Grogne des rabbins du Shas envers Deri face à l’exemption des Haredim toujours dans les limbes
Dans des enregistrements qui ont fuité, on entend le rabbin Yitzhak Yosef dire que le Shas devrait quitter la coalition pour provoquer des élections et faire part de sa méfiance envers Netanyahu, que son père n'aimait pas
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Dans des enregistrements diffusés à la télévision israélienne jeudi soir, on a pu entendre des rabbins du Shas vivement critiquer le Premier ministre Benjamin Netanyahu et leur chef de parti, Aryeh Deri, à raison de l’absence de loi concernant la conscription des étudiants ultra-orthodoxes de yeshiva.
Dans ces enregistrements obtenus par la chaîne N12, on entend donc plusieurs membres du Conseil des Sages de la Torah – dont le chef spirituel du Shas et ex-grand rabbin séfarade Yitzhak Yosef, successeur de son père le rabbin Ovadia Yosef, le rabbin Moshe Maya ou encore le rabbin Shmuel Bezalel, l’homme de référence en matière de conscription – plaider en faveur de nouvelles élections et du boycott d’une future coalition en cas de non-satisfaction de leur demande d’exemption de service pour les étudiants haredim de yeshiva.
« Si mon père était vivant, rien de tout cela ne serait arrivé », entend-on dire Yosef, qui reproche personnellement à Deri l’absence de progrès dans l’adoption d’une loi d’exemption de service militaire pour les haredim et son maintien dans la coalition malgré cet échec. « Si mon père était vivant, il le réprimanderait. »
On ignore de quand datent ces enregistrements, mais selon la chaîne N12, ils auraient eu lieu suite à la présentation au conseiller juridique de la commission des affaires étrangères et de la défense de la Knesset, par son président, Boaz Bismuth, la semaine dernière, d’un document décrivant les principes de son projet de loi sur la conscription des ultra-orthodoxes.
Il s’est dit, de part et d’autre, que le gouvernement espérait que les grandes lignes du projet de Bismuth rassurent le Shas et stabilisent la coalition.
Mais dans les enregistrements diffusés jeudi, on entend distinctement le rabbin Mayer, un chef spirituel de toute première importance, annoncer qu’il démissionnera du Conseil des Sages de la Torah si le Shas revenait au gouvernement et Yossef lui répondre qu’il le « suivrait ».
Depuis un an an, les dirigeants haredim tentent d’obtenir une loi garantissant à leurs électeurs de ne pas avoir à faire de service militaire, après que la Cour a conclu à l’illégalité de l’exemption générale accordée depuis des dizaines d’années aux étudiants haredim à temps plein de yeshiva.
Jeudi, le Shas a annoncé son retrait de toutes ses fonctions exercées à la Knesset au titre de la coalition, jusqu’à la présidence de commissions parlementaires, en signe de mécontentement en l’absence de la loi souhaitée. Le parti avait quitté le gouvernement en juillet, suite à la décision d’un autre parti ultra-orthodoxe, Yahadout HaTorah, qui, contrairement au Shas, avait par ailleurs quitté la coalition.
Toutefois, les partis ultra-orthodoxes n’ont pas encore pris de mesures pour faire tomber le gouvernement et provoquer des élections anticipées.
Les autorités rabbiniques du Shas ont par ailleurs critiqué le Premier ministre Benjamin Netanyahu, que Yosef a dit indigne de confiance.
« En tout cas, je ne crois pas Bibi non plus », a-t-il déclaré, en parlant du Premier ministre en utilisant son surnom. « Bibi ne fera pas passer la loi [sur la conscription], d’après ce que j’ai compris. Après les élections, il dira ‘Je n’ai pas cédé aux Haredim’, et voilà, la loi sur la conscription n’a pas été adoptée », entend-on dire Yosef.
Il accuse par ailleurs le Premier ministre « d’essayer de persuader les gens qu’il n’y a pas de dieu », le qualifiant d’« d’athée dangereux ».
