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Hakeem Jeffries ne soutiendra pas le texte suspendant l’aide américaine à Israël

Le chef de file démocrate appelle toutefois à une "réinitialisation" des relations entre Washington et Jérusalem, estimant qu’Israël "peut financer seul ses armes sophistiquées"

Hakeem Jeffries, chef de file de la minorité à la Chambre des représentants des États-Unis et démocrate de New York, s’exprime lors d’une conférence de presse au Capitole, le 13 juillet 2026, à Washington (Crédit : Jose Luis Magana/AP)
Hakeem Jeffries, chef de file de la minorité à la Chambre des représentants des États-Unis et démocrate de New York, s’exprime lors d’une conférence de presse au Capitole, le 13 juillet 2026, à Washington (Crédit : Jose Luis Magana/AP)

Le chef de file de la minorité démocrate à la Chambre des représentants, Hakeem Jeffries, a annoncé mardi à ses collègues qu’il voterait contre un amendement visant à suspendre l’aide militaire américaine à Israël.

Bien que cet amendement au projet de loi de finances 2027 portant sur le Département d’État et les programmes internationaux n’ait pratiquement aucune chance d’être adopté en raison du soutien massif des républicains à Israël, il constitue un nouveau signe du recul rapide du soutien à l’État hébreu au sein du Parti démocrate.

Le vote pourrait intervenir dès mercredi.

Jeffries justifie son opposition par la portée, selon lui, excessivement large de l’amendement, qui « interdirait ou limiterait l’utilisation de fonds destinés à des programmes de longue date liés à l’aide humanitaire, à la réinstallation des réfugiés, à la consolidation de la paix et au fonctionnement de l’ambassade des États-Unis ».

Dans une lettre adressée à ses collègues, il estime également que l’amendement déposé par le député républicain Thomas Massie « limiterait la capacité de notre pays à lutter contre le Hamas, le Hezbollah et d’autres groupes terroristes de la région, ennemis jurés des États-Unis comme d’Israël ».

Jeffries a toutefois précisé que la direction démocrate ne donnerait aucune consigne de vote. Selon lui, des « raisons de bonne foi » pourront conduire les élus à se prononcer différemment, signe qu’il mesure l’évolution des positions sur Israël aussi bien parmi les électeurs démocrates que chez les responsables du parti. Sa position, relativement modérée et favorable à Israël, lui vaut d’ailleurs les critiques d’une partie de l’aile gauche démocrate, qui réclame son remplacement à la tête du groupe parlementaire.

Jeffries a en revanche appelé à une « réinitialisation majeure » des relations entre les États-Unis et Israël, estimant que les politiques menées par le Premier ministre Benjamin Netanyahu ces dernières années rendaient un changement de cap indispensable.

« Un changement de cap significatif est nécessaire », a déclaré le chef de file démocrate.

Le représentant américain Thomas Massie, républicain du Kentucky, s’exprime après avoir perdu l’investiture du Parti républicain lors d’une soirée électorale organisée au Marriott Cincinnati Airport, à Hebron, dans le Kentucky, le 19 mai 2026. (Crédit : Carolyn Kaster/AP)

Les 3,3 milliards de dollars visés par Massie, un républicain anti-Israël, battu lors des primaires de mai, font partie des 3,8 milliards de dollars versés chaque année par les États-Unis à Israël dans le cadre du mémorandum d’entente conclu sous la présidence de Barack Obama, qui expire en 2028.

Cette aide permet à Israël d’acquérir des armes et des équipements fabriqués aux États-Unis. L’amendement priverait l’État hébreu de la quasi-totalité de cette assistance, à l’exception des 500 millions de dollars consacrés aux programmes de défense antimissile, notamment le Dôme de fer.

« Le chef de file de la minorité, Jeffries, s’oppose à l’amendement Massie-Khanna visant à réduire de 3 milliards de dollars l’aide à Israël, mais laisse les membres de son parti voter selon leur conscience », a écrit Massie sur X. « Ma conscience est tranquille. Je voterai contre l’utilisation de l’argent des contribuables américains pour financer un génocide. » Cette accusation, qui n’a jamais été prouvée, est largement répandue auprès des détracteurs d’Israël.

Si Jeffries s’oppose à cet amendement, sa lettre laisse également entendre que le prochain protocole d’accord entre Washington et Jérusalem, qui entrera en vigueur en 2028, ne comprendrait plus de subventions militaires.

« Israël dispose d’une économie avancée et est capable de financer lui-même ses armes sophistiquées, comme l’a récemment reconnu le Premier ministre », a écrit Jeffries.

Les appels à mettre fin à l’aide militaire américaine à Israël émanent désormais non seulement d’une frange croissante de la gauche américaine, mais aussi du gouvernement israélien et de certains conservateurs américains.

