Green party/Royaume-Uni : La chef des « Jewish Greens » envisage de quitter le parti
Pour Vivien Lichtenstein, la motion mettant sur le même plan le sionisme et le racisme n'aidera pas les Palestiniens et pourrait être dangereuse pour les membres juifs
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JTA — La présidente des Jewish Greens a laissé entendre qu’elle pourrait quitter le Green Party d’Angleterre et du Pays de Galles après que celui-ci a adopté une résolution définissant le sionisme comme du racisme et appelant à la création d’un État démocratique unique « sur l’ensemble de la Palestine historique ».
Vivien Lichtenstein, membre du Green Party depuis 29 ans et engagée dans des initiatives de paix israélo-palestiniennes depuis les années 1980, a déclaré à la Jewish Telegraphic Agency que cette mesure « ne changera rien pour les Palestiniens de Gaza et de Cisjordanie », mais qu’elle « risque de mettre en danger les membres juifs et certains autres ». Elle a ajouté qu’elle se prononcerait sur son avenir au sein du parti avant les élections prévues en novembre au sein de la faction des Jewish Greens.
Le Green Party est confronté à des réactions hostiles et à des divisions internes depuis qu’il a adopté dimanche, lors d’une conférence à Brighton, la motion « Le sionisme est du racisme » par 1 022 voix contre 813. Les membres ont de plus rejeté un amendement qui visait à protéger les membres juifs du Green Party contre les signalements, les pressions ou les sanctions disciplinaires fondés sur leur affiliation à des synagogues ou à des centres communautaires juifs qui s’identifient au sionisme.
Ce parti de gauche, qui avait remporté des victoires décisives et connu un regain de popularité en début d’année, s’est retrouvé lundi sous le feu des critiques du Parti vert européen (EGP), qui représente 47 partis verts à travers le continent.
L’organisation faîtière s’est distanciée « sans équivoque » de la motion, exigeant du Green Party d’Angleterre et du Pays de Galles qu’il fasse connaître sa position sur le droit à l’autodétermination du peuple juif, ainsi que sur « la protection du peuple juif et des membres juifs du parti ».
L’EGP a indiqué qu’il condamnait « le génocide commis contre les Palestiniens et les violations des droits de l’Homme perpétrées par l’actuel gouvernement israélien », sans pour autant négliger « la lutte contre l’antisémitisme et pour les droits de l’Homme ». Le groupe a ajouté qu’il avait « toujours soutenu une solution à deux États, garantissant l’autodétermination tant aux Israéliens qu’aux Palestiniens ». Par ailleurs, la Cour internationale de justice n’a pour l’instant pas rendu de jugement définitif concernant les allégations de génocide portées contre Israël. Jérusalem rejette catégoriquement ces accusations.
"It's quite possible I will leave the party."
Vivien Lichtenstein, chair of the Jewish Greens, reacts to the party adopting a policy declaring Zionism a form of racism, calling it 'a very bad motion'. pic.twitter.com/htf6b7Gade
— BBC Radio 4 Today (@BBCr4today) October 5, 2026
Plusieurs membres du Green Party d’Angleterre et du Pays de Galles ont annoncé leur décision de quitter le parti en signe de protestation contre la motion. Parmi eux, Sandy Ruthven, président de la fondation caritative d’Amnesty International UK, et Kieran Dams, conseiller municipal de Waterloo. Ruthven a déclaré que le parti « avait échoué à lutter contre les préjugés présents dans nos propres rangs ».
Lichtenstein a pour sa part déclaré qu’elle « envisageait » de quitter le parti. Elle réfléchit à la suite à donner aux discussions qu’elle a eues avec des membres de la direction et ses collègues du groupe des Jewish Greens.
« Ce n’est pas au parti de décider de la définition du sionisme. Il en existe de nombreuses », a-t-elle souligné.
Le sionisme est un concept très controversé, défini par beaucoup de ses partisans comme le droit à l’autodétermination des Juifs. Ses détracteurs y voient quant à eux une idéologie du colonialisme et de l’apartheid. Selon un sondage publié lundi par l’Institute for Jewish Policy Research, basé à Londres, 66 % des Juifs britanniques se déclaraient sionistes en 2025.
Avant le vote, les Jewish Greens ont relayé un sondage selon lequel les membres du groupe étaient profondément divisés sur cette motion. Si 81 % des 108 personnes interrogées ont déclaré ne pas se considérer comme sionistes, 53 % – même celles se définissant comme anti-sionistes – estimaient que l’adoption de cette motion risquait d’accroître la discrimination à l’encontre des Juifs. Parallèlement, 68 % des personnes interrogées se sont dites préoccupées par l’impact potentiel de cette mesure sur les perspectives électorales du parti.
Le groupe des Jewish Greens compte 225 membres. Il ne regroupe toutefois pas l’ensemble des membres juifs du parti.
