'utilisation. Une fois inscrit, vous recevrez gratuitement notre Une du Jour.
Register to continue
SE CONNECTER AVEC
Log in to continue
Connectez-vous ou inscrivez-vous
SE CONNECTER AVEC
check your email
Consultez vos mails
Nous vous avons envoyé un e-mail à .
Il contient un lien qui vous permettra de vous connecter.