GB : Pour Maurice Glasman, il y a désormais une « circonscription électorale qui déteste les Juifs »
Selon le leader du Blue Labour, après l'attentat de Manchester, les Britanniques issus de la classe ouvrière forment le "dernier rempart" contre la montée de l'antisémitisme causée par le progressisme et les migrants
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LONDRES – L’attentat terroriste perpétré le jour de Kippour contre la Heaton Park Hebrew Congregation de Manchester, au cours duquel deux fidèles juifs ont été tués, remonte à plusieurs semaines, mais l’émotion dans la voix de Maurice Glasman demeure vive et palpable.
Membre du parti travailliste à la Chambre des Lords et l’un des intellectuels juifs les plus éminents du Royaume-Uni, Glasman venait lui-même de quitter la synagogue ce jour-là lorsqu’il a allumé son téléphone pour découvrir ce qu’il décrit comme une « cacophonie de chagrin presque incompréhensible ».
« Je me suis senti profané », confie-t-il au Times of Israel. « J’étais horrifié et envahi par un profond sentiment de mauvais présage. »
Ce qui a bouleversé Glasman, ce n’est pas seulement la violence de l’attaque, au cours de laquelle Jihad al-Shamie, un citoyen britannique d’origine syrienne, a foncé avec sa voiture sur des fidèles avant d’en poignarder plusieurs, mais sa signification historique profonde.
Depuis la réadmission des Juifs en Angleterre, il y a plus de trois siècles, un seul Juif avait été tué pour le seul fait d’être juif, un étudiant assassiné par un fasciste en 1960. Glasman souligne que ce bilan est unique en Europe et en Amérique, deux régions marquées par des épisodes d’antisémitisme meurtrier au 20e siècle.
« Aucun Juif n’a été tué en Grande-Bretagne entre 1939 et 1945. C’est un événement cosmique », souligne-t-il.
Ce constat est au cœur du patriotisme et de la pensée politique de Glasman.
« J’aime profondément mon pays. Je l’adore », déclare-t-il. « Et j’aime la classe ouvrière de mon pays, celle qui a combattu les nazis sans la moindre hésitation. »
Mais la Grande-Bretagne que chérit Glasman n’est pas seulement celle qui a protégé les Juifs ; c’est aussi celle où ils ont pu s’épanouir et prospérer.
« Nous pouvions mener une vie juive pleinement épanouie ici. Ce pays est un endroit extraordinaire pour les Juifs, précisément parce que nous pouvons y vivre comme nous l’entendons », affirme-t-il. « C’est un pays remarquablement favorable, en particulier pour les Juifs ashkénazes, car sa combinaison de tradition et de liberté nous correspond parfaitement. Nous n’aimons pas la foule. Nous ne supportons pas la violence. »
Il n’est donc pas surprenant, ajoute-t-il, que l’hymne national et les toasts portés à la famille royale ponctuent les mariages juifs, les bar-mitsvot et autres célébrations.
La notoriété de Glasman repose en partie sur son rôle de chef de file du mouvement Blue Labour au sein du parti travailliste britannique. Fondé en 2009, ce courant allie conservatisme social et populisme économique, cherchant à ramener le parti vers le patriotisme robuste et sans complexe de sa base traditionnelle, la classe ouvrière.
La philosophie de Glasman a attiré l’attention du jeune JD Vance, qui lui a envoyé un exemplaire de son livre Hillbilly Elegy, publié en 2016. En janvier dernier, Glasman était le seul membre du Parti travailliste invité à la cérémonie d’investiture du président américain Donald Trump à Washington.
« Beaucoup de gens me détestent, tant au sein du parti travailliste que dans le pays », raconte Glasman, mi-sérieux, mi-amusé. « Mais ils ne me détestent pas parce que je suis Juif. Ils me détestent pour ma personnalité et mes opinions. »
L’attentat de Manchester a changé la donne. « C’est effrayant, et à juste titre », dit-il, ajoutant que la combinaison du « progressisme et de l’immigration de masse, en particulier musulmane, a fait émerger une base électorale qui déteste les Juifs » dans le pays.
Glasman dénonce la « stupidité malveillante » de ces franges de la gauche qui, selon lui, « détestent notre propre pays par-dessus tout » et considèrent que les Juifs se trouvent au sommet d’une pyramide « d’oppresseurs blancs », dont « l’État colonial d’Israël est la preuve vivante ». Cette idéologie, affirme-t-il, a favorisé la formation d’une « coalition démographique entre les islamistes, les syndicats du secteur public et les universitaires ».
