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Iran : Paris conditionne la levée des sanctions de l’ONU à des concessions majeures de l’Iran

M. Barrot s'attire les foudres de l'ambassadeur américain en demandant l'arrêt des frappes au Liban, tandis que des dissidents iraniens dénoncent l'interdiction d'une manifestation

Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, suite à la réunion hebdomadaire du conseil des ministres au Palais de l'Élysée à Paris, en France, le 10 juin 2026. (Ludovic MARIN / AFP)
Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, suite à la réunion hebdomadaire du conseil des ministres au Palais de l'Élysée à Paris, en France, le 10 juin 2026. (Ludovic MARIN / AFP)

Vendredi, le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a déclaré que Paris n’approuverait l’allègement des sanctions de l’ONU contre l’Iran que si la France était satisfaite de l’accord final entre les États-Unis et l’Iran.

Il est le dernier haut responsable en date à faire part de ses inquiétudes au sujet du protocole d’accord américano-iranien, lequel s’est attiré de nombreuses critiques aux États-Unis et ailleurs, à commencer par Israël.

Vendredi toujours, Jean-Noël Barrot s’est attiré les foudres de l’ambassadeur des États-Unis en Israël, Mike Huckabee, après avoir déclaré qu’Israël devait cesser les hostilités au Liban, alors que quatre soldats israéliens ont été tués dans le sud du pays, la nuit dernière, par le groupe terroriste du Hezbollah, soutenu par l’Iran. Téhéran exige également qu’Israël fasse taire les armes et se retire du Liban.

S’exprimant vendredi sur FranceInfo, M. Barrot a affirmé que la France souhaitait jouer un rôle dans les négociations nucléaires avec l’Iran, conformément au protocole d’accord qui a été conclu cette semaine entre Téhéran et Washington, lequel ouvre une période de 60 jours de négociations entre les deux parties.

Le protocole d’accord stipule que l’accord final sera « entériné par une résolution contraignante du Conseil de sécurité des Nations unies ». Il prévoit également des centaines de milliards de dollars d’allègement de sanctions économiques pour l’Iran, sans imposer de concessions concrètes à la République islamique au sujet de son programme nucléaire.

M. Barrot, dont le pays dispose d’un droit de veto au Conseil de sécurité des Nations unies, a souligné qu’il n’y aurait pas de stabilité dans la région à moins que les discussions américaines avec l’Iran ne traitent également du soutien de Téhéran à ses intermédiaires terroristes, ainsi que de son programme de missiles balistiques. Or, aucun de ces deux points n’est abordé dans l’actuel protocole d’accord.

« La contrepartie des concessions majeures que fera l’Iran, ce doit être précisément la levée des sanctions, des sanctions qui ont été prises au niveau des Nations unies », a-t-il déclaré.

« La France est membre permanent [du Conseil de sécurité] des Nations unies, donc comme c’était le cas il y a dix ans, il faudra que la France donne son accord pour que les sanctions soient levées », a-t-il ajouté, faisant allusion à l’accord sur le nucléaire iranien conclu du temps de l’ancien président américain Barack Obama, qui avait été signé par la France et par plusieurs autres pays en 2015.

Lorsque l’accord de 2015 a atteint le cap des dix ans, l’an dernier, les parties occidentales restantes — la France, l’Allemagne et la Grande-Bretagne — ont rétabli un embargo de l’ONU sur les armes et d’autres sanctions contre l’Iran, accusant la République islamique de ne pas avoir respecté les termes de cet accord.

Montage photos (de gauche à droite) : Le ministre français de l’Europe et des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, s’exprimant au ministère de l’Europe et des Affaires étrangères, à Paris, le 4 juillet 2025 ; le ministre iranien des Affaires étrangères Abbas Araghchi avant une réunion avec le président russe, au Kremlin, à Moscou, le 23 juin 2025. (Crédits : Aurelien Morissard ; Alexander Kazakov/AFP)

Cette fois-ci, les puissances européennes craignent qu’une équipe de négociation américaine inexpérimentée ne parvienne pas à obtenir un accord nucléaire solide ou traiter le programme balistique de l’Iran lors de la prochaine phase, au risque de prolonger l’impasse.

Tenues à l’écart ces derniers mois, la France, la Grande-Bretagne et l’Allemagne souhaitent avoir leur mot à dire dans la configuration des discussions à venir. Les trois pays avaient entamé des discussions avec l’Iran au sujet de son programme nucléaire dès 2003, avant de se rallier à l’initiative de Barack Obama pour sceller l’accord de 2015 visant à freiner le programme nucléaire iranien en échange d’une levée des sanctions.

Le président américain Donald Trump s’était toujours montré très critique envers cet accord, dont il avait retiré les États-Unis lors de son premier mandat.

« Notre but est d’obtenir des concessions majeures de la part du régime iranien, un changement radical de posture. Et nous aurons notre mot à dire, car en tant que membre du Conseil de sécurité des Nations unies, cela sera nécessairement lié à la résolution de cette crise », a déclaré Jean-Noël Barrot.

