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La « Fondation humanitaire de Gaza » veut commencer ses opérations d’ici juin, le temps qu’Israël « lève le blocus »

La nouvelle ONG affirme qu'Israël établira davantage de sites de distribution dans l'ensemble de l'enclave, alors qu'il n'avait initialement accepté que quatre sites dans le sud ; les États-Unis s'efforcent toujours d'obtenir le soutien essentiel d'autres ONG

Jacob Magid est le correspondant du Times of Israël aux États-Unis, basé à New York.

Des Palestiniens attendant la distribution de vivres dans un centre d'aide humanitaire à Beit Lahiya, dans le nord de la bande de Gaza, le 16 mars 2025. (Crédit : Abdel Kareem Hana/AP)
Des Palestiniens attendant la distribution de vivres dans un centre d'aide humanitaire à Beit Lahiya, dans le nord de la bande de Gaza, le 16 mars 2025. (Crédit : Abdel Kareem Hana/AP)

Une ONG, créée et soutenue par les Etats-Unis, la Fondation humanitaire de Gaza (GHF), a annoncé mercredi qu’elle entendait commencer à distribuer de l’aide dans la bande de Gaza d’ici la fin du mois de mai et qu’Israël lèverait son blocus, qui dure depuis plus de deux mois dans l’intervalle.

Les autorités israéliennes n’ont pas confirmé cette dernière annonce faite par la Fondation humanitaire de Gaza (GHF), mais un responsable israélien a déclaré au Times of Israel qu’une annonce serait faite dans les prochains jours.

La GHF est une organisation créée au début de l’année en étroite coordination avec Israël pour superviser la distribution de l’aide humanitaire à Gaza d’une manière qui empêche son détournement par le Hamas, dans un contexte de méfiance croissante entre Jérusalem et les groupes d’aide soutenus par l’ONU qui opéraient jusqu’à présent dans la bande de Gaza.

La GHF est soutenue par l’administration Trump, mais son déploiement a été difficile, de nombreuses organisations internationales ayant refusé de coopérer en raison des conditions strictes qu’Israël impose à ses opérations.

Parmi ces restrictions figure la limitation des sites de distribution de l’aide à quatre seulement, tous situés dans le sud de la bande de Gaza. La GHF elle-même a reconnu dans un mémo publié au début du mois que cela ne suffirait qu’à nourrir au mieux 60 % de la population de Gaza.

En conséquence, la GHF a déclaré dans son communiqué inaugural de mercredi qu’elle avait demandé et obtenu l’approbation d’Israël pour l’établissement de « sites de distribution sûrs » (SDS) supplémentaires dans l’ensemble de la bande de Gaza. Le communiqué ne précise pas combien de SDS Israël a accepté de construire. La semaine dernière, un seul SDS était en cours de construction par l’armée israélienne.

Les Palestiniens évacuent après que l’armée israélienne a donné l’ordre d’évacuer plusieurs écoles et un hôpital dans le quartier de Rimal à Gaza-City, le 14 mai 2025. (Crédit : AP Photo/Jehad Alshrafi)

La GHF a déclaré qu’elle lancerait ses opérations d’ici la fin du mois de mai, mais a reconnu qu’il faudrait du temps avant qu’elle ne soit pleinement opérationnelle.

La Fondation assure, en outre, qu’à sa demande Israël « a accepté d’augmenter le nombre de points de distribution pour desservir l’ensemble de la population de Gaza, et de trouver des solutions pour la distribution de l’aide aux civils qui ne sont pas en mesure d’atteindre un point de distribution ».

Elle prévoit la distribution de près de 300 millions de repas pour une période initiale de 90 jours.

La GHF a indiqué qu’elle avait obtenu des concessions d’Israël après avoir envoyé au gouvernement israélien une lettre décrivant les conditions de fonctionnement de l’organisation. Cette lettre a été envoyée par Jake Wood, fondateur et ancien directeur général du groupe d’aide aux sinistrés Team Rubicon, qui a accepté de devenir le directeur exécutif de la GHF.

L’ancien sergent des Marines Jake Wood reçoit le prix Pat Tillman pour son service lors de la cérémonie des ESPY Awards au Microsoft Theater, le mercredi 18 juillet 2018, à Los Angeles. (Crédit : Phil McCarten/Invision/AP)

« Nous ne pouvons pas attendre des conditions idéales. Nous avons la responsabilité d’agir et de le faire sans compromettre nos valeurs », a déclaré Wood dans un communiqué.

« Aujourd’hui, nous avons fait un pas de plus dans cette direction. Le modèle neutre, coopératif et sécurisé de la GHF permettra aux ONG et aux groupes humanitaires d’opérer en toute sécurité, en minimisant l’interdiction de l’aide, ce qui aura pour effet de sauver un maximum de vies », a-t-il ajouté.

On ne sait pas encore quelles organisations humanitaires coopéreront avec la GHF. Les organisations humanitaires soutenues par l’ONU qui opèrent actuellement à Gaza ont publié une déclaration commune au début du mois, indiquant qu’elles ne se joindraient pas à l’effort, arguant que les conditions imposées par Israël à la GHF laisseraient les populations vulnérables sans assistance humanitaire.

Les travailleurs humanitaires ont critiqué le plan initial qui prévoyait seulement quatre sites de distribution à Gaza, ainsi que d’autres critères permettant à un représentant de la famille choisi par Israël de venir chercher une boîte d’environ 20 kilos d’aide une fois toutes les deux semaines. Ils ont également fait valoir que l’obligation de transporter la boîte d’aide sur de longues distances exposait encore les bénéficiaires aux pillages du Hamas.

