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Israël n’est absolument pas prêt à affronter un séisme majeur – commission parlementaire

Le pays ne dispose toujours pas d'un organisme central chargé de la préparation aux situations d'urgence, et les efforts visant à moderniser les bâtiments anciens sont insuffisants

Des membres de la garde d'honneur de la Knesset, du Commandement du front intérieur, des pompiers, de l'armée israélienne et des services médicaux d'urgence Magen David Adom participent à un exercice d'urgence simulant un tremblement de terre près d'Ashkelon, le 19 décembre 2019. (Crédit : Yaniv Nadav/Flash90)
Des membres de la garde d'honneur de la Knesset, du Commandement du front intérieur, des pompiers, de l'armée israélienne et des services médicaux d'urgence Magen David Adom participent à un exercice d'urgence simulant un tremblement de terre près d'Ashkelon, le 19 décembre 2019. (Crédit : Yaniv Nadav/Flash90)

En dépit de plus de deux décennies de mises en garde et d’audits qui, de manière répétée, ont souligné des défaillances systémiques, Israël reste malheureusement mal préparé à un tremblement de terre majeur, ont expliqué mardi des responsables à la commission des Affaires intérieures et de l’environnement de la Knesset lors d’une réunion.

Alors qu’il existe un danger imminent de séisme susceptible d’entraîner des pertes humaines massives, le pays ne dispose pas d’une instance gouvernementale ayant autorité et ayant la responsabilité de gérer la préparation sur le front intérieur – une situation similaire à celle qui avait entravé la réponse, au niveau civil, au pogrom qui avait été perpétré par le Hamas dans le sud d’Israël, le 7 octobre 2023, a fait remarquer un rapport qui a été établi, avant la réunion, par le Centre de recherche et d’information de la Knesset.

Un tremblement de terre de forte magnitude pourrait faire plus de 16 000 morts dans tout le pays et causer des dégâts à hauteur de 50 milliards de dollars, a aussi noté un document d’orientation qui a été préparé pour la réunion par le Forum pour la rénovation urbaine.

La dernière évaluation des risques de catastrophe qui avait été faite par l’État, en 2012, avait estimé qu’un séisme ferait 7 000 morts et détruirait 28 000 bâtiments, a dit Nurit Yachimovich-Cohen, chercheuse à la Knesset, lors de la réunion.

Aucune instance ou agence n’est actuellement chargée de mettre en œuvre un plan d’urgence à l’échelle nationale, a souligné Yachimovich-Cohen. Cette responsabilité a été confiée à un ensemble complexe de ministères et d’autorités municipales, la mise en œuvre incombant en fin de compte aux conseils locaux, a-t-elle déclaré.

« Nous sommes en train de parler d’un niveau de catastrophe auquel Israël n’est absolument pas préparé à faire face », a commenté Debbie Biton, députée du parti Yesh Atid, en évoquant le tremblement de terre qui avait fait environ 60 000 victimes en Turquie en 2023. « Comment est-il possible qu’absolument personne, dans le pays, ne soit chargé de gérer cette question ? »

Un homme marche devant un bâtiment détruit à Samandag, au sud de Hatay, le 16 février 2023, dix jours après qu’un séisme de magnitude 7,8 ait frappé la région frontalière de la Turquie et de la Syrie. (Crédit : Yasin AKGUL / AFP)

Les régions de l’Ouest, au sein de l’État juif, sont à cheval sur la faille syro-africaine – une zone sismique active où, selon les estimations des experts, un tremblement de terre majeur se produit tous les 80 à 100 ans. La dernière secousse majeure avait eu lieu en 1927, faisant 500 morts et 700 blessés. Le prochaine pourrait être imminente, craignent les spécialistes.

Depuis 1980, les bâtiments résidentiels construits en Israël doivent être conformes à un code technique qui a été conçu pour résister aux séismes, un code qui est connu sous le nom de norme 413. Toutefois selon le rapport, la quasi-totalité des immeubles d’appartements et des hôpitaux situés dans des zones à haut risque, qui avaient été construits avant 1980, n’ont jamais été renforcés, courant un risque d’effondrement.

