Israël va dépenser 4,1 M de $ pour renforcer le soutien des chrétiens américains
Des documents révèlent que le ministère des Affaires étrangères a engagé une entreprise US pour une campagne ciblant les fidèles avec des publicités numériques et l'application mobile "Oct. 7th Experience"
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JTA — Alors que sa popularité semble s’effondrer aux États-Unis, Israël a décidé de financer une campagne inédite dans son ampleur et qui vise à renforcer le soutien accordé à l’État juif par les églises évangéliques, considérées jusqu’à récemment comme un pilier inébranlable à son égard.
Pour mener à bien cette campagne, le ministère des Affaires étrangères a engagé une entreprise américaine qui disposera d’un budget évalué à 4,1 millions de dollars pour des actions marketing ciblant les chrétiens de l’ouest du pays, selon des informations récemment divulguées par les autorités fédérales.
D’après les documents déposés la semaine dernière en vertu du Foreign Agents Registration Act, qui régit l’enregistrement des agents étrangers, Show Faith by Works, LLC mènera ce qu’elle qualifie de « plus grande campagne de géolocalisation d’églises chrétiennes de l’histoire des États-Unis ».
La société Show Faith by Works, nouvellement créée, possède un siège social à San Diego. Elle est dirigée par Chad Schnitger, un célèbre militant chrétien conservateur de Californie.
L’objectif de cette initiative est de toucher les fidèles via des publicités numériques explicitement « pro-Israël et anti-palestiniennes », tout en organisant une exposition itinérante intitulée « October 7th Experience » (Expérience du 7 octobre) sur les parkings des églises et dans les universités chrétiennes.
Cette campagne vient ainsi ajouter un nouvel élément à l’opération de communication intensive menée par Israël aux États-Unis, qui comporte déjà un contrat d’un montant de 1,5 million de dollars par mois pour des activités sur les réseaux sociaux basées sur l’intelligence artificielle avec l’ancien stratège de campagne de Trump, Brad Parscale, et un contrat avec une société appelée Bridge Partners visant à créer un réseau d’influenceurs, baptisé Esther Project.
Cette opération de communication intensive intervient après l’attribution, par le budget de l’année, au ministère des Affaires étrangères de 150 millions de dollars destinés à ses initiatives de relations publiques.
L’attention du public envers les efforts déployés par Israël s’est intensifiée la semaine dernière, à la suite d’un article publié par le média en ligne Responsible Statecraft, lui-même édité par le Quincy Institute, un groupe de réflexion pacifiste spécialisé dans la politique étrangère et basé à Washington, DC.
Ces contrats, ensemble, illustrent la manière dont le gouvernement israélien déploie des ressources considérables pour influencer l’opinion américaine, dans le cadre de ce que le Premier ministre Benjamin Netanyahu appelle le « huitième front » : la bataille des discours et de l’opinion publique à travers le monde.
Cette campagne intervient à un moment où le soutien jadis indéfectible des évangéliques américains à Israël commence à se fissurer. De récents sondages révèlent en effet que les jeunes évangéliques sont moins enclins à soutenir Israël que les générations précédentes. De plus, même si elle a été lancée plusieurs mois auparavant, cette campagne survient peu après l’assassinat de Charlie Kirk, qui incarnait peut-être la voix pro-israélienne la plus influente de la communauté évangélique auprès des jeunes Américains.
Selon les factures jointes au dossier, la société Show Faith, qui a été créée le 5 août, prévoit de recevoir plus de 3,25 millions de dollars sur cinq mois, réglés par versements égaux via le géant mondial de la publicité Havas Media. Un « budget supplémentaire idéal » de 835 000 dollars pour l’équipement et l’expansion est également mentionné.
La société a annoncé avoir reçu le 18 septembre un premier versement d’environ 326 000 dollars, quelques jours avant son enregistrement officiel en tant qu’agent étranger auprès du ministère de la Justice. Cet accord reflète la structure des contrats Parscale et Bridges, qui mentionnent également Havas comme intermédiaire, soulignant ainsi le rôle de la société dans la coordination des activités d’agent étranger de l’État juif aux États-Unis.
Pour mener à bien ses différentes tâches, Show Faith allie un ciblage high-tech à une approche religieuse traditionnelle.
Les documents de campagne détaillent les projet relatifs au géorepérage – ou geofencing -, une technique qui permet de cibler les fidèles sur leurs téléphones mobiles dans des zones géographiques données aux alentours des églises et des campus chrétiens en Californie, au Nevada, en Arizona et au Colorado.
