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Israël et la Coupe du monde : de meilleures perspectives en Asie, mais un ancrage réaffirmé en Europe

Exclue de la Confédération asiatique en 1974, l’équipe israélienne n'envisage pas de retour, entre attachement à l'UEFA et doute d'être la bienvenue

Raz Shlomo, du Maccabi Tel Aviv, au centre, lutte pour le ballon avec Pavel Sulc de Lyon, au sol, lors du match de football de la phase de ligue de l'Europa League entre le Maccabi Tel Aviv et Lyon, à Backa Topola, en Serbie, le 27 novembre 2025. (AP Photo/Darko Vojinovic)
Raz Shlomo, du Maccabi Tel Aviv, au centre, lutte pour le ballon avec Pavel Sulc de Lyon, au sol, lors du match de football de la phase de ligue de l'Europa League entre le Maccabi Tel Aviv et Lyon, à Backa Topola, en Serbie, le 27 novembre 2025. (AP Photo/Darko Vojinovic)

JTA — Une cinquantaine d’années après la seule et unique participation d’Israël à la Coupe du monde, l’Association israélienne de football (IFA) déclare n’avoir aucune intention de quitter l’Europe pour retourner dans le système de qualification asiatique. C’est pourtant ce même système qui avait permis à Israël d’accéder à la Coupe par le passé, avant que des boycotts menés par les pays arabes ne contribuent à l’en exclure.

Le lancement ce mois-ci de la Coupe du monde co-organisée par les États-Unis a de nouveau mis en lumière l’absence d’Israël. Malgré une scène footballistique locale florissante et des succès remportés lors de compétitions à l’étranger, la seule fois où le pays a participé à la phase finale remonte dorénavant à 1970. C’était au Mexique.

La raison en est qu’Israël participe aux phases qualificatives via l’Union des associations européennes de football (UEFA), dont le niveau est si élevé qu’il est extrêmement difficile de décrocher son sésame pour la Coupe. Même des géants du football comme l’Italie, quadruple championne du monde, n’ont pas réussi à se qualifier cette année.

Israël est le seul pays non européen à tenter de se qualifier pour le tournoi via l’UEFA, là où la plupart de ses voisins tentent d’obtenir leur place via la Confédération asiatique de football (AFC).

Israël a été évincé de l’instance du football asiatique en 1974, après quoi il a navigué entre plusieurs zones de qualification pendant quelques années — jouant notamment dans la zone Océanie pour les Coupes du monde de 1986 et 1990 — avant de s’installer définitivement dans le groupe européen en 1991.

Selon Shlomi Barzel, directeur de la communication de l’Association israélienne de football, le retour dans le giron asiatique n’est pas envisageable, d’une part du fait qu’Israël ne souhaite pas quitter le football européen, où il est solidement établi, et d’autre part parce qu’il ne pense pas que la confédération asiatique accepterait son retour.

Le seul avantage d’une telle démarche, plaisante-t-il, serait que les adversaires d’Israël boycottent les matchs contre lui : « Israël serait alors automatiquement qualifié. »

Le boycott d’Israël avait effectivement influencé son parcours lors de la Coupe du monde de 1970. La Corée du Nord avait été exclue des qualifications asiatiques après avoir refusé de jouer en Israël. En conséquence, Israël s’était qualifié pour la finale après avoir remporté deux matchs contre la Nouvelle-Zélande. En finale de zone, Israël avait affronté une équipe australienne déjà épuisée après avoir dû éliminer la Corée du Sud, le Japon et la Rhodésie (cette dernière étant intégrée au tournoi asiatique après avoir été bannie d’Afrique en raison de son régime de ségrégation raciale).

Le porte-parole de l’Association israélienne de football, Shlomi Barzel, s’exprime lors d’une conférence de presse à Ramat Gan, le 6 juin 2018. (Yossi Zeliger/Flash90)

Lors du tournoi au Mexique, l’équipe israélienne, entièrement composée d’amateurs, avait déjoué les pronostics : malgré une défaite 0-2 contre l’Uruguay, elle avait fait match nul contre la Suède et l’Italie avant d’être éliminée.

