La présence de Rubio sur un site controversé à Jérusalem appuie les revendications israéliennes
Lors d'une cérémonie à huis clos en présence du Premier ministre, le chef de la diplomatie américaine a inauguré la Route des pèlerins dans le parc archéologique de la Cité de David, dans le quartier palestinien de Silwan
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Le secrétaire d’État Marco Rubio s’est rendu, lundi, sur un site archéologique controversé sous Jérusalem, signant là le soutien des États-Unis à un projet mené par des résidents d’implantations juifs qui, selon les critiques, sape les perspectives d’un futur État palestinien.
La visite, interdite aux médias, israéliens comme étrangers, est le dernier signe en date de l’approbation par l’administration Trump d’initiatives qui, selon leurs opposants, visent à graver dans le marbre les revendications israéliennes sur Jérusalem-Est, que les Palestiniens considèrent comme la capitale de leur futur État.
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et l’ambassadeur des États-Unis en Israël Mike Huckabee ont assisté à la cérémonie, a indiqué la Fondation de la Cité de David dans un communiqué.
Le parc archéologique de la Cité de David se trouve sous l’enceinte connue des Juifs sous le nom de Mont du Temple et des musulmans sous celui de Haram al-Sharif, ou Noble Sanctuaire, haut-lieu stratégique régulièrement au coeur de flambées de violence et du conflit israélo-palestinien dans son ensemble.
L’UNESCO, organisme en charge du patrimoine mondial, s’est opposé à la construction du parc dans le quartier palestinien de Silwan, situé en dehors de ce qu’une grande partie de la communauté internationale reconnaît comme étant le territoire israélien.
Rubio a déclaré qu’il inaugurerait un site rattaché au parc connu sous le nom de Route des Pèlerins, empruntée par les visiteurs du Second Temple il y a de cela 2 000 ans.
« C’est l’un des sites archéologiques les plus importants au monde », avait déclaré Rubio avant de quitter Washington samedi.
« Je sais que les gens veuillent faire de la politique, je sais aussi que tout, dans cette région, est politique, dans une certaine mesure. Mais c’est avant toute chose un site archéologique extraordinaire. »
S’exprimant lors d’une conférence de presse aux côtés du Premier ministre Benjamin Netanyahu, lundi, Rubio a dit du parc qu’il était « l’un des sites archéologiques les plus importants de la planète – un site empreint d’une signification profonde pour tant de personnes, aux États-Unis aussi ».
« C’est un honneur d’être ici », a-t-il ajouté.
Certaines portions de la Route des pèlerins sont d’ores et déjà ouvertes, les lieux ayant fait l’objet de fouilles par l’Autorité des antiquités d’Israël.
Dans un bref extrait de l’événement partagé par la Fondation de la Cité de David, Rubio a déclaré que le fait de se trouver « sur la route même où, il y a de cela 2 000 ans, tant de personnes venues du monde entier sont venues pour se rapprocher de leur Créateur est une expérience empreinte d’humilité et d’honneur ».
Jerusalem’s Pilgrimage Road Unveiled
PM Netanyahu, US Sec. Rubio, and Amb. Huckabee open Jerusalem’s ancient Pilgrimage Road, linking Siloam Pool to Temple Mount. US and Argentina recognize City of David as a heritage site, affirming Jewish ties to Jerusalem.
????Good Speech???? pic.twitter.com/K27wHraxKo
— Eli Goldman | אלי גולדמן (@EliGoldmanx) September 16, 2025
Netanyahu a ajouté que « deux mille ans après la destruction du Second Temple, nous redécouvrons notre passé et construisons notre avenir – sur les fondements de la Jérusalem d’il y a 2 000 ans », une possible réponse à retardement aux propos passés du président turc, Recep Tayyip Erdoğan, qui, en 2020, avait laissé entendre que Jérusalem appartenait à la Turquie puisque l’Empire ottoman avait régné sur la ville durant une grande partie de l’ère moderne.
