La censure autorise la révélation de négociations directes Israël-Hamas sur les otages
Menés par Ronen Bar avec l’aval de Netanyahu, les pourparlers ont duré jusqu’en 2025 ; leur révélation intervient après celle de contacts secrets avec le Hamas en 2014
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La censure militaire a autorisé jeudi la publication d’un reportage télévisé israélien jusque-là censuré, révélant que Ronen Bar, alors chef du Shin Bet, avait directement négocié avec des dirigeants du Hamas en exil en vue de la libération des otages. Ces contacts, établis à la suite du pogrom perpétré par le groupe terroriste le 7 octobre 2023, se sont poursuivis jusqu’en février 2025, lorsque le Premier ministre Benjamin Netanyahu a écarté Bar de la direction de l’équipe de négociation israélienne.
Jusque-là, seule l’existence de pourparlers indirects entre l’équipe de négociation israélienne et le Hamas, menés par l’intermédiaire des États-Unis, de l’Égypte et du Qatar, était connue du public.
Selon la chaîne N12, ces contacts directs avaient reçu l’aval de Netanyahu, du cabinet de guerre et du cabinet de sécurité. Bar aurait expliqué, lors de discussions à huis clos, que l’expérience avait montré que des échanges directs étaient plus efficaces que des négociations menées par l’intermédiaire de médiateurs. Il aurait donc été stupéfait de voir Netanyahu l’écarter de l’équipe de négociation.
« C’est un mensonge éhonté. Le Premier ministre a refusé de mener des négociations avec le Hamas. Celles-ci ont été menées exclusivement par l’intermédiaire de médiateurs », a déclaré le bureau de Netanyahu en réaction au reportage.
N12 a indiqué avoir eu connaissance de ces pourparlers dès avril 2025, précisant toutefois que la censure militaire lui avait interdit d’en faire état. Jeudi, celle-ci a toutefois repris contact avec la chaîne pour l’inviter à soumettre de nouveau le reportage à son approbation, avant d’en autoriser la publication.
Bar a démissionné du Shin Bet en juin 2025. Le Conseil des ministres avait voté son limogeage en mars de la même année, mais cette décision avait été suspendue par la Haute Cour.
N12 a laissé entendre que la levée de la censure pouvait être liée à un autre reportage publié jeudi, faisant état de contacts secrets que Netanyahu aurait entretenus avec le Hamas en 2014 par l’intermédiaire de son émissaire Shlomi Fogel. La chaîne a dit ignorer si la censure militaire avait pris l’initiative de la contacter ou si elle avait reçu l’ordre de le faire, suggérant que cette décision pouvait émaner du Premier ministre.
« Quelqu’un essaie de nous faire comprendre ici que s’il était acceptable, après le 7-Octobre, après les massacres meurtriers, les viols de nos femmes et l’invasion de nos communautés par le Hamas, d’entretenir des contacts directs avec lui – ce que Ronen Bar a fait –, alors quel était le problème si Shlomi Fogel, l’homme de Netanyahu, entretenait des contacts [avec le Hamas] avant le 7-Octobre ? Voilà le message qu’on cherche à faire passer. »
Mais la différence, a fait valoir N12, c’est que Bar était un responsable dûment habilité des services de sécurité, alors que Fogel était un homme d’affaires privé.
Netanyahu et Fogel ont tous deux démenti les informations publiées précédemment par le site Walla, selon lesquelles ils auraient mené des négociations secrètes avec le Hamas en 2014.
N12 a toutefois révélé de nouveaux éléments sur ces contacts présumés, à l’origine d’une tempête politique.
Selon le reportage, de hauts responsables israéliens de la sécurité ont interrogé Netanyahu à deux reprises sur l’existence de ce canal secret. À chaque fois, le Premier ministre a affirmé n’en avoir aucune connaissance.
La chaîne a indiqué que les services de sécurité israéliens avaient découvert, alors que les faits se déroulaient, que Fogel, un proche du Premier ministre, menait des pourparlers avec Ghazi Hamad, haut responsable du Hamas à Gaza, afin de parvenir à un cessez-le-feu pendant l’opération « Bordure protectrice », à l’été 2014. Dans le même temps, trois généraux et le chef du Shin Bet se trouvaient au Caire pour mener, au nom du Premier ministre, les négociations officielles sur un cessez-le-feu.
Selon le reportage initial de Walla, l’équipe israélienne dépêchée au Caire ignorait l’existence de ces pourparlers secrets, dans le cadre desquels Fogel transmettait des messages rédigés par Yossi Cohen, alors chef du Conseil de sécurité nationale.
De hauts responsables de la sécurité ont alors interrogé Netanyahu sur les activités de Fogel. Le Premier ministre a reconnu qu’il connaissait l’homme d’affaires, mais a affirmé ignorer l’existence de ces discussions et nié l’avoir envoyé rencontrer le Hamas, a rapporté N12. Il a demandé aux responsables de la sécurité de convoquer Fogel et de lui ordonner de mettre fin à ces contacts.
Fogel a effectivement été convoqué et a affirmé qu’il « agissait avec l’autorisation et la permission » nécessaires, selon N12. Les responsables de la sécurité lui ont alors signifié qu’avec l’accord du Premier ministre, ils lui ordonnaient de mettre un terme à ses activités.
Mais Fogel a poursuivi ses démarches. Quelques jours plus tard, des renseignements ont révélé que ses discussions avec le Hamas se poursuivaient. Les responsables de la sécurité sont donc retournés voir Netanyahu qui, selon le reportage, a une nouvelle fois affirmé tout ignorer des pourparlers menés par Fogel.
Netanyahu a alors téléphoné à Cohen, qui allait par la suite prendre la tête du Mossad, et lui a demandé d’ordonner à Fogel de mettre fin à ses activités, poursuit le reportage. Eyal Zamir, alors secrétaire militaire de Netanyahu et aujourd’hui chef d’état-major de Tsahal, se trouvait dans la pièce, précise N12.
Fogel a néanmoins poursuivi ses activités et a été convoqué une nouvelle fois, cette fois pour être averti qu’il enfreignait la loi. Il a alors présenté « des dizaines de pages » de documents, « contenant tous les comptes rendus de ses rencontres […] ainsi que tous les messages qu’on lui avait demandé de transmettre à Ghazi Hamad », indique le reportage télévisé.
Selon N12, les responsables de la sécurité ont alors compris qu’ils avaient affaire au modus operandi de Netanyahu. La chaîne a établi un parallèle avec un précédent remontant à 1998, lors du premier mandat de Netanyahu comme Premier ministre : celui-ci avait choisi Ronald Lauder, milliardaire, philanthrope et dirigeant du Congrès juif mondial, comme émissaire personnel secret pour négocier avec le président syrien Hafez al-Assad au sujet du plateau du Golan.
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