Rechercher
Analyse

Israël s’est attiré les sanctions britanniques par son inaction en Cisjordanie et en Occident

Le gouvernement Netanyahu aurait pu faire davantage pour éviter les mesures annoncées à Londres, mais il a laissé le Royaume-Uni emboîter le pas à Dublin et Madrid

Lazar Berman

Lazar Berman est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Le ministre britannique des Affaires étrangères, Ed Miliband, prononce un discours sur l’interdiction d’importer des marchandises provenant des implantations de Cisjordanie à la Chambre des communes, à Londres, le 8 septembre 2026. (Crédit : Capture d’écran/PRU/AFP)
Le ministre britannique des Affaires étrangères, Ed Miliband, prononce un discours sur l’interdiction d’importer des marchandises provenant des implantations de Cisjordanie à la Chambre des communes, à Londres, le 8 septembre 2026. (Crédit : Capture d’écran/PRU/AFP)

Les relations entre Israël et l’Europe ont franchi mardi un cap regrettable lorsque le ministre britannique des Affaires étrangères, Ed Miliband, a annoncé une série de sanctions sans précédent visant les implantations de Cisjordanie.

La France et le Canada lui ont emboîté le pas, tandis que plusieurs autres pays occidentaux ont signé une déclaration indiquant qu’ils soutiendraient des mesures de l’Union européenne (UE) à l’encontre d’Israël.

La portée réelle de ces sanctions reste à déterminer, tout comme les modalités précises de leur mise en œuvre.

Cette décision montre néanmoins à quel point le gouvernement israélien s’est révélé incapable de conserver le soutien de ses anciens partenaires occidentaux, de plus en plus critiques quant à la manière dont Israël traite les Palestiniens.

Au lieu de chercher à isoler les pays européens les plus farouchement anti-Israël, comme l’Espagne et l’Irlande, Jérusalem facilite au contraire la tâche de ses détracteurs, en leur permettant de rallier à leur camp des États puissants.

« Nous aurions souhaité que les pays pro-Israël rallient d’autres pays à leur cause », a déclaré Rémi Daniel, chercheur à l’Institut d’études sur la sécurité nationale de Tel Aviv.

« Au final, ce sont les pays anti-Israël qui donnent le ton. »

Politique intérieure, mais pas seulement

La décision d’imposer ces sanctions prête largement le flanc à la critique.

Des considérations de politique intérieure, érigées par Miliband en grands principes universels, voire juifs, ont pesé sur cette décision, en particulier sur son calendrier.

« Les électeurs travaillistes les quittent au profit des Verts », a déclaré Maya Sion-Tzidkiyahu, directrice du programme des relations Israël-Europe chez Mitvim. « Ils ont reconnu que cette défection s’expliquait en partie par la question israélo-palestinienne. Le gouvernement n’a pas pris de mesures assez fermes et n’est pas allé assez loin pour répondre aux attentes de l’électorat progressiste. »

L’annonce de sanctions contre Israël constituait un moyen sûr de faire les gros titres et de donner des gages aux électeurs libéraux que le Parti travailliste doit conserver dans son camp.

Andy Burnham, candidat travailliste dans la circonscription de Makerfield, salue ses partisans lors de l’élection partielle, à Makerfield, en Angleterre, le 18 juin 2026. (Crédit : Jon Super/AP)

L’intervention de Miliband à la Chambre des communes a elle aussi suscité de nombreuses critiques. En ouvrant son discours en se présentant comme “un Juif britannique fier de l’être”, il a cherché à conférer à ses propos une autorité morale et à désamorcer les accusations d’antisémitisme.

Il a néanmoins balayé les inquiétudes du grand rabbin Ephraim Mirvis, qui craignait que l’annonce des sanctions ne compromette la sécurité des Juifs se rendant aux offices de Rosh HaShana ce week-end, un an après l’attaque meurtrière perpétrée pendant les fêtes du Nouvel An juif dans une synagogue de Manchester. « Je ne vais pas à la synagogue », a-t-il répondu mercredi.