« Malheureusement pour nous, il est intelligent. Il a une certaine intelligence. Que pouvons-nous faire ? Maran ne l’aimait pas », a dit Yossef en utilisant le titre honorifique que portait son défunt son père. « Il ne l’aimait pas du tout. »
On l’entend par la suite dire à ses collègues membres du conseil que le Shas devrait démissionner sans chercher de compromis.
« Qu’il y ait donc des élections, mais ne faites partie d’aucun gouvernement. Il y aura Aguda, Degel et nous », l’entend-on dire en parlant des deux factions du parti ultra-orthodoxe ashkénaze, Yahadout HaTorah. « Nous représentons une véritable force, 16-17 sièges. Personne ne pourra former de gouvernement sans nous, les Haredim. On cessera alors de mépriser les érudits et les étudiants de yeshiva, d’humilier les étudiants de yeshiva. »
Selon les sondages, il serait possible de former un gouvernement sans les partis ultra-orthodoxes à condition que le bloc pro-Netanyahu ou les partis d’opposition sionistes forment un partenariat avec au moins un des partis à majorité arabe de la Knesset. L’éphémère « gouvernement du changement » de Bennett, entre 2021 et 2022, a bien compté dans ses rangs le parti Raam, dirigé par Mansour Abbas, mais on ignore à ce stade si lui ou ses alliés seraient prêts à faire de nouveau cause commune avec le parti.
Les partis de la coalition reprochent aux partis à majorité arabe de soutenir le terrorisme et il est donc fort peu probable qu’ils comptent sur eux pour former un gouvernement.
De hauts responsables du Shas ont réagi aux enregistrements au micro de la chaîne N12 en expliquant que cette « campagne agressive » contre Deri était l’oeuvre d’un « groupe extrémiste haredi lié aux extrémistes de Kaplan (allusion aux manifestants anti-gouvernement), dans le but de renverser le gouvernement à tout prix ».
« Ils essaient d’entraîner le pays vers des élections, même en temps de guerre, sans aucun sens des responsabilités. Le Shas continuera à se comporter de manière responsable et à vouloir l’adoption d’une loi pour réglementer la question », ont-ils déclaré.
Près de 80 000 hommes ultra-orthodoxes âgés de 18 à 24 ans sont actuellement éligibles au service militaire, mais pas enrôlés.
L’armée israélienne a déclaré qu’elle avait besoin de 12 000 recrues de toute urgence en raison de la pression exercée par la guerre contre le Hamas à Gaza et d’autres défis militaires sur les forces permanentes et de réserve.
Mardi soir, Bismuth a déclaré à la chaîne N12, notoirement pro-Netanyahu, qu’une version révisée du projet de loi, attendue de pied ferme, serait présentée aux députés la semaine prochaine, afin de la faire passer en plénum pour les deux dernières lectures en décembre.
La veille, Bismuth avait annoncé le report d’une série de réunions sur le projet de loi, le conseiller juridique de son comité ayant besoin de davantage de temps pour préparer un projet de loi adossé à son document de principes.
Selon les médias israéliens, le document stipule que d’ici cinq ans, 50 % de la cohorte annuelle de Haredim sera conscrite et que l’âge d’exemption demeurera fixé à 26 ans.
Les subventions publiques accordées aux yeshivot ne seront supprimées que dans le cas où elles ne respectent pas les quotas d’enrôlement au bout d’un an, et les sanctions contre les réfractaires n’entreront en vigueur qu’au bout de deux ans si l’objectif global d’enrôlement n’est pas atteint.
En outre, les personnes sanctionnées ne seront pas privées de leur permis de conduire, mais des restrictions s’appliqueront effectivement au niveau de la délivrance de permis aux réfractaires.
Dans une mesure interprétée comme une tentative de rallier les soutiens au projet de loi de Bismuth et d’ouvrir la voie au retour du Shas, le parti Likud a décidé mercredi soir d’exclure l’ex-résident Yuli Edelstein de la commission.
Mercredi toujours, les députés ont également voté contre un ensemble de projets de loi de l’opposition destinés à pénaliser financièrement les étudiants de yeshiva réfractaires au service militaire.
Sam Sokol a contribué à cet article.
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