La mère de Yotam Haim affirme que les soldats avaient reçu l’ordre de tirer à vue
Des soldats impliqués dans la mort de trois Israéliens à Gaza en décembre 2023 ont dit à Iris Haim qu'ils avaient ordre de « tirer pour tuer », ce qui a conduit à la mort tragique de son fils
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Lorsque trois otages israéliens ont été tués à Gaza par des tirs de l’armée israélienne, en décembre 2023, l’armée a qualifié les faits de « tragique accident ». Mais dans une récente interview, la mère de l’un des otages a déclaré que les soldats impliqués avaient reçu l’ordre de tirer à vue, ce qui a entraîné la mort de son fils.
C’est sur la Treizième chaine qu’Iris Haim, mère de Yotam, 28 ans — tué aux côtés d’Alon Shamriz, 26 ans, et Samar Talalka, 25 ans, lors de « combats intenses » dans le quartier Shejaiya à Gaza — a fait part des conversations qu’elle a eues avec des soldats impliqués dans l’incident. Elle a été interviewée pour l’émission d’investigation HaMakor (La Source) de la Treizième chaine, qui a diffusé jeudi un documentaire d’une heure, « La vérité sur la fusillade des otages ».
« J’ai entendu ça de la part de chacun des soldats qui m’a parlé… Ils avaient reçu un ordre sans équivoque : Tout ce que vous voyez — vous n’hésitez pas, même s’il s’agit de civils — vous tirez dessus pour tuer », a-t-elle déclaré à la chaîne de télévision.
Selon l’un de ces soldats, c’est Talalka, un otage arabe originaire de la ville bédouine de Hura, qui aurait mené les trois hommes près des soldats israéliens.
« Quand on voit un visage arabe à Gaza, la première chose à laquelle on pense, c’est qu’il s’agit de terroristes du Hamas sur le point de mener une attaque », a déclaré le soldat dans un enregistrement publié par le média.
Les soldats ont alors ouvert le feu sur les trois hommes, alors qu’ils étaient torse nu et que l’un d’eux agitait un drapeau blanc de fortune.
Haim a rapporté une conversation avec un autre soldat, au cours de laquelle il lui a dit avoir tiré sur Yotam après que Talalka et Shamriz eurent déjà été tués par ses camarades, avant que son arme ne s’enraye. Suite à quoi un autre soldat a tiré sur son fils, le tuant cette fois.
Le soldat qui a parlé avec Haim lui a dit qu’il souffrait de troubles de stress post-traumatique sévères suite à l’incident.
Selon un officier du Corps blindé, présent sur les lieux de la fusillade, la balle qui a tué Yotam a été tirée après que le commandant du bataillon de la brigade Golani, responsable de la mort des otages, eut donné l’ordre d’arrêter le feu.
Selon un autre officier présent, chargé de transmettre les ordres du commandant du bataillon aux soldats de la région, l’ordre d’arrêter les tirs n’est pas parvenu jusqu’au soldat qui a tué Yotam, car ses camarades et lui-même se trouvaient dans une pièce fermée et portaient des bouchons d’oreilles, à cause des tirs.
Selon la version de cet officier, le commandant du bataillon a ordonné l’arrêt du feu après avoir réalisé que les trois hommes pouvaient être des otages, et a dit à Yotam, touché au bras, de s’approcher des soldats. Cependant, a indiqué l’officier, l’ordre n’était pas parvenu à tous les soldats de la zone avant que Yotam ne soit sommé de se manifester.
« Tout s’est passé en l’espace de quelques secondes », a confié l’officier à Haim.
Un officier de réserve du bataillon Golani a déclaré à Haim que « les instructions données aux soldats étaient très claires », précisant que les soldats devaient tirer « même si c’était un vieillard », car « un vieillard sait se faire exploser avec une bombe ».
Lorsque le protocole a soulevé des inquiétudes au sein de l’armée israélienne, l’officier a affirmé que le commandement militaire avait déclaré : « La situation est telle qu’on ne peut pas faire la différence » entre les terroristes et les otages.
Immédiatement après l’incident, une enquête de l’armée israélienne a révélé que cinq jours avant la mort des trois otages, des soldats de l’unité de reconnaissance de la brigade Golani opérant à Shejaiya avaient perquisitionné plusieurs bâtiments pour tenter de retrouver des hommes armés et des armes du Hamas. Dans un bâtiment que les troupes avaient fouillé, un chien de l’unité canine Oketz avait été envoyé, après quoi une fusillade avait éclaté entre des agents du Hamas et des soldats Golani.
Lors de ces combats, les commandants de Golani auraient entendu des cris en hébreu disant « À l’aide » et « Otages » depuis le bâtiment. Les soldats auraient signalé ces cris, que les commandants de Tsahal auraient interprétés comme des tentatives du Hamas de les attirer dans une embuscade.
Selon des enregistrements de hauts gradés de l’armée israélienne publiés par la Treizième chaine, l’armée avait déjà été confrontée à des incidents similaires, par le passé, avec des agents du Hamas tentant d’attirer des soldats dans des bâtiments piégés en se faisant passer pour des otages appelant à l’aide.
Au lieu d’enquêter plus avant, l’armée israélienne a ordonné à un hélicoptère d’attaque et à des chars de bombarder le bâtiment. Lors de ces frappes, cinq agents du Hamas au moins auraient été tués, mais les otages auraient manifestement survécu, cachés sous un escalier, a rapporté la chaîne.
Ce n’est que le 18 décembre, lorsque les soldats ont scanné le bâtiment où avait eu lieu la fusillade et retrouvé la caméra du chien de l’unité Oketz, que l’armée a découvert qu’elle avait enregistré les appels à l’aide des trois otages. Les trois hommes ne sont pas visibles dans la vidéo.
Tentant d’expliquer la raison pour laquelle l’armée n’a pas examiné plus tôt les images de ces caméras, l’officier du renseignement de l’armée israélienne, le brigadier-général Gur Amibar, a déclaré dans un enregistrement diffusé par la Treizième chaine : « Je savais déjà qu’il y avait des terroristes dans la pièce. Il n’y avait donc pas besoin de regarder [les images] en temps réel. »
S’adressant à Amibar lors d’une conversation enregistrée, Haim a posé la question de la manière dont les soldats opérant à Gaza étaient supposés identifier les otages sans leur photo.
« Le gouvernement israélien a dit que le plus important était de ramener les otages », a-t-elle déclaré. « Or, les soldats n’avait pas de photo des otages. Comment auraient-ils pu savoir ce qu’ils cherchaient ? » Ce à quoi Amibar répond : « Ce que vous dites est vrai. »
Haim avait jusque-là défendu l’appareil sécuritaire israélien et les soldats impliqués dans l’incident, déclarant à la Treizième chaine, 12 jours après la mort de son fils : « Je n’ai pas été en colère contre l’armée israélienne, pas même une minute. »
Après avoir appris que les soldats impliqués dans l’incident avaient du mal à surmonter ce qui s’était passé, elle avait enregistré un message à leur intention pour leur dire : « Je sais que tout ce qui s’est passé n’est absolument pas votre faute… Il ne fait pas hésiter une seconde si vous voyez un terroriste. »
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