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Grève dans la communaute arabe pour dénoncer l’inaction policière face à la violence

Partie des villes du nord, la mobilisation gagne de nombreuses localités arabes ; le maire de Sakhnin accuse Netanyahu d’inaction, tandis que Ben Gvir raille la protestation

Des étudiants de l’université de Tel Aviv manifestent contre la violence au sein des communautés arabes, le 12 janvier 2026. (Crédit : Erik Marmor/FLASH90)
Des étudiants de l’université de Tel Aviv manifestent contre la violence au sein des communautés arabes, le 12 janvier 2026. (Crédit : Erik Marmor/FLASH90)

Les dirigeants arabes en Israël ont observé jeudi une journée de grève générale nationale, marquée par des manifestations de grande ampleur, afin de dénoncer l’incapacité persistante de la police à endiguer la vague de criminalité violente et les homicides quasi quotidiens qui frappent la communauté.

L’année 2025 a été la plus meurtrière jamais enregistrée pour la société arabe, avec 252 victimes d’homicides. Depuis le début du mois de janvier, 20 autres personnes ont perdu la vie dans des crimes violents, après que les chiffres ont atteint des niveaux record ces dernières années. Des sondages menés au cours de l’année écoulée montrent que la grande majorité de la population arabe a perdu confiance dans les forces de l’ordre.

Presque toutes les villes arabes ont observé la grève jeudi. Le mouvement de protestation a pris naissance à Sakhnin, dans le nord du pays, après le meurtre de plusieurs commerçants victimes de tentatives d’extorsion, avant de s’étendre à de nombreuses localités.

Le Haut Comité de suivi, principale organisation faîtière de la société arabe, a appelé les habitants à participer à une marche à 15 heures, depuis une mosquée de Sakhnin jusqu’au poste de police le plus proche, afin d’exiger des forces de l’ordre qu’elles mettent fin aux rackets qui ravagent les entreprises arabes.

Des dizaines de milliers de manifestants ont défilé à Sakhnin pour dénoncer la vague de criminalité. Cette marche constitue la plus importante mobilisation organisée ces dernières années contre la flambée des homicides au sein de la communauté.

Brandissant des drapeaux noirs, les manifestants ont scandé en arabe : « Ben Gvir, espèce de misérable, le sang arabe est précieux », exprimant une colère croissante face à la gestion de la situation par le ministre de la Sécurité nationale d’extrême droite.

La mobilisation s’est également étendue aux citoyens bédouins arabes du sud, avec l’annonce d’une manifestation parallèle à Rahat, la plus grande ville bédouine du pays.

Le maire de Sakhnin, Mazen Ghnaim, a déclaré que la responsabilité de la situation incombait au Premier ministre Benjamin Netanyahu, affirmant qu’il avait la responsabilité « d’assurer la sécurité de tous les citoyens, juifs comme arabes ».

« Il est probablement dans l’intérêt du Premier ministre de voir des Arabes se faire assassiner », a-t-il déclaré dans des propos rapportés par Ynet, ajoutant qu’un taux d’homicides aussi élevé ne pouvait exister « sous un gouvernement qui se respecte ».

« De toute évidence, ils s’en moquent », a-t-il poursuivi. « J’ai personnellement contacté le Premier ministre à plusieurs reprises. Même une réponse négative serait une réponse, mais il n’a pas répondu du tout. »

« Je compte sur mes amis, y compris sur des responsables juifs au sein des autorités locales, pour se joindre à la grève. Nous ne sommes pas contre la police ni contre la population juive, mais contre le gouvernement et ses politiques. »

« Cette situation ne peut pas continuer », a averti Ghnaim, ajoutant, sous forme de menace, que « si la police israélienne ne fait pas son travail, deux millions d’Arabes israéliens bloqueront les routes à Tel Aviv, Jérusalem et ailleurs ».

Des manifestants dénoncent la gestion policière de la criminalité dans le secteur arabe lors d’un rassemblement devant le bureau du Premier ministre à Jérusalem, le 11 janvier 2026. (Crédit : Times of Israel)

Avant la grève nationale de jeudi, Sakhnin avait déjà observé trois jours d’arrêt, les principaux commerces ayant fermé à la suite d’une vague particulièrement violente de fusillades dans des établissements locaux.

