« Sionistes hors de notre ville » : Joann Sfar ciblé par une campagne de boycott à Marseille
Pour les opposants à sa venue, l’invitation du dessinateur juif ne peut être considérée comme « neutre » dans le contexte actuel de la guerre à Gaza
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Un collectif militant marseillais baptisé « Cultures en lutte 13 » a lancé un appel au rassemblement pour s’opposer à la participation du dessinateur et auteur Joann Sfar au festival littéraire « Oh les beaux jours », prévu ce vendredi 29 mai 2026 à Marseille.
Sous le slogan « Sionistes hors de notre ville », les organisateurs contestent la venue de l’artiste juif en raison de ses prises de position, réelles ou supposées, sur le conflit israélo-palestinien.
Le collectif accuse Joann Sfar d’être un « relais médiatique » du gouvernement et de la politique israéliennes, ce qui est pour le moins étonnant quand on connaît les prises de position équilibrées du dessinateur, qui se dit à l’écoute des souffrances « des deux côtés ». Et ce dont son dernier ouvrage, sorti aux Arènes (Terre de sang »), fruit d’un long reportage sur le terrain, témoigne avec évidence.
Selon diverses sources, le point de discorde principal serait une tribune signée par l’auteur en septembre 2025 dans le quotidien Le Figaro, laquelle s’opposait à une reconnaissance « sans conditions préalables » d’un État palestinien, sans infléchir nullement la décision d’Emmanuel Macron.
Pour les opposants à sa venue, l’invitation de Joann Sfar ne peut être considérée comme « neutre » dans le contexte actuel de la guerre à Gaza.
L’étiquette de soutien inconditionnel à Israël colle cependant difficilement à la réalité du travail de l’auteur. Sa trilogie graphique, débutée après les massacres du 7 octobre 2023, commencée par « Nous vivrons », est là pour en témoigner.
« Il y a une forme de maccarthysme antisioniste (…) Quand des figures comme Joann Sfar ou Barbara Butch [sont boycottées] (…) On voit bien que ce qui est en jeu, ce n’est pas simplement le niveau d’engagement ou de soutien vis-à-vis de tel ou tel gouvernement en Israël, c’est… pic.twitter.com/UH86s6VX6g
— Radio RCJ (@RCJRADIO) May 27, 2026
Au cours de ses voyages en Israël et dans les territoires palestiniens, Sfar a activement cherché à faire entendre des « voix palestiniennes », documentant notamment les violences quotidiennes subies par les bergers bédouins en Cisjordanie et rappelant qu’aimer cette région impose de ne pas fermer les yeux sur cette injustice.
Il a aussi mis en avant l’interconnexion des deux sociétés israélienne et palestinienne, rappelant par exemple que 70 % des internes des hôpitaux israéliens sont Palestiniens et qu’ils ont soigné les survivants du 7-Octobre. Il n’a eu de cesse enfin de plaider pour une coexistence et une reconnaissance de l’humanité de l’autre, au-delà des « slogans de haine » et des « simplifications ».
Cette volonté de nuance lui vaut d’ailleurs d’être attaqué de toutes parts : alors que le collectif marseillais « Cultures en lutte 13 » le rejette donc, certains membres de la communauté juive l’ont traité de « traître » pour son empathie envers les populations palestiniennes.
Un climat de tension culturelle
La polémique actuelle, affiche sordide à l’appui, s’inscrit dans un contexte national de forte polarisation que l’on sait, entretenue par la gauche culturelle très en phase avec les positions de LFI, comme on a pu le voir notamment à la Cérémonie des Molières ou plus récemment lors du Festival de Cannes.
Alors qu’en France les actes antisémites ont enregistré une hausse de plus de 1 000 % depuis la fin de l’année 2023, Joann Sfar utilise souvent l’humour et le dessin pour désamorcer les tensions identitaires. Il souligne régulièrement que « la certitude que rien ne va marcher fait le lit des extrémistes ».
https://x.com/FaisonsParler/status/2059700904665002097/photo/1
La tension à Marseille, ville qui abrite l’une des communautés maghrébines et musulmanes les plus importantes de l’hexagone, est d’autant plus forte dans la foulée de l’exposition sur Gaza et la Palestine organisée par le MUCEM, défendue par Benoît Payan, maire de la Ville, qui a choqué nombre de Juifs marseillais et leurs institutions, dont le CRIF.
En tous cas, malgré les appels au boycott qui le frappent, Joann Sfar a répondu qu’il continuerait de défendre contre vents et marées le dialogue, qu’il considère être comme l’unique issue face à la « paralysie de la pensée » des deux côtés du conflit.
la Communauté du Times of Israël !