Quatre ans plus tard, Israël était officiellement exclu de la Confédération asiatique de football à la suite d’une résolution présentée par le Koweït, et adoptée par 17 voix pour, 13 contre et 6 abstentions. Ce vote était intervenu à la veille d’un match très attendu entre l’Israël et l’Iran à Téhéran, que l’Iran avait remporté 1-0 grâce à un but contre son camp d’un joueur israélien.

Shlomi Barzel ne pense pas que le fait de réintégrer l’AFC garantirait à Israël une place régulière en Coupe du monde.

« Ce serait un peu condescendant et arrogant de ma part de dire cela », explique-t-il avant d’ajouter qu’il n’était pas du tout certain qu’Israël l’emporte face à des équipes comme la Jordanie ou le Qatar.

Barzel souligne également que la position d’Israël au sein des institutions de l’UEFA justifie le maintien de la situation actuelle. L’actuel président de l’IFA, Moshe « Shino » Zuaretz, a été élu au Comité exécutif de l’UEFA en avril 2025, malgré la guerre à Gaza et les appels croissants à sanctionner le football israélien. De même, l’ancien président de l’IFA, Avi Luzon, avait occupé par le passé des fonctions de haut niveau au sein de cette même instance.

Itay Ben Hemo, du Maccabi Tel Aviv, à l’arrière-plan, dispute le ballon à Santiago Castro, du club de Bologne, lors du match de football de la phase de ligue de l’Europa League entre le Maccabi Tel Aviv et Bologne, à Backa Topola, en Serbie, le 29 janvier 2026. (AP Photo/Darko Vojinovic)

Le soutien institutionnel s’étend d’ailleurs au-delà de l’Europe, selon Barzel, qui rappelle la Coupe du monde 2022 au Qatar, à laquelle les supporters israéliens avaient pu se rendre malgré l’absence de relations diplomatiques entre les deux pays. Il évoque par ailleurs la décision de la FIFA, l’instance dirigeante du football mondial, de déplacer la Coupe du monde des moins de 20 ans en 2023 de l’Indonésie vers l’Argentine, après que l’Indonésie a refusé d’accueillir l’équipe israélienne (Israël avait finalement terminé à la troisième place).

Pour autant, le statut officiel d’Israël au sein du football international ne suffît pas à protéger ses équipes et supporters de l’hostilité ambiante. En novembre 2024, des supporters du Maccabi Tel Aviv ont été attaqués à Amsterdam après un match contre l’Ajax et les fans du club ont ensuite été interdits de déplacement pour un match contre Aston Villa, une décision qui a donné lieu à un véritable scandale politique et policier en Grande-Bretagne.

Malgré son absence de la Coupe du monde, Israël reste un point de considération politique autour de l’événement, que le président américain Donald Trump a promis de transformer en un « succès sans précédent ». Les rumeurs selon lesquelles le souhait de Trump de voir une Coupe du monde débarrassée de la guerre l’aurait poussé à négocier un cessez-le-feu avec l’Iran ont été démenties par le haut responsable de la Maison-Blanche chargé du dossier de la Coupe du monde. Cela n’a en rien empêché le conflit de s’inviter dans l’événement.

À Boston, le 19 juin dernier, des supporters écossais en kilt, qui attendaient pour prendre place à bord des navettes qui les conduiraient au stade, là où leur équipe affrontait le Maroc, ont accepté des drapeaux palestiniens distribués par des militants postés le long du parcours.

Quelques heures avant le match d’ouverture du Canada, le 12 juin, des militants ont déployé une banderole sur laquelle on pouvait lire « Expulsez Israël de la FIFA » par-dessus un logo de la Coupe du monde, près d’une des autoroutes les plus fréquentées de Toronto.

Des militants installent une banderole recouvrant le logo de la Coupe du Monde de la FIFA 2026 à Toronto, Canada, le 12 juin 2026. (Jorge UZON / AFP)

Quelques jours plus tard, une vidéo devenue virale lors du match de l’Iran contre la Nouvelle-Zélande à Los Angeles a donné à voir des agents de sécurité en train de confisquer le drapeau israélien d’un supporter — à qui l’on a dit qu’ils agissaient sur ordre de leurs supérieurs — tandis que d’autres spectateurs derrière lui brandissaient des drapeaux palestiniens.