Toutefois, le GHF a déclaré qu’il en était aux « dernières étapes » de l’obtention de suffisamment de nourriture auprès des organisations d’aide déjà présentes à Gaza pour préparer 300 millions de repas au cours des 90 premiers jours de l’opération.

Parallèlement, des représentants de Donald Trump ont rencontré ces derniers jours des représentants d’agences de l’ONU et d’autres organisations d’aide internationale, les pressant de coopérer avec le plan et, dans au moins un cas, menaçant de couper les fonds des groupes qui refuseraient de le faire.

Deux organisations ont accepté de se joindre à l’effort : les sociétés de sécurité américaines UG Solutions et Safe Reach Solutions, qui seront chargées de la logistique et de la sécurité des FDS, de sorte que l’armée israélienne n’aura pas besoin d’être directement impliquée, a déclaré le responsable israélien au Times of Israel, ajoutant que l’armée ne sécurisera que le périmètre d’une zone humanitaire encore en cours de construction où les FDS seront situés.

Israël a bloqué l’entrée de l’aide à Gaza depuis le 2 mars, arguant que suffisamment d’aide était entrée à Gaza pendant un cessez-le-feu de six semaines et que le Hamas détournait l’aide des civils. Néanmoins, l’armée israélienne a prévenu l’échelon politique que la bande de Gaza était au bord de la famine, a déclaré le responsable israélien au Times of Israel.

Dans sa lettre au gouvernement israélien, Wood a tenté de répondre à certaines de ces préoccupations. Il a déclaré que la fondation ne partagerait avec Israël aucune information permettant d’identifier personnellement les bénéficiaires de l’aide.

Les Palestiniens évacuent après que l’armée israélienne a donné l’ordre d’évacuer plusieurs écoles et un hôpital dans le quartier de Rimal à Gaza-City, le 14 mai 2025. (Crédit : AP Photo/Jehad Alshrafi)

« Le GHF insiste sur le fait qu’une réponse humanitaire efficace doit inclure l’ensemble de la population civile de Gaza » et dit avoir demandé à Israël d’identifier et de sécuriser « un nombre suffisant d’emplacements dans le nord de la bande de Gaza capables d’accueillir les opérations du GHF », selon une lettre de son directeur exécutif, Jake Wood, adressée aux autorités israéliennes et que la Fondation rend publique.

« L’accès inadéquat aux zones nord risque d’exclure une partie importante de la population de l’aide vitale et de violer notre obligation de fournir un accès équitable », a-t-il écrit.

L’organisme précise, enfin, que si des déplacements de population sont jugés nécessaires en raison d’opérations militaires, « ils doivent être temporaires, volontaires et uniquement pour des raisons de sécurité ».

Israël prévoit de lancer dès vendredi une opération militaire massive visant à réinvestir et à se maintenir de façon permanente l’ensemble de la bande de Gaza, tout en confinant l’ensemble de la population dans une petite zone humanitaire au sud de la bande qui représente moins d’un quart du territoire de l’enclave.

Des soldats de la Brigade Golani opérant à Rafah, dans le sud de Gaza, sur une photo diffusée le 10 mai 2025. (Crédit : Armée israélienne)

Wood a demandé à Israël de faciliter l’acheminement d’une aide suffisante « en utilisant les modalités existantes » jusqu’à ce que l’infrastructure du GHF soit pleinement opérationnelle, affirmant que cela est essentiel pour « alléger la pression humanitaire actuelle, ainsi que pour diminuer la pression sur les sites de distribution au cours de nos premiers jours d’opération ».

La déclaration de la GHF identifie plusieurs anciens combattants de l’armée américaine, d’anciens coordinateurs humanitaires et des contractants de sécurité qui, selon elle, dirigeraient l’effort de livraison. Toutefois, un mémo du GHF distribué aux pays et organisations donateurs potentiels contenait les noms de plusieurs personnes qui, selon le GHF, siégeraient à son conseil d’administration, alors qu’elles n’avaient jamais accepté de le faire, d’après deux sources au fait de l’affaire.

La déclaration du GHF n’a pas tenu compte de toutes les critiques et des questions sans réponse que la communauté internationale se pose au sujet du groupe, notamment en ce qui concerne le financement des travaux et le degré d’implication des États-Unis, d’Israël ou de tout autre gouvernement ou armée dans le contrôle de l’aide vitale apportée aux civils palestiniens.

Vendredi dernier, l’ambassadeur des Etats-Unis en Israël, Mike Huckabee, avait annoncé cette nouvelle initiative humanitaire dont les contours restent flous disant que « les Israéliens vont être impliqués dans la fourniture de la sécurité militaire nécessaire, car c’est une zone de guerre, mais ils ne participeront ni à la distribution de la nourriture, ni même à son acheminement dans Gaza ».

La sécurité aux points de distribution sera assurée « par des prestataires privés », tandis que l’armée israélienne se chargera de la sécurité « à distance » pour les protéger des combats en cours, a-t-il ajouté.

Le chef de la diplomatie israélienne, Gideon Saar, avait lui affirmé dimanche que son pays soutenait « pleinement » l’initiative de distribution d’aide humanitaire dans la bande de Gaza.

Israël, comme les Etats-Unis, accuse le Hamas de porter l’entière responsabilité de la situation à Gaza et d’avoir détourné l’aide humanitaire, jusqu’alors livrée par des agences de l’ONU ou ONG ayant pignon sur rue.

L’AFP a contribué à cet article.

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