La société s’est par ailleurs engagée à recruter des pasteurs, qui seront chargés de rédiger des éditoriaux et de distribuer des « kits de ressources pastorales » par courrier, à embaucher des influenceurs sur les réseaux sociaux et à produire des publicités télévisées, ainsi qu’à organiser une tournée pour une exposition itinérante incluant des tentes, des casques de réalité virtuelle et des kiosques conçus pour plonger l’assistance au coeur des récits du conflit entre Israël et le Hamas, dans le cadre d’un programme intitulé « October 7th Experience » (Expérience du 7 octobre).
Cinq personnes sont citées dans les documents comme étant impliquées dans Show Faith, à commencer par son fondateur, Schnitger, inscrit sur LinkedIn comme gérant associé de Graystone Public Affairs, une société de conseil politique et d’organisation communautaire basée à Riverside, en Californie. Schnitger dirige également la section régionale de la Faith & Freedom Coalition, un groupe de défense politique chrétien conservateur.
Sont également mentionnés Melissa Lundie, qui a déclaré avoir récemment effectué du bénévolat pour le Parti républicain du comté de Los Angeles et versé des contributions au Parti républicain de Californie, ainsi que Richard Tuong Do, qui a rapporté avoir versé 350 dollars de cotisation pour assister à la convention du Parti républicain de Californie ce mois-ci.
Par ailleurs, dans ses documents promotionnels, Show Faith by Works évoque l’idée de recruter des célébrités en tant que porte-parole, afin d’amplifier la portée de la campagne. Une diapositive jointe au dossier cite des personnalités parmi lesquelles les acteurs Chris Pratt, Mel Gibson et Mark Wahlberg, le télé-évangéliste Joel Osteen et l’ancien quarterback de la NFL Tim Tebow comme potentiels ambassadeurs susceptibles de faire profiter au message pro-Israël dans les communautés chrétiennes de leur notoriété. On ignore toutefois si des contacts ont été pris avec ces personnalités. Les noms mentionnés dans les documents semblent plutôt constituer des cibles ambitieuses que des partenaires confirmés.
Les diapositives de présentation énoncent une série de points de discussion répartis en deux sections : pro-Israël et « anti-État palestinien ».
Le message pro-Israël vise à sensibiliser directement les pasteurs et les chrétiens à l’importance biblique et historique d’Israël. Les documents insistent sur la présence des Juifs sur le territoire avant 1948, sur la légitimité de l’État et sur son bilan en matière de protection des populations non juives, ainsi que sur les efforts déployés par Israël pour assurer la sécurité des civils et sa « supériorité morale » en temps de guerre. Parmi les autres points abordés figurent les libertés démocratiques d’Israël, son partenariat avec les États-Unis et sa place dans le Nouveau Testament chrétien, suggérant un message de Noël sur le lieu de naissance de Jésus. L’un des points souligne la nécessité de « remettre en question la politique de longue date d’une solution à deux États ».
La partie « anti-palestinienne » du plan dépeint principalement les Palestiniens à travers le prisme du Hamas, affirmant que les Palestiniens sont complices du leadership, du financement et des opérations militaires du Hamas, les accusant d’abriter des terroristes, de cacher des armes dans les écoles et les hôpitaux, et de célébrer le pogrom du 7 octobre. Les documents soulignent en outre qu’il n’y a jamais eu d’État palestinien, que les objectifs du Hamas et de l’Iran sont « génocidaires » plutôt que « axés sur les terres », et que les Palestiniens ont favorisé la violence au détriment des opportunités de modernisation. Les attaques visant des travailleurs humanitaires chrétiens américains à Gaza sont également mentionnées.
Cette nouvelle campagne est la dernière en date d’une série d’enregistrements d’agents étrangers liés au ministère israélien des Affaires étrangères ce mois-ci. Le 18 septembre, Clock Tower X LLC, la société de Parscale, s’est enregistrée en tant qu’agent étranger, s’engageant à réaliser 100 publicités par mois avec 5 000 variantes dans le but de lutter contre l’antisémitisme aux États-Unis. Des documents ont divulgué des projets visant à déployer des outils d’optimisation des moteurs de recherche basés sur l’IA, ainsi qu’à façonner les résultats des chatbots basés sur GPT.
Quelques jours plus tard, une société nouvellement enregistrée du nom de Bridges Partners a révélé avoir été engagée pour diriger l’Esther Project, nom de code d’une campagne visant à recruter cinq à six influenceurs et personnalités des réseaux sociaux, chacune étant chargée de publier chaque mois des dizaines de contenus sur Instagram et TikTok. Les deux sociétés ont également été engagées par l’intermédiaire de Havas, le géant de la communication semblant servir de plaque tournante pour les dépenses du ministère aux États-Unis.
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