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La FIDF affirme être le seul groupe autorisé à collecter des fonds pour Tsahal aux US

La FIDF affirme être le seul groupe caritatif US autorisé à collecter des fonds pour les soldats israéliens, des dires non confirmés par l'armée ; d'autres bénéficient de leur propre soutien officiel

Le producteur musical David Foster, à gauche, et le dirigeant du monde du divertissement Haim Saban s'expriment sur scène lors du gala des Amis des Forces de défense israéliennes de la région Ouest, organisé à l'hôtel Beverly Hilton de Beverly Hills, en Californie, le 1er novembre 2018. (Crédit : Shahar Azran/Getty Images via JTA)
Le producteur musical David Foster, à gauche, et le dirigeant du monde du divertissement Haim Saban s'expriment sur scène lors du gala des Amis des Forces de défense israéliennes de la région Ouest, organisé à l'hôtel Beverly Hilton de Beverly Hills, en Californie, le 1er novembre 2018. (Crédit : Shahar Azran/Getty Images via JTA)

JTA — Après avoir traversé le mois dernier une crise ayant conduit à la démission de ses dirigeants, l’organisation Friends of the Israel Defense Forces a entrepris de rétablir sa réputation.

S’adressant pour la première fois à ses soutiens, le nouveau président du groupe, le général israélien à la retraite Nadav Padan, s’est engagé à tourner la page et à se consacrer davantage à l’avenir, invoquant également l’un des arguments les plus anciens et les plus convaincants de l’organisation : la FIDF est l’unique organisme officiellement autorisé par Tsahal à collecter des dons au nom de ses soldats aux États-Unis.

Quelques jours plus tard, la FIDF a publié une lettre de remerciement émanant du chef d’état-major de l’armée israélienne, soulignant son statut particulier. Une lettre porteuse d’un message fort, dans un contexte très chargé, d’autant plus que, depuis le déclenchement de la guerre en cours à Gaza, les donateurs américains ont été à de très nombreuses reprises appelés à soutenir les soldats israéliens, qu’il s’agisse de campagnes de financement participatif locales ou de galas à plusieurs millions de dollars.

Depuis 2017, cette exclusivité revendiquée a permis à la FIDF de collecter environ un milliard de dollars. À une période où de multiples organisations se disputent le bénéfice des dons américains au nom des soldats israéliens, cette légitimité lui confère un avantage marketing considérable.

Mais lorsque la Jewish Telegraphic Agency a demandé au porte-parole de l’armée israélienne de confirmer cette affirmation de la FIDF, l’armée n’a pas souhaité apporter de réponse, suggérant l’existence d’une réalité plus complexe que ne le prétend le groupe.

L’armée a préféré transmettre ces questions à l’Association for Israel’s Soldiers, son partenaire caritatif officiel en Israël. Mais le groupe n’a pas répondu aux interrogations de la JTA.

Une autre organisation caritative, l’American Friends of LIBI, affirme disposer d’une autorisation équivalente à celle de la FIDF. Le terme LIBI renvoie à l’une des trois organisations caritatives israéliennes ayant fusionné en 2016 pour former l’Association for Israel’s Soldiers. « Il s’agit purement de marketing. Nous sommes tous deux agréés. Ils déforment la situation », a indiqué le vice-président du groupe, Shimshon Erenfeld, à la JTA.

De gauche à droite : Nadav Padan, directeur national de la FIDF, Morey Levovitz, président de la FIDF, le professeur Yitshak Kreiss, directeur général du centre hospitalier de Sheba, et Itamar Graff, du ministère de la Défense, lors de la cérémonie annonçant un important don de la FIDF à Sheba pour augmenter de 50 % ses capacités en matière de soins de santé mentale, y compris dans les centres de Beit HaLochem, le 1er février 2024. (Crédit : Hôpital Sheba)

La FIDF, contactée par la JTA, a reconnu le statut de l’American Friends of LIBI, affirmant fonder sa revendication d’exclusivité sur un certificat délivré par l’armée israélienne en 2019. « Nous vous remercions de nous avoir informés du statut de l’American Friends of LIBI (LIBI USA). Nous saluons les efforts qu’ils déploient pour prendre soin des soldats de l’armée israélienne, et nous leur souhaitons de continuer sur la voie du succès », a indiqué un porte-parole dans un e-mail, au mois de juillet.

Pour les donateurs, la situation est encore plus confuse. En effet, outre la FIDF et la LIBI, des dizaines d’autres groupes apportent une aide significative aux soldats israéliens.

Adi Vaxman, directrice du groupe américain Operation Israel, créé peu après le début de l’actuelle guerre à Gaza, témoigne des conséquences de la tentative de monopolisation des collectes de fonds par la FIDF.