Montage photos (de gauche à droite) : Le président américain Donald Trump signant la version en persan du protocole d’accord, au château de Versailles, en France, le 17 juin 2026 ; le président iranien Massoud Pezeshkian signant le protocole d’accord, le 17 juin 2026. (Crédits : Capture d’écran/Maison Blanche via X ; IRNA via X)

Parallèlement, il a souligné que l’accord américano-iranien prévoyait l’arrêt des hostilités sur tous les fronts du conflit régional, y compris au Liban. Les combats entre Israël et le Hezbollah se poursuivent dans le sud-Liban, et Israël a rejeté les demandes iraniennes de se retirer d’une zone tampon destinée à protéger les communautés du nord d’Israël contre les attaques du groupe terroriste.

« Cet accord prévoit une cessation des hostilités ; le gouvernement israélien doit le respecter, et les États-Unis, en particulier, doivent exercer toutes les pressions nécessaires sur le gouvernement israélien pour s’assurer que ce sera le cas », a ajouté Barrot.

Plus tard, sur X , Mike Huckabee a ironisé aux dépens de Jean-Noël Barrot, affirmant qu’Israël avait frappé le Hezbollah au Liban en état de légitime défense. L’ambassadeur américain a souligné que c’était au groupe terroriste soutenu par l’Iran qu’il incombait de cesser ses attaques.

« Est-ce que la France s’informe via le Hezbollah ? » a écrit Huckabee. « Hier soir, Israël a vu 4 de ses soldats se faire tuer. Israël frappe quand il est frappé… le cessez-le-feu interviendra quand le Hezbollah arrêtera de tirer et de tuer. »

Des dissidents iraniens basés à Paris fustigent l’interdiction « fallacieuse » d’un rassemblement

Vendredi toujours, M. Barrot a essuyé les critiques du Conseil national de la résistance iranienne (CNRI), lequel a déclaré que la police avait interdit un rassemblement de grande ampleur de ce groupe de dissidents dont le siège se trouve à Paris. Selon l’organisation, cette interdiction a fait suite à un appel téléphonique, quelques heures plus tôt, entre Jean-Noël Barrot et son homologue iranien, Abbas Araghchi. Le ministère français des Affaires étrangères a démenti ces accusations, affirmant qu’Araghchi « n’avait pas mentionné cette manifestation ni demandé son annulation ».

Le CNRI a déclaré son intention de contester devant les tribunaux la décision « fallacieuse » de la police locale d’interdire ce rassemblement contre le régime iranien.

« Après les heures de bureau, dans la soirée du jeudi 18 juin, la préfecture de police de Paris a interdit la manifestation de 100 000 personnes contre les exécutions politiques en Iran, une manifestation qui était prévue le samedi 20 juin, en invoquant des motifs fallacieux », a déclaré le CNRI.

Cela faisait deux mois que les organisateurs travaillaient à l’organisation de cet événement en concertation avec la police et dans le respect scrupuleux de toutes les procédures, a souligné le communiqué, avant de préciser que le groupe faisait appel de cette interdiction.

Les services de police de la Ville de Paris ont expliqué avoir pris cette décision en tenant compte d’un contexte national et international particulièrement tendus.

« Il y a un risque sérieux d’affrontements entre militants aux opinions opposées, lors de cette manifestation, ce qui est susceptible de troubler gravement l’ordre public », indique l’arrêté consulté par Reuters.

En revanche, le concert réunissant plusieurs artistes israéliens, qui est prévu dimanche dans le cadre de la Fête de la musique à Paris, a reçu le feu vert malgré les craintes qu’il ne suscite l’opposition de sympathisants pro-palestiniens, a indiqué un responsable français.

La police parisienne n’a pas répondu à la demande de commentaire de Reuters.

Des personnes participant à une manifestation pour soutenir les rassemblements de masse dénonçant la République islamique d’Iran, à Paris, le 11 janvier 2026. (Crédit : Kiran Ridley/AFP)

En 2023, un tribunal avait annulé la décision prise par les services de police de la Ville de Paris d’interdire un rassemblement du CNRI. À l’époque, la police avait motivé cette interdiction par des raisons de sécurité. Quelques jours avant cela, avait été remis une liberté un diplomate iranien condamné pour avoir orchestré un projet d’attentat à la bombe contre le groupe en 2018, lors d’un rassemblement dans la banlieue de Paris.

Le CNRI fait office de branche politique de l’Organisation des moudjahidines du peuple d’Iran (OMPI), un mouvement d’opposition. Ses rassemblements fréquents à Paris attirent régulièrement des milliers de personnes, dont d’anciens hauts responsables américains, européens et arabes critiques de la République islamique.

On ignore de quel niveau de soutien bénéficie en Iran ce groupe de dissidents, dont le siège se trouve à Paris. Il s’agit néanmoins de l’un des rares groupes d’opposition capables de mobiliser des partisans, aux côtés de son rival acharné, les monarchistes favorables à Reza Pahlavi, le fils en exil du shah renversé. Ce groupe, dont les financements et soutiens demeurent opaques, est régulièrement fustigé par les médias iraniens officiels.

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