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La couverture du conflit Israël-Hamas par « Le Monde » au cœur d’une étude de l’Université de Tel Aviv

Les auteurs ont cherché à montrer que le journal avait construit un ethos d’objectivité, avec une neutralité affichée, mais que cet idéal semblait souvent contredit par des procédés discursifs

La Une du journal "Le Monde" du 13 octobre 2023.
La Une du journal "Le Monde" du 13 octobre 2023.

Lors d’une récente conférence organisée par le groupe de recherche ADARR (Argumentation, Rhétorique et Analyse du Discours) de l’Université de Tel Aviv, le Dr. Raphaël Haddad, directeur de l’agence de communication Mots-Clés, et la doctorante Laetitia Gern ont présenté les résultats d’une nouvelle étude consacrée au traitement du conflit Israël/Hamas par le journal Le Monde, et en particulier par son responsable Moyen-Orient, Benjamin Barthe.

« Depuis sa fondation en 1944 par Hubert Beuve-Méry, Le Monde se présente lui-même comme un journal de référence et prône une démarche critique et une indépendance éditoriale », explique Laetitia Gern. « Cependant, il crée régulièrement chez le lecteur un malaise se manifestant par un questionnement régulier de l’impartialité du journal, bien que le groupe ait signé en 2010 une charte d’éthique et de déontologie, obligeant les journalistes à respecter la vérité, défendre la liberté de l’information, du commentaire et de la critique et de publier seulement les informations dont l’origine est connue. Dans le cas du conflit israélo-palestinien, Le Monde s’est régulièrement vu reprocher un manque d’impartialité, accusé tantôt d’être pro-israélien, tantôt pro-palestinien. »

Au sujet de ces affirmations, notamment sur le qualificatif de « journal de référence », Gilles van Kote, directeur délégué aux relations avec les lecteurs, écrivait en juin 2025, dans un tchat public : « Quant à ‘la référence’, nous ne nous prévalons pas de l’être. Nous nous contentons d’essayer de faire notre métier, qui est d’informer nos lecteurs et lectrices, du mieux possible. » « La neutralité est un terme que nous ne revendiquons pas, car elle est tout simplement impossible », exprimait-il également. Au sujet de l’actualité traitée, il écrivait : « Nous racontons le plus précisément possible les événements dramatiques qui se déroulent à Gaza – malgré l’impossibilité faite aux journalistes de se rendre sur place – et avons condamné à de nombreuses reprises la politique du gouvernement israélien, tout comme nous avons condamné l’attaque terroriste du 7 octobre 2023. »

La recherche de l’Université de Tel Aviv, couvrant la période d’octobre 2023 à avril 2025, porte sur près de 200 articles, une centaine de publications sur X du journal, ainsi que l’ensemble des textes signés par Benjamin Barthe, a rapporté l’Association française de l’Université de Tel Aviv. L’étude veut ainsi répondre à un constat que ses auteurs présentent comme partagé, sans le prouver, au sein de la communauté juive française : un sentiment de parti-pris récurrents dans la couverture du conflit par le quotidien.

Les auteurs cherchent à montrer que Le Monde a construit un ethos d’objectivité, avec une neutralité affichée, une séparation entre faits et opinions, un réseau de correspondants étendu, mais que cet idéal semblait contredit par différents procédés discursifs.

Laetitia Gern souligne notamment que, dès les jours suivant les massacres du 7-Octobre, certains choix éditoriaux participent d’un cadrage problématique, avec, selon elle : des articles se focalisant sur les motivations du Hamas plutôt que sur la nature des attaques ; une lexicalisation euphémisante (« militants » pour désigner les auteurs du 7-Octobre) ; une mise en avant récurrente de la souffrance gazaouie sans contextualisation claire ; et un usage fréquent de sources institutionnelles du Hamas, comme le ministère de la Santé de Gaza, dont les chiffres sont relayés sans distinction entre combattants et civils – des chiffres repris par la quasi-intégralité de la presse, parfois avec ou sans phrase de mise en garde sur l’origine non-indépendante de ces données.

L’étude relève également une tendance à présenter les terroristes palestiniens du Hamas comme une « faction » palestinienne, comme le font l’Agence France-Presse ou la BBC, à interdire ou minimiser le qualificatif « terroriste » et à opérer des parallèles ou symétries qui peuvent atténuer la spécificité des objectifs et méthodes du Hamas.

Les chercheurs déplorent que ce cadrage contribue à une forme de délégitimation morale d’Israël, notamment lorsque les actions israéliennes sont rapportées en termes de « vengeance », sans évoquer la diversité des débats internes israéliens ou la polarisation de son opinion publique.

Pour Raphaël Haddad, Le Monde adopterait ainsi une « posture stratège » : une réflexion affichée sur ses propres pratiques journalistiques qui lui permet de maintenir sa position tout en répondant aux critiques de partialité.

Le Monde a par ailleurs publié de nombreux articles produits côté israélien, notamment sur les victimes israéliennes du 7-Octobre, qui peuvent présenter les souffrances et les fractures au sein de la société israélienne dans le contexte de cette guerre. Alors que le cas de Benjamin Barthe est souvent évoqué par les opposants pro-Israël du journal, certains textes semblent rejeter un biais anti-Israël présumé du journal, notamment récemment avec cette chronique de Michel Guerrin, rédacteur en chef au Monde : « Jusqu’où va aller cette folie qui consiste à imaginer qu’en effaçant l’Orchestre philharmonique d’Israël, on va résoudre un problème ? »

Ces derniers jours, dans la même ligne, le journal a aussi rejeté une tribune du sociologue franco-palestinien Sari Hanafi car « les termes utilisés ne conviennent pas à notre publication. Parler par exemple de ‘résistance armée’ en référence aux actions du Hamas ne correspond pas à notre manière d’aborder les choses. Cela laisse penser que nos perspectives respectives sont trop éloignées pour être réconciliées. »

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