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La guerre à Gaza absente du rapport des Démocrates sur leur défaite de 2024

Bien que le document transmis à CNN soit incomplet, le président du DMFI estime que cette omission confirme que le soutien à Israël reste majoritaire parmi les démocrates

L’ancienne vice-présidente américaine Kamala Harris s’exprime lors d’un meeting de campagne sur la Proposition 50, à Los Angeles, le 1ᵉʳ novembre 2025. (Crédit : Ethan Swope/AP)
L’ancienne vice-présidente américaine Kamala Harris s’exprime lors d’un meeting de campagne sur la Proposition 50, à Los Angeles, le 1ᵉʳ novembre 2025. (Crédit : Ethan Swope/AP)

Ni Gaza ni Israël ne sont mentionnés dans l’autopsie électorale de 190 pages consacrée à la défaite de Kamala Harris lors de l’élection présidentielle de 2024, un document transmis jeudi à CNN par le Comité national démocrate (DNC).

Les critiques du soutien apporté par l’administration Biden à Israël pendant la guerre à Gaza, déclenchée après le pogrom perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas le 7 octobre 2023, affirment depuis des mois que le parti cherchait à dissimuler certaines conclusions internes sur l’élection remportée par Donald Trump. Selon eux, ces analyses auraient montré que la position de Biden sur Israël était devenue profondément impopulaire.

En février, Axios rapportait que plusieurs démocrates ayant participé à la rédaction du document avaient conclu que Harris « avait perdu un soutien significatif en raison de la position de l’administration Biden sur la guerre à Gaza ».

Or, cette analyse n’apparaît nulle part dans la version du rapport publiée jeudi par CNN. Plusieurs passages ont été retirés et des notes indiquent que ni le résumé ni la conclusion n’ont été transmis par les auteurs.

Le document identifie dix « implications stratégiques » pour l’avenir du Parti démocrate. Il souligne notamment que « l’anti-trumpisme a ses limites », que les électeurs masculins « nécessitent un engagement direct » et que les données démographiques ne suffisent pas à prédire les préférences électorales.

CNN indique que le rapport a été rédigé par le stratège démocrate Paul Rivera puis annoté par le DNC. Selon la chaîne, le parti a accepté de publier le document après des questions soulevées par CNN sur son contenu et sa diffusion.

Ken Martin, candidat à la présidence du DNC, s’exprime lors de la réunion d’hiver du Comité national démocrate à National Harbor, dans le Maryland, le 1ᵉʳ février 2025. (Crédit : Rod Lamkey Jr./AP)

Le président du DNC, Ken Martin, a expliqué à CNN que le rapport n’était pas encore prêt à être rendu public, mais qu’il craignait qu’un refus de publication ne crée davantage de polémique qu’une diffusion incomplète.

« Je présente mes sincères excuses », a-t-il déclaré.

« Par souci de transparence totale, je publie le rapport tel que nous l’avons reçu, dans son intégralité, sans modification ni abrègement », a ajouté Martin. « Il ne répond pas à mes standards, et probablement pas aux vôtres non plus, mais je le fais parce que les gens doivent pouvoir avoir confiance dans le Parti démocrate et dans notre parole. »

Halie Soifer, directrice générale du Jewish Democratic Council of America (JDCA), a dit qu’elle s’attendait à voir dans le rapport une analyse concernant Gaza et Israël.

« Dès que le rapport est arrivé dans ma boîte de réception, j’ai immédiatement recherché le mot ‘Gaza’, parce que je pensais qu’une section entière serait consacrée à cette question », a-t-elle déclaré lors d’un entretien. « J’ai été très surprise de constater qu’il n’y avait absolument rien : ni sur Gaza, ni sur Israël, ni sur les électeurs juifs, ni sur les électeurs non juifs. Rien du tout. »

Alors que des rumeurs circulaient depuis plusieurs mois sur le rôle joué par Gaza dans cette autopsie électorale, Soifer affirme qu’un responsable du DNC lui a indiqué qu’il n’y avait « jamais eu » de section dédiée à cette question, « du moins pas dans la version écrite du rapport ».