Il a également déploré la mort des « plus de 70 000 personnes qui ont été tuées » à Gaza depuis 2023, un chiffre qui inclut des dizaines de milliers de terroristes du Hamas.

Au lieu de cibler les résidents violents des implantations de Cisjordanie, une mesure qui aurait correspondu au sentiment de la grande majorité des Israéliens, Miliband a choisi de mettre sur le même plan toute une série de griefs adressés à Israël, de la présence juive au-delà de la Ligne verte au blocage présumé de l’aide médicale à Gaza, jusqu’à l’accusation selon laquelle Israël aurait commis un « génocide » dans la bande de Gaza.

Des résidents d’implantations, des soldats et des militants israéliens de gauche lors d’une altercation dans le village palestinien de Jannatah, juste au sud de la ville de Bethléem, le 25 août 2026. (Crédit : Ilia Yefimovich/AFP)

Israël ne peut toutefois s’en prendre qu’à lui-même d’avoir donné aux pays européens des raisons d’imposer ces sanctions, même si des considérations de politique intérieure ont également pesé sur leur mise en œuvre finale.

« Certaines actions de ce gouvernement franchissent une ligne rouge, et cela recoupe la politique intérieure, la question israélo-palestinienne devenant un facteur de polarisation politique », a déclaré Sion-Tzidkiyahu.

Le gouvernement israélien n’a pas réussi à endiguer les violences commises par des habitants d’implantations en Cisjordanie, au point que même l’ambassadeur américain Mike Huckabee, sioniste chrétien de longue date, s’est rendu dans une ville palestinienne, où il a dénoncé les « terroristes des implantations », et réclamé de lourdes sanctions.

En août, Israël a lancé un appel d’offres pour la construction de plus de 1 000 logements dans la zone E1, à l’est de Jérusalem. En 2025, le ministre des Finances, Bezalel Smotrich, avait salué le projet d’expansion d’E1, affirmant qu’il « dissipe quasiment toute illusion d’une solution à deux États », en morcelant le territoire qui serait destiné à un futur État palestinien.

Des véhicules circulent sur une autoroute près de l’implantation de Maale Adumim, sur une photo prise depuis la zone E1, au nord-est de Jérusalem, le 4 février 2026. (Crédit : Ahmad Gharabli/AFP)

La torpeur estivale européenne désormais terminée, plusieurs pays étaient impatients de réagir aux politiques menées par Israël au cours des derniers mois.

« Ils voulaient agir le plus rapidement possible afin de définir leur position face aux récentes mesures, notamment concernant la zone E1 », a déclaré Daniel.

Israël aurait pu éviter cette issue prévisible. Il aurait pu, pour commencer, lutter plus efficacement contre les attaques en Cisjordanie et rester discret sur ses projets d’implantations.

Il aurait également pu se positionner comme un acteur clé face au principal défi sécuritaire de l’Europe : la menace russe. Au lieu de renforcer son soutien à l’Ukraine, un pays qui dénonce haut et fort la menace iranienne commune à laquelle les deux pays sont confrontés, le Premier ministre Benjamin Netanyahu continue de jongler entre Kiev et Moscou, alors même que la Russie aide l’Iran à développer de nouveaux missiles.

L’annonce concernant la zone E1 a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase, a estimé Daniel. « Bien sûr, la violence des résidents d’implantations et la réponse du gouvernement à cette violence préoccupent les Européens, mais la décision [concernant la zone E1] relève d’un choix politique et, à leurs yeux, elle appelait donc une réponse politique. »

Les nouveaux pionniers

Les sanctions n’entreront pas en vigueur avant 2027 et, si Netanyahu est battu en octobre, le nouveau gouvernement disposera d’une certaine marge de manœuvre pour atténuer la portée de certaines mesures en montrant qu’il est prêt à changer de cap.