« Quand on fait des promesses d’exclusivité aux donateurs, ou quand on leur envoie des messages trompeurs concernant l’aide en temps de guerre, ils hésitent », a-t-elle indiqué. « Ils pensent que des organisations comme la nôtre ne sont pas reconnues, pas autorisées, ou dénuées d’efficacité. Alors qu’en réalité, nous sommes souvent les premiers à intervenir, et en mesure d’avoir un impact beaucoup plus important sur le terrain. »

Le major général Nadav Padan (à gauche), nouveau PDG de l’association Friends of the IDF, guide John Bolton, conseiller américain à la sécurité nationale, et Benjamin Netanyahu, Premier ministre israélien, lors d’un vol en hélicoptère militaire israélien au-dessus de la vallée du Jourdain, le 23 juin 2019. (Crédit : Abir Sultan/AFP via Getty Images via JTA)

Pour illustrer ses propos, Vaxman cite un exemple tiré du récent conflit entre Israël et l’Iran. Un commandant israélien avait alors demandé des sacs de couchage et des équipements de base pour des soldats logés dans une école vide.

« La FIDF lui avait annoncé un délai de traitement de 30 à 90 jours », a ajouté Vaxman. « Nous avons répondu à sa demande en moins de 24 heures. »

Pour les donateurs qui recherchent l’assurance d’une organisation validée par Israël, la FIDF n’est pas unique. Plusieurs autres institutions semblent également bénéficier d’une approbation officielle.

L’Association for Israel’s Soldiers, par exemple, sollicite directement des dons aux États-Unis via des plateformes de financement participatif en ligne comme Jgive et IsraelGives. La très grande majorité des organisations caritatives israéliennes dédiées aux soldats – qu’il s’agisse de soutien aux soldats seuls ou d’aide à la prise en charge du syndrome de stress post-traumatique lié au combat – reçoivent des dons américains exonérés d’impôt et acheminés par des corps intermédiaires basés aux États-Unis, notamment le PEF Israel Endowment Funds, le Jewish Communal Fund et le Central Fund of Israel.

Par ailleurs, différentes unités de l’armée israélienne disposent de leurs propres branches américaines chargées de la collecte de fonds. Il s’agit par exemple des American Friends of Unit 669, des American Friends of Israel Navy SEALs et des Friends of Duvdevan.

Le secteur a connu une croissance exponentielle depuis le déclenchement de la guerre à Gaza. La mobilisation de centaines de milliers de soldats de réserve a rapidement mis en évidence l’ampleur du défi logistique. Les casques, bottes et autres équipements de base disponibles ne suffisaient pas à équiper tout le monde, notamment les combattants en partance pour le front.

Aux États-Unis, des bénévoles ont emballé des milliers de paires de bottes certifiées de qualité militaire afin de les expédier et de les donner aux soldats israéliens pendant la guerre en cours contre le Hamas. (Crédit : Autorisation)

Face à cette situation, les soldats se sont tournés en masse vers les réseaux sociaux, pour solliciter directement des dons. Les civils israéliens et les Juifs de la diaspora ont répondu à leur appel, collectant et expédiant des centaines de millions de dollars de matériel au cours des mois suivants. Une grande partie de cet effort a été réalisée en coordination avec les soldats et leurs commandants, contournant à la fois la FIDF — qui, par principe, ne fournit pas d’équipement de combat — et le commandement central de Tsahal, qui a publiquement démenti l’existence de toute pénurie et menacé de sanctionner tous ceux qui accepteraient des dons.

Ensuite, des dizaines d’organisations caritatives américaines, nouvellement créées ou déjà existantes, exonérées d’impôt, se sont positionnées pour collecter des dons, acheter du matériel et le distribuer aux soldats israéliens. Une vague qui a créé un environnement trouble, dans lequel les donateurs étaient dépourvus de tout moyen de faire la distinction entre aide légitime et stratagèmes opportunistes. Les collecteurs de fonds, soucieux de renforcer leur crédibilité, se sont mis à diffuser des témoignages vidéo de soldats et même des lettres écrites sur un papier à en-tête officiel de brigades et de bataillons.

L’une des plus importantes est Israel Gives. Son site Internet affiche les approbations du ministre israélien des Affaires étrangères et d’un haut responsable du ministère de la Défense, signe d’un soutien politique que peu d’autres peuvent revendiquer.

Aucun groupe ne prétend toutefois détenir l’exclusivité, à l’exception de la FIDF. Pour les donateurs dénués d’expérience du milieu des organisations à but non lucratif en Israël, le label « seul organisme officiel » est une garantie d’utilisation efficace de leurs contributions, avec le soutien explicite de l’armée.