@VivienAviva Lichtenstein cheffe de fil des représentants de la communauté juive au sein du parti des verts, annonce qu’elle pourrait quitter le parti à la suite de l’adoption de la motion« le sionisme est du racisme » qui appelle à la création d’un État palestinien unique. La… pic.twitter.com/GkRiTFLyEn
— Patrick MartinGenier (@MartinGenier) October 5, 2026
Sam Alston, secrétaire des Jewish Greens, a proposé l’amendement rejeté destiné à protéger les membres pratiquants fréquentant la synagogue. Alston lui-même ne se considère pas comme sioniste, mais il est membre de longue date d’une synagogue juive libérale qui favorise les liens avec Israël et le débat sur cet État. Ses arrière-grands-parents ont fondé le mouvement du judaïsme libéral au Royaume-Uni.
Alston a déclaré à la JTA qu’il pensait que la motion avait été adoptée parce que « de nombreuses personnes sont, à juste titre, horrifiées par ce qui se passe en Israël et par les agissements du gouvernement israélien ». Mais selon lui, cette motion s’est retournée contre le parti : elle a attisé les divisions, éloigné les membres juifs et réduit « notre capacité, en tant que force politique, à agir pour aider le peuple palestinien ».
« Je pense qu’un génocide est en cours à Gaza », a-t-il continué. « Le parti a parfaitement réussi à exercer des pressions pour tenter d’empêcher le gouvernement israélien de commettre les atrocités auxquelles il se livre. Il pourrait même former une vaste coalition sociale pour poursuivre cet objectif. Mais il a préféré centrer le débat sur des questions d’étymologie. »
Alston et Lichtenstein se sont également opposés à l’appel lancé par la résolution en faveur d’ « un État palestinien unique et démocratique sur l’ensemble de la Palestine historique ». Ils ont affirmé que la forme d’un futur État – ou de futurs États – dans la région devait être décidée par les Palestiniens et les Israéliens, qui y vivent.
« Les détails du cadre constitutionnel ne doivent pas être dictés par la Grande-Bretagne en tant que puissance coloniale », a estimé Alston. « Nous l’avons déjà fait suffisamment de fois, avec des résultats désastreux. »
Les nombreuses réactions au vote ont exacerbé l’attention portée à la structure décentralisée du parti, dont les orientations politiques sont définies lors de deux congrès annuels auxquels ne participe généralement qu’une proportion infime des adhérents. Ainsi, moins de 1 % des adhérents du parti ont voté sur la proposition relative au sionisme. Quatre des cinq députés du Green Party, Ellie Chowns, Adrian Ramsay, Sian Berry et Carla Denyer, s’y sont publiquement opposés.
Zack Polanski, le dirigeant juif du Green Party, candidat aux élections législatives de jeudi et ancien trésorier des Jewish Greens, n’a pas pris part au vote – une absence qui a été critiquée par des membres du parti.
« Zack aurait dû y participer », a fait remarquer Lichtenstein, qui a rappelé que les membres pouvaient s’inscrire pour voter à distance. « Rien ne l’empêchait de se connecter. »
Dans un communiqué en date de lundi, Polanski a affirmé qu’aucun membre du parti « ne serait rejeté en raison de ses origines, de sa foi ou de son lieu de culte » sous sa direction ; pour autant, il n’a ni explicitement désavoué ni soutenu la motion.
« En tant que dirigeant, je n’accepterai aucune exclusion, ni aucun refus de dialoguer avec qui que ce soit, au motif de la communauté religieuse ou ethnique à laquelle cette personne appartient », a-t-il indiqué, ajoutant être fier de la « position de principe du parti dans la lutte pour la liberté et la justice en faveur des Palestiniens ».
Dimanche, le ministère israélien des Affaires étrangères a annoncé avoir interdit à Polanski l’entrée sur le territoire, jugeant la motion sur le sionisme comme un « texte clairement antisémite ».
Le Mouvement britannique pour le judaïsme progressiste, qui englobe le mouvement du judaïsme libéral, a estimé que cette motion était « antisémite tant dans sa formulation que dans son intention », et qu’elle faisait du Green Party « un parti raciste ». Le grand rabbin britannique, Ephraim Mirvis, l’a également qualifiée d’ « antisémitisme toxique, une menace pour les Juifs britanniques et pour la Grande-Bretagne ».
Le groupe Greens for Palestine, qui n’est pas officiellement affilié au parti et qui a mené les campagnes en faveur de l’adoption de la motion « Le sionisme est une forme de racisme », a exhorté ses partisans, ces derniers mois, à adhérer au parti dans le but précis de soutenir cette résolution. Le groupe a indiqué sur Instagram que Stephen Kapos, membre du Green Party et survivant de la Shoah, s’était exprimé en faveur de cette position. Greens for Palestine n’a pas encore répondu aux demandes de commentaires de la JTA.
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