Netanyahu a déclaré à plusieurs reprises vouloir réduire progressivement l’aide militaire américaine au cours des deux dernières années de l’administration Trump afin de faire évoluer les relations entre Washington et Jérusalem « de l’aide au partenariat ».

Le sénateur républicain Lindsey Graham, décédé brutalement cette semaine, avait accueilli cette idée avec enthousiasme. En janvier, il avait écrit souhaiter « accélérer considérablement le calendrier » de la réduction progressive de l’aide militaire américaine à Israël afin que l’État hébreu devienne « plus autonome ».

Mike Huckabee, l’ambassadeur américain en Israël, a lui aussi écrit sur X, le mois dernier, que le prochain protocole d’accord entre les deux pays « mettra fin à l’aide et sera fondé sur le commerce ».

Photo d’illustration: Des avions de chasse F-35I de l’armée de l’air israélienne s’apprêtant à frapper en Iran, sur une photo publiée le 15 mars 2026. (Crédit : Armée israélienne)

Plusieurs élus démocrates progressistes critiques envers Israël, dont la députée new-yorkaise Alexandria Ocasio-Cortez et le député texan Greg Casar ont annoncé qu’ils voteraient avec Massie en faveur de la réduction de l’aide, malgré les inquiétudes suscitées par les conséquences que pourrait avoir l’amendement au-delà des seules dépenses militaires.

« Je suis conscient que, dans sa rédaction actuelle, l’amendement pourrait supprimer à la fois les quelque 3,3 milliards de dollars d’aide militaire et environ 50 millions de dollars de financement diplomatique », a écrit Casar sur X. « Même si je préférerais voter sur un amendement ne supprimant que l’aide militaire, je pense que l’essentiel est de s’opposer à ces milliards de dollars d’aide militaire. »

L’Institute for Middle East Understanding Policy Project, un groupe de défense de la cause palestinienne, a estimé dans un communiqué que la direction du Parti démocrate faisait fi d’un nombre croissant d’électeurs souhaitant voir leurs représentants mettre fin à l’aide militaire américaine à Israël.

« Une fois de plus, ils ont manqué l’occasion de se ranger du côté des électeurs. Et s’ils ne changent pas de cap, ils répéteront en 2028 les erreurs désastreuses de 2024 », a déclaré la directrice exécutive du groupe, Margaret DeReus.

Le mois dernier, le député démocrate new-yorkais Jerry Nadler, doyen des élus juifs du Congrès, avait déclaré au The Hill qu’il s’opposait lui aussi à l’amendement, qu’il jugeait « mal rédigé ». Selon lui, il entraînerait des conséquences imprévues, notamment la suppression du financement du fonctionnement de l’ambassade américaine en Israël. Les députés démocrates Greg Meeks et Adam Smith ont également annoncé qu’ils voteraient contre.

Après que Jeffries a annoncé son intention de voter contre l’amendement lors d’une réunion à huis clos du caucus démocrate mardi, les élus pro-Israël Josh Gottheimer et Richard Neal l’ont félicité d’avoir tenu tête à l’aile pro-palestinienne grandissante du parti, a rapporté Axios.

Dans une déclaration adressée à la Jewish Telegraphic Agency (JTA), Brian Romick, PDG du groupe pro-israélien Democratic Majority for Israel, a indiqué qu’il ne partageait pas certains des arguments avancés par Jeffries dans sa lettre, tout en saluant son opposition à l’amendement et en appelant les autres démocrates à suivre son exemple.

« Même si nous ne partageons pas toutes les orientations politiques exposées dans la lettre de Jeffries, nous saluons son engagement à préserver le soutien indéfectible des États-Unis au droit d’Israël d’exister en tant qu’État juif et démocratique », a écrit Romick, sans préciser les points sur lesquels il était en désaccord.

L’AIPAC, groupe de pression pro-Israël qui soutient Jeffries, mais est aujourd’hui largement honni par une grande partie des démocrates, a indiqué à la JTA qu’il soutenait son vote contre « l’amendement irresponsable de Massie », sans commenter ses déclarations concernant le prochain protocole d’accord.

Jeremy Ben-Ami, président du groupe libéral J Street, a lui aussi salué la décision de Jeffries. Il a toutefois estimé que l’amendement était « utilisé par la direction républicaine pour diviser les démocrates plutôt que pour engager un véritable débat sur la politique américaine ».

Il a néanmoins apporté son soutien aux élus qui comptent voter en faveur de l’amendement, estimant qu’il s’agissait de « l’une des rares occasions d’exprimer, par un vote nominal, leur opposition à la manière dont le gouvernement israélien utilise l’aide militaire américaine ».

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