La plus grande collection de perles préhistoriques, découverte dans le nord d’Israël, un aperçu des premiers artisans
Une étude révèle qu'il y a 12 000 ans, les adultes et les enfants natoufiens fabriquaient des bijoux en argile représentant les plantes qu'ils consommaient - l'un des premiers exemples documentés d'utilisation symbolique de l'argile
- Lire d'autres articles du Times of Israël sur Google – ajoutez-nous à vos sources préférées

Un groupe de chercheurs israéliens et internationaux a mis au jour la plus grande collection de perles en argile préhistoriques jamais répertoriée dans le monde, parmi les objets exhumés sur plusieurs sites du nord d’Israël, comme le révèle une nouvelle étude qui a été publiée mercredi dans la revue Science Advances.
Ils ont identifié plus d’un millier d’artefacts fabriqués par l’homme – dont les 142 perles qui sont présentées dans l’étude – sur des sites datant d’il y a 12 000 à 15 000 ans. L’importance de l’échantillon a permis à l’équipe de recherche de formuler des hypothèses inédites sur la vie préhistorique de la culture natoufienne.
« Avant cette étude, nous ne connaissions que quatre perles en argile datant de cette période dans le monde entier », a indiqué Laurent Davin de l’Université hébraïque de Jérusalem, auteur principal de l’étude, au Times of Israel lors d’un entretien téléphonique.
Pour cette étude, Davin et ses collègues chercheurs ont examiné et analysé des dizaines de milliers de ce que Davin a décrit comme des « morceaux d’argile » qui ont été mis au jour à el-Wad, Nahal Oren, Hayonim et Eynan-Mallaha au cours des décennies et qui ont été conservés par les différentes organisations ayant mené les fouilles (Université hébraïque, Université de Haïfa et Centre de recherche français à Jérusalem).
« L’idée derrière cette étude, c’était d’étudier les débuts de l’utilisation symbolique de l’argile, que l’on pensait auparavant liée à l’émergence d’un mode de vie agricole il y a environ 11 000 ans », a déclaré Davin.
« Nous pensions que cela avait pu commencer plus tôt, dans les tout premiers villages de l’humanité : la culture natoufienne. »
Les Natoufiens vivaient au Levant à la toute fin du Paléolithique, il y a environ 15 000 à 11 700 ans. Ils sont considérés comme un maillon essentiel entre les derniers chasseurs-cueilleurs du Paléolithique et les premiers agriculteurs du Néolithique. Ils avaient été les premiers à vivre dans des campements sédentaires tout en conservant un mode de vie de chasseurs-cueilleurs, sans cultiver leur propre nourriture.
Tous les sites dont les artefacts ont été examinés dans le cadre de cette étude sont associés à la culture natoufienne. Leur datation a été établie à partir de la datation au radiocarbone de dizaines d’échantillons prélevés sur chaque site.
Certaines perles présentent des formes géométriques, telles que des cylindres, des disques et des ellipses. Beaucoup s’inspirent de plantes issues de l’environnement immédiat et du régime alimentaire des communautés, notamment l’orge sauvage, l’engrain, les lentilles et les pois.
Cette caractéristique suggère que ces bijoux avaient une signification symbolique, peut-être liée à la façon dont ces artisans percevaient et exprimaient leur identité.
Davin a expliqué qu’il était surprenant de constater à quel point les perles trouvées dans différents villages – deux sur le mont Carmel et deux en Galilée – partageaient une typologie commune.
« Lorsque l’on examine les ornements provenant de ces sites et fabriqués à partir d’autres matières premières, comme des coquillages, des os ou des pierres, ils sont très différents les uns des autres », a-t-il noté.
« C’est pourquoi nous avons toujours pensé que chaque site avait sa propre identité. »
« Avec l’argile, [les formes sont] identiques », a-t-il fait remarquer.
« Il semble donc que l’argile ait constitué le système commun et fondamental des ornements, un [langage] symbolique commun. »
De nombreuses perles étaient également peintes en rouge à l’ocre, ce qui constitue le plus ancien exemple documenté de la technique de l’engobe, qui consiste à recouvrir la surface des objets d’une couche d’argile liquide.
« Jusqu’à présent, nous pensions que cette technique n’était apparue qu’avec l’émergence de la poterie, soit il y a environ 7 000 ans », a déclaré Davin.
Les chercheurs ont également estimé l’âge approximatif des fabricants de bijoux à partir d’une cinquantaine d’empreintes digitales trouvées sur les perles.
En fonction de leur taille, ils ont pu déterminer si elles appartenaient à des enfants, à de jeunes adultes ou à des femmes (il n’est pas possible de différencier ces deux groupes car leurs empreintes sont de taille similaire), ou à des hommes adultes.
« C’était une communauté multigénérationnelle », a souligné Davin.
« C’est une découverte révolutionnaire, car c’est la première fois que nous pouvons identifier les fabricants de ces artefacts si anciens. »
« Nous avons découvert que certaines perles avaient été fabriquées par des enfants, et qu’elles étaient identiques à celles fabriquées par des adultes », a-t-il expliqué.
« Cela nous indique que les enfants avaient accès aux mêmes matériaux que les adultes et qu’ils ne se contentaient pas de jouer avec de la boue pour fabriquer des objets. Ils faisaient exactement ce que faisaient les adultes, ce qui est vraiment intéressant. »
Selon Davin, cela pourrait signifier que les enfants apprenaient comment les ornements étaient fabriqués, et peut-être ce qu’ils représentaient.
« Peut-être apprenaient-ils à exprimer leur identité », a-t-il déclaré.
Au cours de ses recherches, Davin a également identifié plusieurs petites figurines en argile, dont un artefact sans précédent représentant une femme et une oie, la plus ancienne figurine jamais répertoriée illustrant une interaction entre les humains et les animaux.
D’autres informations sur ces figurines feront l’objet d’une publication scientifique à l’avenir.
Les chercheurs étudient également l’origine de l’argile. Selon Davin, les artisans de l’époque trouvaient probablement l’argile aux alentours de leurs villages dans la plupart des cas, mais au moins quelques artefacts provenant d’Eynan-Mallaha semblent avoir été fabriqués à partir d’argile provenant du sol des maisons du village, d’après les résidus d’os, de silex et d’autres sédiments trouvés dans le matériau et correspondant à la terre des sols.
Enfin, pour la première fois, des restes de cordes ont été identifiés dans les trous de certaines perles.
« Nous allons pouvoir déterminer quelle plante et quelle technique ils ont utilisées pour fabriquer le cordon d’un collier », a déclaré Davin.
« Nous n’avions jamais rien vu de tel pour cette période. »
... alors c’est le moment d'agir ! Le Times of Israël vous fournit chaque jour les informations qui vous intéressent. Qu'il s'agisse de la politique, de la high-tech en Israël, de l'enseignement de la Shoah, des Juifs de Diaspora ou bien encore de l'archéologie, de la culture et de l'environnement en Israël : nous tâchons toujours de couvrir un large spectre des sujets qui vous concernent, alors si vous le pouvez, aidez-nous à continuer à vous offrir ce contenu de qualité indispensable, surtout depuis le 7-Octobre.
la Communauté du Times of Israël !