Au début de l’été, le contrôleur de l’État Matanyahu Englman a averti qu’environ 80 000 bâtiments résidentiels à travers tout le pays – qui comprennent plus de 810 000 appartements, ne répondaient pas aux normes nécessaires de résistance face aux tremblements de terre.

Malgré les efforts déployés pour encourager la mise aux normes des bâtiments – principalement par le biais du plan de rénovation urbaine connu en hébreu sous le nom de Tama 38 – seulement 3 900 immeubles, soit environ 5 % des bâtiments résidentiels vulnérables du pays, ont été renforcés au cours des deux dernières décennies, selon le rapport de la Knesset. 11 200 autres bâtiments, soit 14 % du total, ont demandé des permis pour de telles rénovations, mais ils ne les ont pas réalisées, en partie en raison de la longueur des délais de construction.

Le plan Tama 38 permet aux constructeurs de moderniser les bâtiments existants sans frais pour les résidents. En échange, ils ont le droit d’ajouter des appartements supplémentaires que le constructeur pourra vendre avec un bénéfice. Le problème avec ce modèle est qu’il ne fonctionne que lorsqu’un tel arrangement est rentable pour le constructeur, ce qui le rend viable uniquement sur les grands marchés comme Jérusalem et Tel Aviv, ont expliqué les responsables qui étaient présents lors de la réunion.

La mise en place du plan Tama 38 a été limitée dans des villes comme Tibériade, Beit Shean, Safed, Kiryat Shmona et Hatzor Haglilit, les localités qui sont considérées comme les plus vulnérables aux dommages susceptibles d’être causés par les séismes, en raison d’une faible valeur immobilière. À Tibériade, qui se trouve directement sur la faille syro-africaine, seuls 26 bâtiments sur les 600 par ailleurs éligibles ont été rénovés et sont dorénavant conformes aux normes antisismiques, a déclaré un représentant de la ville.

« Nous parlons là d’un outil qui ne résout pas le problème », a affirmé Yorai Lahav-Hertzanu, député du parti Yesh Atid. « Finalement, Tama 38 ne vient pas en aide aux villes qui en ont le plus besoin. Nous devrons peut-être développer un autre modèle ».

Une réunion de la Commission des Affaires intérieures et de l’Environnement de la Knesset sur la préparation d’Israël aux tremblements de terre, 25 novembre 2025 (Capture d’écran : Knesset.tv)

Par ailleurs, le rapport a révélé que les infrastructures publiques étaient tout aussi mal préparées. Un audit national a démontré que 60 % des hôpitaux n’étaient pas résistants aux séismes ou qu’ils ne disposaient d’aucune donnée portant sur leur intégrité structurelle. Ce qui signifie qu’en cas d’accident qui entraînerait de nombreuses victimes, ces hôpitaux pourraient être inutilisables, aggravant ainsi la crise.

En outre, sur les 3,5 milliards de shekels qui ont été alloués en 2010 au renforcement des bâtiments publics, seuls 4 % de ces fonds avaient été utilisés en 2024, selon le rapport.

Par ailleurs, les instances gouvernementales concernées ont été privées de ressources, a noté l’étude réalisée par la Knesset. Le budget de l’Autorité nationale d’urgence (RACHEL), qui est chargée de coordonner le front civil, a récemment été réduit, passant de 182 millions de shekels en 2018 à seulement 80 millions de shekels en 2023.

Dans le même temps, la Commission interministérielle pour la préparation aux tremblements de terre a vu son budget réduit de 60 % entre 2016 et 2022. Elle ne compte dorénavant que trois employés permanents et elle n’a aucune autorité légale lui permettant de contraindre les ministères à passer à l’action.

Le Forum pour la rénovation urbaine a expliqué que la préparation insuffisante d’Israël à la guerre à Gaza a permis de mettre en lumière la manière dont l’absence de planification centrale peut conduire à une défaillance systémique en cas de catastrophe nationale.

« Lors de l’opération Épées de Fer, nous avons pu constater comment un pays tout entier s’est retrouvé sans contrôle central pendant des jours, sans commandement civil organisé et sans aucune autorité capable de gérer un tel événement », a écrit le Forum. « Le même scénario risque de se reproduire lors du prochain séisme sauf que cette fois-ci, il ne s’agira pas d’un ennemi extérieur, mais de bâtiments qui s’effondreront sur leurs habitants ».

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