« Ils ne me détestent pas parce que je suis Juif. Ils me détestent pour ma personnalité et mes opinions. »
Glasman appelle à la formation d’une coalition politique capable de répondre à cette menace – une coalition semblable à celle qui, selon lui, avait permis d’enrayer la montée de l’antisémitisme dans la Grande-Bretagne de l’entre-deux-guerres, et dans laquelle de nombreux non-Juifs avaient joué un rôle central. Pour Glasman, cette cause dépasse largement la seule communauté juive.
« Ce n’est pas seulement de la haine envers les Juifs », souligne-t-il. « C’est une haine de la beauté, de la vérité, de la bonté et de la gentillesse. Ce sont des gens impitoyables et vindicatifs. Je suis absolument déterminé à assurer l’avenir de la vie juive dans mon pays, mais je reconnais que c’est désormais une question politique. Elle n’est pas réglée. »
Au sein du Parti travailliste, les opinions de Glasman sur l’immigration suscitent depuis longtemps la controverse. Depuis plus de dix ans, il s’oppose fermement à l’orthodoxie progressiste selon laquelle la migration de masse est à la fois une nécessité économique et un bienfait. Le refus de Glasman d’accepter cette notion lui a valu d’être qualifié de raciste et d’ethno-nationaliste – des accusations qu’il récuse –, mais il estime avoir été innocenté.
« La migration de masse est l’une des sources de la violence [contre les Juifs], et c’est la vérité », dit-il.
Glasman affirme qu’il existe « une magnifique culture de tolérance dans notre pays », qui se traduit par la sécurité dont jouissent les Juifs depuis plus de 300 ans. Les partisans de la migration de masse n’ont manifesté « aucune considération » pour cette « paix civique » et pour la question de savoir si la culture politique britannique était en mesure d’assimiler facilement un grand nombre de migrants provenant d’Érythrée, de Somalie, d’Irak et de Syrie. Selon lui, cette façon de penser a été » une catastrophe, et il faut y remédier honnêtement ».
Glasman, qui a passé une grande partie de sa vie professionnelle dans le milieu universitaire, est tout aussi consterné par la manière dont les universités britanniques ont été « conquises par la pensée progressiste », qu’il tient pour responsable de la montée de l’antisémitisme sur les campus.
Des universitaires « sérieux », dit-il, lui ont assuré qu’aucune femme n’avait été violée lors du pogrom perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas dans le sud d’Israël le 7 octobre 2023, et que les nombreuses preuves des violences sexuelles commises par les terroristes relevaient de la « désinformation ».
« Les universités ne sont plus une bénédiction pour notre pays »
« Tout n’est que ‘désinformation et mésinformation’», dit Glasman, qui qualifie les universitaires qui colportent de tels arguments de « vecteurs fondamentaux du mensonge ». Selon lui, leur résister fait partie de la « bataille générale qui se livre pour l’âme de notre pays ».
Glasman, qui a déjà appelé à transformer la moitié des universités du pays en écoles professionnelles, admet que sa solution est « radicale ».
« Je veux une purge des universités. Je veux que la moitié d’entre elles soient fermées. Je veux que tous ceux qui sont restés les bras croisés et ont accepté le licenciement d’un collègue pour ‘opinions incorrectes’ soient licenciés », dit-il. « Les universités ne sont plus une bénédiction pour notre pays. »
Le député travailliste reproche également aux lois britanniques sur les droits de l’homme, adoptées sous le gouvernement travailliste de Tony Blair à la fin des années 1990, ainsi qu’à l’adhésion du Royaume-Uni à la Convention européenne des droits de l’homme (CEDH), d’avoir permis aux manifestants anti-Israël de descendre périodiquement dans les rues des villes britanniques depuis les massacres du Hamas. Les critiques, parmi lesquels figurent des groupes communautaires juifs, accusent la police d’avoir laissé les manifestants scander des slogans antisémites tels que « mondialisez l’Intifada » et « du fleuve à la mer, la Palestine sera libre » en toute impunité.
Pour Glasman, le seul moyen de lutter efficacement contre cette « incitation à la violence » est d’abroger la loi sur les droits de l’homme et de se retirer de la CEDH. « Nous devons réaffirmer la Common law [le droit commun] dans toute sa sagesse », et revenir à l’époque où le ministre de l’Intérieur pouvait interdire les manifestations s’il estimait qu’elles représentaient un risque pour l’ordre public, dit-il.
