Grande manifestation à Tel Aviv contre la criminalité dans la communauté arabe
Jamal Zahalka a dénoncé la violence et l'indifférence ; Ayman Odeh : cette manifestation pourrait marquer un "tournant" dans les relations entre Juifs et Arabes
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Des dizaines de milliers de manifestants arabes et juifs se sont rassemblés samedi soir à Tel Aviv pour une grande manifestation, accusant le gouvernement de négliger ses citoyens arabes et de laisser la violence sévir au sein de la communauté.
Cette manifestation sans précédent, qui s’est déroulée sur la Place Habima, a brièvement réuni le mouvement de protestation anti-gouvernement, majoritairement juif, et les citoyens arabes du pays, de plus en plus nombreux à dénoncer la criminalité omniprésente.
La foule était un mélange très inhabituel de familles arabes et de manifestants habituels contre le gouvernement de droite. Les organisateurs ont estimé qu’environ 40 000 manifestants juifs et arabes étaient présents.
Presque au début du cortège, un homme aux cheveux gris portant un tee-shirt du groupe de protestataires réservistes « Ahim laneshek » (Frères d’armes) se tenait à côté d’une femme drapée d’un keffieh.
Plus loin dans la foule, un groupe d’adolescents scandait en arabe : « Hey la police, le sang arabe n’est pas bon marché », au rythme des tambours joués par des Juifs.
Les manifestants brandissaient des drapeaux noirs, devenus le symbole principal du mouvement naissant contre la criminalité dans les communautés arabes. D’autres pancartes affichaient le slogan « Arab Lives Matter » (Les vies arabes comptent), en référence au mouvement américain Black Lives Matter.
Le rassemblement était organisé par le High Follow-Up Committee for Arab citizens of Israel, l’organe dirigeant des citoyens arabes d’Israël, dans le but d’attirer l’attention de la population juive et de gagner son soutien à la lutte de la société arabe contre le crime organisé.
La lutte s’est intensifiée au cours des deux dernières semaines, avec une grève locale déclenchée par un commerçant dont les magasins avaient été la cible de fusillades liées à des extorsions, dans la ville de Sakhnin, dans le nord du pays. Cette grève s’est ensuite étendue à toutes les localités arabes du pays.
Depuis la tribune, le maire de Sakhnin, Mazen Ghnaim, a déclaré : « Nous voulons être en sécurité », alors que 27 citoyens arabes ont été tués au cours du seul mois dernier. L’an dernier a été l’année la plus meurtrière jamais enregistrée pour la communauté arabe en Israël, avec 252 personnes tuées dans des actes de violence liés à la criminalité.
De nombreux manifestants sont arrivés à Tel Aviv à bord de bus affrétés par les autorités municipales des villes et villages arabes. La manifestation a emprunté le même itinéraire que la plupart des manifestations anti-gouvernement et en faveur de la libération des otages de ces dernières années, partant du musée de Tel Aviv pour se terminer sur la Place Habima.
La police a bloqué les routes et érigé des barrières métalliques autour de la Place Habima, mais n’a pas réussi à empêcher les contre-manifestants de s’infiltrer dans la zone. Un homme mécontent est entré dans la zone en brandissant un drapeau d’Israël et en se disputant avec les participants, avant d’être escorté par un policier.
Plus tard dans la soirée, une fois la plupart des manifestants dispersés, des militants d’extrême droite sont venus harceler les participants. La police a indiqué avoir arrêté un manifestant arabe de 26 ans originaire de Baqa al-Gharbiyye, qui aurait menacé d’asperger de gaz lacrymogène l’un des contre-manifestants.
Bien que des députés arabes et juifs libéraux aient participé à la manifestation, aucun politicien en exercice n’a pris la parole depuis la scène principale, les organisateurs souhaitant maintenir la manifestation à l’écart de la politique partisane.
En revanche, Jamal Zahalka, président du High Follow-Up Committee, a pris la parole pour accuser l’État « d’alimenter les organisations criminelles et les criminels qui assassinent, extorquent et menacent ».
Ce discours a marqué l’un des rares moments où Zahalka, ancien député du parti Balad, s’est adressé à une audience juive aussi large. Il a même entraîné la foule dans un chant en hébreu : « Assez de violence ! »
Zahalka a qualifié cette manifestation de masse de « cri contre la criminalité et contre le gouvernement qui l’alimente » et a déclaré que « le moment est venu d’annuler l’accord tacite entre la police et les organisations criminelles ».
« L’argument fallacieux et raciste selon lequel cette [criminalité] est un problème culturel n’est pas nouveau », a-t-il poursuivi, affirmant que le même argument a été utilisé contre les Juifs séfarades en Israël, ainsi que contre les Noirs américains.
« Cet argument s’effondre à la moindre comparaison… Sur les plans social et culturel, nous [les Arabes israéliens] sommes très similaires à la Cisjordanie et à la Jordanie, où le nombre de meurtres est inférieur à un pour 100 000 habitants », a-t-il déclaré. En revanche, le taux d’homicides parmi les citoyens arabes d’Israël est supérieur à 15 pour 100 000 habitants.
Zahalka a reproché aux forces de l’ordre ce taux extrêmement élevé, accusant la police de pratiquer une « politique de retenue meurtrière » en matière de criminalité dans la société arabe.
Il a également qualifié le ministre de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, de « ministre du crime », ce qui a été très bien accueilli par la foule, qui a hué le nom du ministre en charge de la police.
Zahalka a conclu son discours par une série de revendications, exhortant les forces de l’ordre à démanteler les organisations criminelles, à retirer les armes à feu des rues et à résoudre les affaires de meurtre au sein de la population arabe.
S’adressant au Times of Israel, le député Gilad Kariv (Les Démocrates) a déclaré que les groupes arabes et juifs libéraux étaient unis dans leur tentative de renverser la coalition actuelle, en particulier Ben Gvir, qui supervise les forces de l’ordre.
« Nous avons une demande commune adressée au [Premier ministre Benjamin] Netanyahu pour qu’il renvoie [Itamar] Ben Gvir, et comme nous savons qu’il ne le fera pas, nous demandons le remplacement de ce gouvernement raciste », a déclaré Kariv.
« Si une mère à Umm al-Fahm ou Sakhnin se sent [trop] en insécurité pour laisser son enfant aller au terrain de jeux l’après-midi, cela signifie que nous ne pouvons pas être en sécurité ici à Tel Aviv », a-t-il poursuivi.
Parallèlement, le chef du parti Hadash-Taal, Ayman Odeh, a déclaré que cette manifestation devait marquer un « tournant » pour unir les Israéliens juifs et arabes.
« Cela devrait être un tournant, une nouvelle étape importante dans la lutte commune des sociétés juive et arabe », a-t-il déclaré au Times of Israel tout en ramassant les déchets laissés sur la place après la manifestation.
Odeh a estimé que cette manifestation pourrait marquer le début de la participation des Arabes aux manifestations contre le gouvernement de droite actuel.
« C’est aussi l’occasion d’appeler les citoyens arabes à participer aux manifestations contre le coup d’État », a-t-il ajouté, en référence à la refonte judiciaire et, plus largement, aux politiques de la coalition du Premier ministre Benjamin Netanyahu.
« C’est un combat commun pour nous tous. »
la Communauté du Times of Israël !







