Israël a besoin d’un accord « otages/cessez-le-feu » mais doit se méfier de Sinwar
Les dirigeants politiques et sécuritaires reconnaissent l'urgence de sauver les otages et le potentiel d'un accord, mais le monstrueux chef du Hamas veut plus que survivre
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David est le fondateur et le rédacteur en chef du Times of Israel. Il était auparavant rédacteur en chef du Jerusalem Post et du Jerusalem Report. Il est l’auteur de « Un peu trop près de Dieu : les frissons et la panique d’une vie en Israël » (2000) et « Nature morte avec les poseurs de bombes : Israël à l’ère du terrorisme » (2004).

Dans son discours de vendredi dernier, le président américain Joe Biden a exposé de nombreux éléments clés de la dernière proposition de libération des otages/cessez-le-feu faite par Israël au groupe terroriste palestinien du Hamas. Certains termes spécifiques, comme la clause 14, volontairement ambiguë, ont également été rendus publics.
D’autres détails potentiellement cruciaux n’ont pas encore été rendus publics au moment de la rédaction de ce texte. Parmi ceux-ci, on ignore si Israël a effectivement rejeté les demandes du Hamas, telles que formulées dans le document publié par le groupe terroriste il y a un mois. Ces demandes incluent la possibilité pour le Hamas de choisir les 150 terroristes condamnés à perpétuité qui seraient relâchés en échange de la libération de cinq soldates de Tsahal ; l’autorisation pour tous les assassins et les orchestrateurs d’assassinats de retourner en Cisjordanie ; et la libération de tous les terroristes de nouveau arrêtés depuis leur libération dans l’échange Shalit en 2011, dès le début de la première phase de l’accord. Si acceptées, ces exigences pourraient permettre au Hamas de renforcer le troisième front contre Israël depuis la Cisjordanie.
La Défense israélienne est consciente du danger. Le Hamas a d’ailleurs rappelé l’existence de ce danger à Israël ces dernières semaines, en revendiquant des fusillades menées par ses membres en Cisjordanie contre des cibles dans la région d’Emek Hefer, dans le centre d’Israël, et notamment la ville de Bat Hefer, proche de Tulkarem. Alors que les combats contre le Hamas à Gaza et le Hezbollah au Sud-Liban battent leur plein, Tsahal a dû renforcer considérablement son déploiement dans cette zone du front israélo-cisjordanien.
Cependant, l’establishment de la Défense, dont les hauts-échelons sont informés de tous les détails de la proposition israélienne, soutient fermement les termes transmis au Hamas par les médiateurs qataris à la fin de la semaine dernière. Les deux objectifs déclarés de la guerre étaient de démanteler les capacités militaires et de gouvernance du Hamas et de ramener les otages à la maison. Tsahal et les services de sécurité considèrent la libération des otages comme la priorité la plus urgente et, comme ce fut le cas lors de la trêve d’une semaine en novembre qui a vu la libération de 105 otages, ils sont résolus à reprendre la lutte contre le Hamas dès que cela sera nécessaire.
En l’état actuel, Tsahal estime avoir réalisé des progrès significatifs dans la lutte contre le Hamas à Rafah et en termes de destruction de nombreux tunnels de contrebande du groupe terroriste le long de la route de philadelphi entre Gaza et l’Égypte – deux des principaux objectifs restants de la campagne militaire.
Comme l’a souligné Biden dans son discours, « si le Hamas ne remplit pas ses engagements dans le cadre de l’accord, Israël peut reprendre ses opérations militaires ». C’est précisément ce que prévoit l’establishment de la Défense. Si le Hamas devait effectivement libérer tous les otages et, chose improbable, mettre fin à « cette guerre qu’il a commencée », et si nous parvenions alors à « un meilleur ‘après-guerre’ à Gaza sans le Hamas au pouvoir », pour citer à nouveau Biden, tant mieux.
Outre l’objectif stratégique de ramener les otages chez eux, l’establishment de la Défense considère la proposition de cessez-le-feu contre les otages comme un potentiel accomplissement stratégique régional – notamment en raison de la voie qu’elle offre vers une normalisation avec l’Arabie saoudite, une intégration régionale plus large pour Israël et une coalition renforcée contre l’Iran.