Glasman nie que sa présence à l’investiture de Trump et ses éloges passés à l’égard de la « coalition multiethnique, interconfessionnelle et ouvrière contre les progressistes » du président américain indiquent une quelconque sympathie pour le programme « MAGA ».
Glasman plaisante en disant que, pendant son enfance, tous les Juifs qu’il connaissait soutenaient la United Synagogue, le club de football Tottenham Hotspur et le parti travailliste.
« Je me considère, ainsi que le Blue Labour, comme figurant parmi les plus grands ennemis de Trump et du Reform-UK », affirme-t-il, en référence au parti populiste britannique de droite actuellement en tête des sondages.
Mais, selon lui, le président et ses sympathisants britanniques sont devenus les « tribuns de l’insurrection de la classe ouvrière ». Il est temps que le Parti travailliste s’adresse à ceux qu’il considère comme ses partisans naturels : « Les membres de la classe ouvrière [qui sont] dégoûtés par la classe dirigeante progressiste. »
Glasman indique également qu’il souhaite que le Parti travailliste remette en question le capitalisme. « Nous ne sommes pas des marchandises », déclare-t-il. « Le seul sens de la vie n’est pas l’argent. »
Trump et son entourage, en revanche, sont des capitalistes et des promoteurs immobiliers, dit-il.
Glasman raconte en plaisantant que durant son enfance, que tous les Juifs qu’il connaissait soutenaient la United Synagogue, le club de football Tottenham Hotspur et le Parti travailliste. Sa famille ne faisait pas exception à la règle. « Résolument orthodoxe », elle était aussi profondément socialiste. Ses opinions politiques, dit-il, sont inspirées par l’injonction biblique de faire preuve à la fois de « bonté et de vérité ».
Il reconnaît la profonde colère de la communauté juive à l’égard du gouvernement travailliste.
« Après le meurtre de Manchester, on a le sentiment que tout cela s’est accumulé et que nous [le gouvernement] n’avons rien fait, nous n’avons pas réagi », confie Glasman. Sa loyauté envers le parti reste toutefois profondément enracinée.
« Je suis tout simplement loyal », dit-il. « Je n’ai pas choisi mes parents. Je n’ai pas choisi ma foi. Je n’ai pas choisi mon équipe de football, et je n’ai pas choisi mon parti. Je travaille donc en fonction de cela. Cela, c’est qui je suis. »
Mais Glasman ne désespère pas. Il dit apprécier la nouvelle ministre de l’Intérieur Shabana Mahmood, qui partage une grande partie de sa vision du « Blue Labour », et la considère comme une alliée dans la lutte contre l’extrémisme.
« Après le meurtre de Manchester, on a le sentiment que cela se préparait. »
Glasman souligne que Mahmood, musulmane pratiquante, est « une politicienne très sérieuse et conservatrice » qui défend les valeurs de « modération, de paix [et] d’ordre ». Elle est « religieusement engagée », ajoute-t-il, dans la « lutte islamique contre la violence et la haine, car elle est une musulmane qui pense que la religion n’est pas synonyme de violence et de haine ».
Par ailleurs, poursuit Glasman, la ministre de l’Intérieur est parfaitement consciente qu’il existe « une tradition violente au sein de l’islam, qui gouverne par l’épée, et elle y est opposée ». Dans sa circonscription de Birmingham, explique Glasman, Mahmood a tenu bon face à une lutte acharnée et virulente contre les islamistes lors de la campagne électorale de juillet dernier.
Mais la principale source d’optimisme de Glasman réside dans son affection et sa confiance dans la classe ouvrière britannique, qu’il considère désormais comme « le seul rempart contre l’antisémitisme ».
« Ils ne l’accepteront pas, ils ne l’accepteront tout simplement pas », dit-il. « C’est parce que le Parti travailliste est si mou sur cette question qu’ils se tournent vers le Parti réformiste. Ils veulent voir un gouvernement digne de ce nom, et ils veulent assurément que les Juifs soient protégés. »
Dans les petites villes de province anglaises, telles que Bolton et Preston, explique-t-il, les personnes âgées issues de la classe ouvrière déplorent la disparition des petites communautés juives qui y vivaient autrefois.
« Ils disent encore : ‘Ce n’est plus pareil depuis que les Juifs sont partis, les magasins sont fermés, le conseil municipal n’est pas géré correctement’ », raconte Glasman. « Ils considèrent vraiment les Juifs comme un rempart du… bon sens. Ils nous font confiance. »
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