Le chef de la liste Hadash-Taal, le député Ayman Odeh, a déclaré que la grève constituait « une étape importante vers une désobéissance civile par des moyens pacifiques ».

« Ce qui a commencé par un seul commerçant de Sakhnin qui a dit ‘assez’ au racket de protection s’est rapidement étendu à toutes nos villes et communautés », a-t-il affirmé.

« Nous ferons grève, nous manifesterons et nous nous battrons pour la vie de chacun d’entre nous, jusqu’à ce que nos enfants puissent vivre dans la dignité et la sécurité. »

Dans un article d’opinion publié sur le site d’information Walla, Ahmad Tibi (Hadash-Taal) a déclaré que la grève n’était « pas un acte politique routinier, mais un appel à l’aide émanant de la population civile ».

Le député Ahmad Tibi prend la parole lors d’une réunion de la faction Hadash-Taal à la Knesset, à Jérusalem, le 5 janvier 2026. (Yonatan Sindel/Flash90)

La grève « n’exige pas de traitement préférentiel », a-t-il poursuivi. « Elle demande quelque chose de bien plus fondamental : que l’État remplisse son devoir envers ses citoyens. »

« Au lieu de s’attaquer sérieusement à la crise de violence dans la société arabe, le gouvernement choisit systématiquement de détourner le débat. Des ministres de haut rang s’empressent d’attribuer la violence à la ‘culture arabe’, une affirmation fausse et dangereuse, qui exonère l’État de sa responsabilité et fait porter une faute collective à toute une communauté. »

« La société arabe n’est pas une culture de violence », a-t-il ajouté. « C’est une culture de travail, de contribution et de responsabilité civique. Le combat de Sakhnin est un combat pour la vie elle-même, un combat civil et moral pour le droit fondamental de vivre en sécurité. »

Le ministre de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, s’adresse à la presse lors de sa visite dans la ville bédouine de Tarabin al-Sana, dans le sud d’Israël, le 31 décembre 2025. (Crédit : Dudu Greenspan/Flash90)

Le ministre de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, qui supervise la police, a raillé les dirigeants arabes pour leur « double discours », affirmant que « d’un côté, ils crient que ‘la police est incompétente’ et, de l’autre, ils se rangent du côté des organisations criminelles et s’opposent à toutes les actions de la police dans les villes arabes ».

Le ministre d’extrême droite a ajouté que l’opposition généralisée à une récente série de raids policiers dans les villes bédouines, dont l’un s’est soldé par la mort par balle d’un homme arabe devant son domicile, constituait, selon lui, une preuve du soutien des dirigeants locaux à la criminalité.

Ben Gvir a assuré avoir alloué « d’énormes ressources » à la lutte contre la criminalité et les organisations criminelles, affirmant que son mandat avait été marqué par un nombre record d’arrestations et par des saisies de biens représentant plusieurs milliards de shekels.

Il a accusé les responsables politiques arabes locaux de « fermer les yeux sur les activités criminelles et de ne rien faire pour prévenir réellement la criminalité ».

Depuis qu’il supervise la police en tant que ministre de la Sécurité nationale, en 2023, le taux d’homicides au sein de la société arabe a toutefois doublé, alors même qu’il continue d’en attribuer la responsabilité à la culture arabe et aux élus locaux.

Des employés municipaux forment une barrière humaine entre les manifestants et la police lors d’une manifestation contre la gestion des crimes violents par la police à Sakhnin, dans le nord d’Israël, le 22 janvier 2026. (Crédit : Charlie Summers/Times of Israel)

En fin de journée, la police a mis un terme à une manifestation de grande ampleur contre la violence, qui s’était étendue au-delà de Sakhnin, alors que des dizaines de milliers de personnes avaient quitté la ville en direction du commissariat régional de Misgav.

La majorité des manifestants ont rebroussé chemin, tandis que les derniers restés sur place scandaient des slogans hostiles au ministre de la Sécurité nationale. Des employés municipaux de Sakhnin ont formé une chaîne humaine entre les manifestants et les forces antiémeute.

La police a déployé un canon à eau, un hélicoptère et des unités montées afin de bloquer la route menant au site de la manifestation, mettant fin à une journée de mobilisation sans précédent dans les villes arabes du pays.

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