La portée des sanctions pourrait être élargie ou réduite, selon les mesures prises par le prochain gouvernement, a déclaré mercredi un responsable britannique, sans toutefois laisser entendre qu’elles pourraient être purement et simplement abandonnées.

Des manifestants brandissant des pancartes et des drapeaux lors d’une marche anti-Israël, à Londres, le 16 mai 2026. (Crédit : Thomas Krych/AP)

« Le gouvernement dispose d’une certaine marge de manœuvre quant à la manière dont il mettra en œuvre ces mesures », a déclaré ce responsable.

« Les modalités précises de mise en œuvre de cette interdiction seront communiquées ultérieurement », a déclaré un responsable français.

Cela ne changera toutefois rien à une tendance qui s’affirme en Europe et ailleurs, à faire entrer dans le courant politique dominant des positions autrefois cantonnées aux extrémistes. Dans une déclaration commune, le Royaume-Uni, la France et le Canada ont ainsi tenu à « saluer les mesures importantes déjà prises par l’Irlande, l’Espagne, les Pays-Bas, la Norvège et la Belgique ».

Le secrétaire d’État américain Marco Rubio s’exprime lors d’un événement organisé au Donald J. Trump Institute of Peace, récemment rebaptisé, à Washington, le 3 septembre 2026. (Crédit : Jacquelyn Martin/AP)

Tout aussi préoccupant, les États-Unis ne semblent guère enclins à s’opposer au Royaume-Uni ni à quiconque s’en prend à Israël. Le président américain Donald Trump n’a pas cherché à empêcher le projet de Londres lorsqu’il en a été informé par le Premier ministre britannique Andy Burnham, a déclaré un responsable occidental.

Le secrétaire d’État américain Marco Rubio a lui aussi laissé entendre mardi que Washington n’était pas opposé aux sanctions britanniques. Tout en précisant que les États-Unis ne se joindraient pas à cette initiative, il s’est abstenu de la critiquer.

« Les extrémistes opposés à Israël ou au gouvernement israélien finissent par sortir de leur isolement », a déploré Daniel. « Ce sont eux les pionniers qui entraînent d’autres pays dans leur sillage. »

« Et maintenant que la voie est ouverte, qui sait où ils s’arrêteront », a-t-il ajouté.

En savoir plus sur :
Pour commenter, rejoignez
la Communauté du Times of Israël !
Rejoidre la Communauté du Times of Israël
Seuls les membres qui payent un abonnement peuvent commenter les articles. Alors rejoignez nous et profitez d'autres avantages !
Veuillez utiliser un email au format suivant : example@domain.com
Confirm Mail
Merci ! Consultez votre mail maintenant
Vous faites désormais partie de la Communauté du Times of Israël ! Un e-mail contenant votre lien de connexion a été envoyé à . Une fois configuré, vous pourrez profiter de vos avantages et commenter.

Merci pour votre fidélité !

Si vous voyez ce message, ça veut dire que vous faites partie de nos lecteurs les plus assidus. Pour continuer votre lecture, veuillez rejoindre notre Communauté. Rejoignez-nous maintenant !
image
Inscrivez-vous gratuitement
et continuez votre lecture
L'inscription vous permet également de commenter les articles et nous aide à améliorer votre expérience. Cela ne prend que quelques secondes.
Déjà inscrit ? Entrez votre email pour vous connecter.
Veuillez utiliser le format suivant : example@domain.com
SE CONNECTER AVEC
En vous inscrivant, vous acceptez les conditions d'utilisation. Une fois inscrit, vous recevrez gratuitement notre Une du Jour.
Register to continue
SE CONNECTER AVEC
Log in to continue
Connectez-vous ou inscrivez-vous
SE CONNECTER AVEC
check your email
Consultez vos mails
Nous vous avons envoyé un e-mail à .
Il contient un lien qui vous permettra de vous connecter.