L’accord pourrait également ramener le calme – sans pour autant neutraliser le Hezbollah – à la frontière nord, où les combats connaissent une escalade inexorable, où 60 000 Israéliens ne peuvent toujours pas retourner chez eux, où la chaleur estivale a permis aux roquettes et aux drones du Hezbollah de déclencher de vastes incendies dévastateurs, et où Tsahal se prépare à une escalade bien plus importante qui pourrait transformer une grande partie du Liban en une nouvelle bande de Gaza, mais aussi provoquer une dévastation généralisée dans le centre d’Israël. (Tsahal fera tout ce que ses dirigeants politiques lui demanderont, mais préférerait de loin que toute opération majeure contre le Hezbollah ne se transforme pas en guerre totale – qui, de toute façon, se terminerait par une sorte d’accord, sans toutefois que le Hezbollah soit détruit, selon les estimations, et qu’il est donc préférable d’éviter).
Il est important de souligner que les principaux dirigeants politiques israéliens – le Premier ministre Benjamin Netanyahu, le ministre de la Défense Yoav Gallant et leur collègue du cabinet de Guerre Benny Gantz – sont globalement d’accord avec toutes ces évaluations concernant la proposition israélienne. Si ce n’était pas le cas, le cabinet de guerre ne l’aurait pas approuvée à l’unanimité. L’échelon politique supérieur considère lui aussi que le retour des otages, l’impératif vital de sauver le plus grand nombre possible de nos concitoyens avant qu’il ne soit trop tard, est stratégiquement central pour la reprise, la cohérence et la résilience de la nation après les événements du 7 octobre.
Le fait que Netanyahu ait parlé lundi à huis clos devant la commission des Affaires étrangères et de la Défense des « écarts » entre la position d’Israël et l’offre présentée par Biden, ainsi que l’insistance publique répétée du Premier ministre sur le fait qu’Israël ne mettra pas fin à la guerre contre le Hamas tant que le groupe terroriste ne sera pas détruit et qu’il n’acceptera aucun accord contraire, visait manifestement à minimiser l’opposition à la proposition des deux partis d’extrême droite de sa coalition, HaTzionout HaDatit de Bezalel Smotrich et Otzma Yehudit d’Itamar Ben Gvir.
Netanyahu, qui n’a cessé de capituler devant ces chefs de parti depuis le début de la formation de sa coalition après les élections de novembre 2022 — en les plaçant au cœur de son gouvernement, en donnant à Bezalel Smotrich, futur gestionnaire de la Cisjordanie, un rôle ministériel au ministère de la Défense et en plaçant l’incendiaire Ben Gvir à la tête de la police — continue sans surprise d’essayer de les apaiser. Ce qui est surprenant, c’est qu’il pense avoir la moindre chance d’y parvenir.
Ben Gvir était déjà opposé à l’accord de novembre « trêve contre otages », en vertu duquel Israël a libéré un nombre relativement dérisoire de 240 prisonniers sécuritaires féminins et mineurs, dont beaucoup n’avaient pas été condamnés. Il est donc inconcevable qu’il soutienne la proposition actuelle.
Cela ne veut pas dire que Ben Gvir et Smotrich mettront à exécution leur menace de faire tomber la coalition. Mais il est loin d’être acquis que Netanyahu serait politiquement détruit, même s’ils tentaient de le faire. Et, comme l’ont souligné publiquement Gallant et Gantz, les intérêts nationaux existentiels doivent en tout état de cause primer sur les considérations personnelles et politiques étroites.
Tout ce qui précède n’a cependant que peu d’importance, car la proposition d’Israël, à savoir sa dernière offre, selon les sources officielles qui ont briefé les médias israéliens mardi soir, est désormais entre les mains du Hamas. Et quoi qu’en disent les dirigeants en exil du Hamas, la décision finale revient à l’homme qui a orchestré l’invasion et les massacres du 7 octobre dans le sud d’Israël, qui espère ardemment que le conflit sur le front nord se transforme en une véritable conflagration, tout en visant également à enflammer la Cisjordanie.
Yahya Sinwar est d’une cruauté extrême et affiche indéniablement des tendances génocidaires, mais il n’est pas idiot. Et il a également démontré qu’il était loin d’être pressé. Biden et ses collègues de l’administration ont tous eu du mal à expliquer pourquoi Sinwar accepterait un tel accord, qui semble prévoir la disparition générale de son gouvernement terroriste. Cela pourrait suggérer un objectif plus limité d’obtenir au moins la libération des femmes otages vivantes, des personnes âgées et des otages malades au cours de la première phase de l’accord.
Si Sinwar venait à accepter cet accord, malgré le consensus au sein de l’establishment sécuritaire israélien et parmi ses principaux dirigeants politiques sur l’urgence de ramener les otages et les avantages stratégiques potentiels, il est malheureusement probable que cela ne nous ramènerait pas à la relative tranquillité que nous connaissions avant le 7 octobre dernier.
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