Cette dynamique, selon laquelle une affirmation forte est en mesure d’influencer la perception des donateurs, est bien connue de Laurie Styron, directrice exécutive de l’organisme de surveillance à but non lucratif CharityWatch.

« Nous constatons régulièrement, chez CharityWatch, que les organisations caritatives utilisent des arguments marketing dans lesquels elles manipulent les faits », a-t-elle expliqué, évoquant le secteur en général, et non le discours autour du soutien à l’armée israélienne en particulier. « Certains organismes caritatifs mentent ouvertement. D’autres se contentent de définir les mots qu’ils emploient de manière extrêmement restrictive, ou très large, afin de ne pas ‘techniquement’ mentir. Ils sont conscients du fait que la plupart des donateurs en déduiront ce que l’organisation leur aura suggéré, en fonction de la manière dont elle leur aura présenté un fait particulier. »

Selon Styron, le marketing trompeur ou exagéré est rarement sanctionné, même s’il exerce une influence réelle sur le comportement des donateurs. « Une organisation caritative doit vraiment en faire beaucoup pour que ces allégations marketing lui causent des problèmes juridiques », a-t-elle souligné, ajoutant que les régulateurs manquent souvent de ressources pour mener des enquêtes, sauf si le préjudice causé aux donateurs est important et manifeste. C’est pourquoi, a-t-elle poursuivi, les donateurs doivent faire preuve de prudence lorsqu’ils prennent au pied de la lettre les discours promotionnels des organisations caritatives.

Face à la multiplication des campagnes locales de collecte de fonds en faveur des soldats israéliens, la FIDF a décidé de mettre en garde les donateurs contre ce qu’elle décrit comme des initiatives « non autorisées ». Ses dirigeants ont exhorté leurs soutiens à n’accorder de dons que par le biais de canaux établis et officiellement agréés – une position qui, selon les critiques, discrédite et sape de manière injuste les initiatives lancées par des bénévoles.

Illustration : Des piles de gilets militaires et de cordons de tzitzit sont visibles dans le hall d’une école à Jérusalem, où les membres de la communauté préparent des tsitsit pour les soldats de l’armée israélienne au front, le 19 octobre 2023. (Crédit : Shira Silkoff)

« C’est non seulement trompeur, mais en plus cela nuit activement à l’écosystème local, qui joue un rôle essentiel dans la défense d’Israël depuis le 7 octobre », a confié Vaxman. « En réalité, des dizaines d’associations locales, dont la nôtre, travaillent en étroite collaboration avec les commandants de Tsahal, les responsables logistiques et les unités spéciales afin de répondre aux besoins urgents en temps de guerre, des besoins que les canaux officiels ne sont pas en mesure de satisfaire assez rapidement. »

Et d’ajouter : « Suggérer qu’une seule organisation est ‘autorisée’ tout en ignorant les besoins réels et les solutions sur le terrain est irresponsable et méprisant envers le formidable travail accompli par les bénévoles israéliens et ceux de la diaspora. »

Malgré les critiques et l’intense concurrence, la FIDF reste le géant incontournable de la philanthropie militaire liée à Israël. Selon sa dernière déclaration fiscale auprès de l’IRS, en 2023, elle a déclaré environ 282 millions de dollars de revenus et 336 millions de dollars d’actifs, ce qui la place parmi les plus importantes organisations caritatives juives des États-Unis.

Mais en juillet, lorsque Ynet a révélé le contenu d’une enquête interne faisant état de malversations financières, de népotisme et d’une culture d’entreprise toxique, la réputation du groupe a été ébranlée. Selon l’enquête, le président du conseil d’administration, Morey Levovitz, avait écarté l’ancien PDG Steve Weil, attribué des contrats sans appel d’offres à des associés et déclaré : « Je suis celui qui dirige le spectacle. »

Des révélations qui ont bouleversé les donateurs de la FIDF. Certaines sections régionales auraient gelé leurs contributions. Le personnel aurait averti en privé d’un potentiel exode des donateurs. En l’espace de deux semaines, Levovitz et Weil ont tous deux remis leur démission. La FIDF n’a pas tardé à nommer une nouvelle direction, attribuant à Nily Falic, donatrice de longue date, le poste de présidente nationale et à Padan, le poste de directeur général. L’organisation a par ailleurs engagé des spécialistes en communication de crise afin de rassurer les donateurs.

Annonçant le début de son mandat, Padan a écrit : « Je réaffirme notre partenariat exclusif avec l’armée israélienne. La FIDF reste la seule et unique organisation officielle aux États-Unis autorisée à collecter des dons caritatifs pour les soldats israéliens. »

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