Par ailleurs, l’Institute for Middle East Understanding (IMEU), une organisation pro-palestinienne à but non lucratif, a appelé Ken Martin à divulguer « les informations que l’auteur de l’autopsie nous a communiquées clairement et sans ambiguïté, à savoir que l’analyse des données par les responsables du DNC a montré que le soutien à Biden a constitué un handicap électoral pour les démocrates en 2024 ».

Rivera aurait rencontré des représentants de l’IMEU et il leur aurait expliqué que la guerre à Gaza avait nui aux démocrates lors de l’élection de 2024, selon un article d’Axios.

Soifer a précisé que le JDCA n’avait jamais été contacté par Rivera et ne l’avait jamais rencontré.

Le président américain de l’époque, Joe Biden (à droite), accueillant le Premier ministre Benjamin Netanyahu après son arrivée à l’aéroport international Ben Gurion, près de Tel Aviv, le 18 octobre 2023. (Crédit : Evan Vucci/AP)

Si Soifer s’est dite surprise par l’absence de toute référence à Gaza ou à Israël dans le rapport, le groupe de pression pro-Israël Democratic Majority for Israel (DMFI) y a vu au contraire la preuve que le soutien à Israël n’a pas pesé négativement sur les chances électorales des démocrates.

« Nous devons tirer les leçons de 2024 afin de réussir en 2026, 2028, et au-delà », a déclaré le président du DMFI, Brian Romick.

« Ce qui est clair, avec ou sans autopsie, c’est qu’une majorité d’Américains, y compris parmi les démocrates, soutiennent les relations entre les États-Unis et Israël, et que ce soutien n’est pas la raison pour laquelle la vice-présidente Harris a perdu l’élection », a-t-il ajouté. Un collaborateur du DMFI a par ailleurs évoqué un sondage réalisé à l’automne dernier qui a montré qu’une majorité de démocrates soutenait les relations entre les États-Unis et Israël.

Un porte-parole de la Coalition juive républicaine a, lui, présenté cet épisode comme un symptôme des divisions internes du Parti démocrate.

« Les démocrates se déchirent en essayant d’apaiser les extrémistes d’extrême gauche de plus en plus influents au sein de leur parti, du Maine à la Pennsylvanie », a écrit Sam Markstein, en référence aux candidats Graham Platner et Chris Rabb.

« C’est une mauvaise stratégie politique et électorale », a-t-il poursuivi. « Le Parti républicain est aujourd’hui le seul endroit où l’on peut être ouvertement juif et pro-Israël en toute sécurité. »

« Les républicains mènent des combats difficiles et les remportent, tandis que les démocrates continuent d’avancer en sifflotant au bord du gouffre politique », a ajouté Markstein.

Harris « acculée »

Le rapport estime également que la Maison Blanche de Biden n’avait ni « positionné ni préparé la vice-présidente » de manière à lui permettre de mener une campagne présidentielle victorieuse.

Ce n’est qu’après l’annonce du retrait de Joe Biden, en juillet, que l’équipe de sondage de la campagne s’est précipitée pour collecter de nouvelles données d’opinion dans trois domaines clés, « l’un sur la biographie et sur le bilan de la vice-présidente, un autre sur sa vision et son programme, et un dernier sur les attaques et les réponses ».

La vice-présidente américaine et candidate démocrate à la présidence Kamala Harris serrant la main de l’ancien président américain et candidat républicain à la présidence Donald Trump lors d’un débat présidentiel, au National Constitution Center, à Philadelphie, en Pennsylvanie, le 10 septembre 2024. (Crédit : Saul Loeb/AFP)

L’équipe a également conclu que Harris se trouvait sans réponse efficace face à un sujet particulièrement sensible : les attaques anti-transgenres de la campagne Trump.

Le rapport souligne notamment que les sondeurs ont estimé que la candidate démocrate a été « acculée » par une publicité républicaine jugée « très efficace », rappelant son soutien passé au financement public d’opérations de transition de genre pour les détenus.