L’envoyé spécial de Trump pour les partenariats mondiaux, Paolo Zampolli, a déclaré à la chaîne publique israélienne Kan qu’il était « très ennuyé » par l’incident survenu à Los Angeles, ajoutant que « l’antisémitisme ou le deux poids, deux mesures n’avaient rien à faire dans le sport ». Zampolli, qui avait avant cela demandé à la FIFA de remplacer l’Iran par l’Italie lors de la Coupe du monde, a appelé l’instance du football à traiter cet épisode avec sérieux.

Des personnes manifestent avant le match de football de l’Europa League entre Aston Villa et le Maccabi Tel Aviv à Birmingham, Angleterre, le 6 novembre 2025. (AP Photo/Darren Staples)

Shlomi Barzel fait le distinguo entre l’incident du drapeau, qu’il attribue à une mauvaise décision du personnel du stade, et les décisions officielles prises par la FIFA à l’encontre d’Israël. Il rappelle que le drapeau israélien est affiché aux côtés de ceux des autres associations membres lors des événements officiels de la FIFA et de l’UEFA. La FIFA décourage généralement la présence de drapeaux d’équipes qui ne jouent pas le match en question, précise-t-il, avant d’ajouter que les équipes israéliennes se sont habituées à voir des drapeaux palestiniens dans les stades.

« Personnellement, je ne me mets pas en colère pour des histoires de drapeaux — ce n’est pas cela qui me fait peur », assure-t-il.

Yoav Borowitz, chef du service des sports de la chaîne Kan, estime quant à lui que la FIFA semble redouter que les drapeaux ne soient utilisés comme des symboles de protestation. Il évoque notamment le drapeau iranien, avec le lion et le soleil (le drapeau du pays avant la révolution de 1979 qui a instauré le régime théocratique actuel), que certains supporters ont brandi lors du même match. Selon lui, le fait que la FIFA n’ait pas dit clairement si les drapeaux israéliens étaient autorisés dans les stades dans les jours qui ont suivi l’incident « montre où se situe Israël en ce moment. »

« Il y avait des stadiers officiels de la FIFA là-bas », souligne-t-il, « et si le supporter a effectivement été contraint de retirer son drapeau, j’aurais aimé que la FIFA publie une réponse pour préciser que les drapeaux israéliens sont autorisés dans les stades, au même titre que les drapeaux palestiniens ou le drapeau de n’importe quel autre pays. »

Toutes les restrictions imposées à l’association israélienne de football l’ont été uniquement pour des raisons de sécurité, affirme Barzel, bien qu’en octobre dernier, l’UEFA soit passée tout près d’un vote d’urgence sur une éventuelle suspension d’Israël en raison de la guerre à Gaza.

Le joueur du FC Barcelone Lamine Yamal tient un drapeau palestinien alors qu’il célèbre avec son équipe au sommet d’un bus après avoir remporté le titre de la Liga espagnole à Barcelone, Espagne, le lundi 11 mai 2026. (AP Photo)

Lors du congrès de la FIFA à Vancouver, en avril dernier, le président de l’Association palestinienne de football, Jibril Rajoub, a refusé de serrer la main du vice-président de l’IFA, Basim Sheikh Suliman, malgré les appels répétés du président de la FIFA, Gianni Infantino, qui demandait aux deux parties de « donner de l’espoir aux enfants ».

Malgré ces tensions, Israël continue de participer aux compétitions presque normalement. Le pays est toutefois incapable d’organiser des matchs sur son sol depuis près de trois ans en raison de la guerre, et doit disputer ses matchs à domicile pour les qualifications de la Coupe du monde dans des pays tiers neutres. Il accueillera ainsi plusieurs rencontres cet automne en Moldavie, pays dans lequel Israël a, pour la première fois, ouvert une ambassade et mis en place des lignes directes avec la compagnie El Al l’an dernier. (À l’inverse, la Russie a vu ses équipes nationales et ses clubs suspendus des compétitions de la FIFA et de l’UEFA depuis son invasion de l’Ukraine).

Malgré les controverses, la FIFA continue de promouvoir sa vision du football, celle d’« une force d’unité, de paix et d’espoir », évoquant notamment des discussions en vue de la création d’une Coupe des moins de 15 ans aux États-Unis, en septembre, par un match symbolique entre des équipes de jeunes israéliens et palestiniens.

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