« Kamala est du côté des ‘they/them’, le président Trump est du vôtre », affirmait cette publicité.

Selon le rapport, « si la vice-présidente ne modifiait pas sa position, et elle ne l’a pas fait, alors aucune réponse ne pouvait réellement fonctionner ».

Trump n’a pas été suffisamment attaqué

Depuis la défaite de Harris, les critiques contre sa campagne se multiplient au sein du Parti démocrate. Certains estiment qu’elle a accordé trop d’importance à ses apparitions avec des républicains comme Liz Cheney ; d’autres considèrent qu’elle n’a jamais réussi à imposer un message économique suffisamment fort.

Le rapport arrive toutefois à une conclusion différente : selon ses auteurs, les démocrates n’ont pas suffisamment convaincu les électeurs que Trump était un candidat inacceptable.

« La direction démocrate de 2024 a fait le choix de ne pas mener de campagne publicitaire négative à l’échelle nécessaire », indique le document. « La campagne Trump et les Super PAC qui la soutenaient ont déployé une puissance de feu considérable contre Harris, mais les démocrates n’ont jamais lancé une offensive comparable contre Trump. »

Le rapport ajoute également que « les démocrates ont commis l’erreur de penser que les électeurs étaient déjà conscients des diverses faiblesses de Trump ».

« L’idée selon laquelle les aspects négatifs de Trump étaient déjà ‘intégrés’ dans l’opinion relève d’une grave erreur d’analyse et d’une mauvaise lecture de la réalité politique », poursuit le document.

La direction du DNC semble toutefois avoir accueilli ces conclusions avec scepticisme. Plusieurs annotations ajoutées au rapport mentionnent notamment : « aucune preuve fournie ; contradiction avec d’autres affirmations du rapport » ou encore « aucune source ni élément à l’appui ».

Kamala Harris, alors vice-présidente des États-Unis et candidate démocrate à la présidence, s’exprime lors de la Convention nationale démocrate à Chicago, dans l’Illinois, le 22 août 2024. (Crédit : Morry Gash/AP)

Pour reconquérir les électeurs ruraux : « être présents, écouter, recommencer »

Le rapport critique également les efforts de Harris pour séduire certains segments clés de l’électorat américain et contient plusieurs remarques critiques sur la « politique identitaire ». Les auteurs expriment notamment de fortes inquiétudes concernant le vote latino.

« Les démocrates ne peuvent plus considérer les électeurs latinos, en particulier les jeunes hommes latinos, comme un socle électoral acquis », indique le rapport. « Le parti doit repenser entièrement sa stratégie de mobilisation, au-delà des recettes traditionnelles comme les publicités en espagnol ou les soutiens de dernière minute. »

Le document cite en exemple plusieurs démocrates victorieux dans des scrutins à l’échelle de leur État, en Arizona, au Nevada et en Caroline du Nord, estimant qu’ils ont démontré que « les messages centrés sur l’économie et les préoccupations liées au coût de la vie trouvent davantage d’écho que la politique identitaire ».

L’autopsie électorale met également en lumière les mauvais résultats du parti auprès des électeurs masculins.

« Les électeurs masculins ont besoin d’un engagement direct. L’écart entre les sexes peut être réduit », affirme le rapport. « Il faut déployer davantage de porte-parole masculins, répondre aux préoccupations économiques et ne pas supposer que la politique identitaire suffira à retenir les électeurs masculins issus des minorités. »

Le rapport estime également que Harris n’a pas su répondre à l’érosion du soutien démocrate dans les zones rurales.

« Harris a pratiquement abandonné l’Amérique rurale, en partant du principe que les marges réalisées dans les zones urbaines et suburbaines suffiraient à compenser. Ce calcul ne fonctionne pas », indique le document.

« On ne peut pas perdre les zones rurales par des marges écrasantes et compenser ailleurs lorsque les électeurs ruraux représentent une part importante de l’électorat. Si les démocrates veulent reconquérir le Heartland ou le Sud, ils doivent améliorer leurs performances dans les régions rurales. Il faut être présents, écouter, puis recommencer. »

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