« C’est notre ville, M. Erdoğan. Pas la vôtre. Notre ville. Et ce sera toujours notre ville. Elle ne sera plus divisée », a affirmé Netanyahu.
« C’est pourquoi j’apprécie tellement les décisions du président Donald Trump dans ce domaine également », a-t-il poursuivi.
Il a déclaré que lorsque le président avait déclaré Jérusalem capitale d’Israël, lors de son premier mandat – « ce que tous les dirigeants du monde auraient dû également faire » – puis déplacé l’ambassade américaine à Jérusalem, Netanyahu lui avait assuré que toutes les retombées « iraient essentiellement sur nous, ce à quoi nous étions plus que prêts. Ce qui l’a encouragé à franchir le pas. »
« Je salue aujourd’hui [Rubio], qui a compris que c’était là le fondement de notre héritage judéo-chrétien commun… C’est notre ville. Ce sera à tout jamais notre ville. Elle ne sera plus jamais divisée », a-t-il souligné.
Huckabee a également salué Jérusalem, capitale « indivisible » d’Israël.
« Le peuple juif n’a jamais oublié que c’était là sa terre, sa maison, sa capitale indivisible, indiscutable, depuis toujours, de toute éternité », a-t-il clamé.
Selon la Fondation de la Cité de David, le tunnel a été découvert au niveau de la piscine de Siloé, au pied de la Cité de David, un site archéologique situé au sud de la Vieille Ville qui s’étend sur 600 mètres jusqu’au mont du Temple.
Il était prévu que le plus haut diplomate américain abatte un mur symbolique élevé près des fouilles du mur sud, afin « d’ouvrir » la Route des pèlerins vers le mont du Temple, a indiqué une source bien informée.
L’ex-ambassadeur des États-Unis en Israël, David Friedman, avait, en son temps, suscité la polémique en utilisation une masse pour abattre un mur similaire afin de dévoiler une autre partie du site, en balayant d’un revers de main les critiques selon lesquelles cette décision valait reconnaissance américaine de la souveraineté israélienne dans cette zone contestée.
La reconnaissance par l’administration Trump de Jérusalem comme capitale d’Israël en 2017, suivie du transfert de l’ambassade américaine de Tel Aviv à Jérusalem, ont marqué une rupture avec des décennies de politique américaine selon laquelle le statut de Jérusalem devait être déterminé par des négociations israélo-palestiniennes.
Cette visite de Rubio a précédé de peu une réunion aux Nations Unies, à New York, ce mois-ci, durant laquelle la Grande-Bretagne, la France, le Canada, l’Australie et la Belgique devraient reconnaître officiellement un État palestinien, ce à quoi Israël s’oppose.
Rubio a indiqué que cette décision ne ferait qu’encourager Israël à prendre ses propres mesures pour empêcher la formation d’un État palestinien.
Selon les habitants de Silwan et des groupes de défense israéliens, les fouilles effectuées sous Silwan l’ont été sous des maisons palestiniennes, sans en référer aux habitants et au mépris des règles de l’archéologie professionnelle.
Le cabinet du Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, n’a pas répondu à une demande de commentaire.
Zeev Orenstein, directeur des affaires internationales de la Cité de David, a déclaré que « toutes les fouilles archéologiques sont menées par l’Autorité des antiquités d’Israël selon les règles les plus exigeantes. », sans vouloir répondre à d’autres questions.
Fakhri Abu Diab, un militant de Silwan, a déclaré que les fouilles avaient été menées sans aucune transparence et en contravention avec le droit international.
La visite de Rubio encourage Israël et son mouvement de colonisation, a-t-il dit.
« Cet acte des États-Unis est un feu vert donné à plus de colonies, de démolitions, de nettoyage ethnique et autres pratiques israéliennes », a-t-il ajouté.
Un parc géré par des résidents d’implantations israéliens
Cette lutte pour les sites archéologiques et religieux de Jérusalem est le reflet de celle qui fait rage autour de la question de la souveraineté, et ce depuis la fondation d’Israël, en 1948.
L’est de la ville et la Vieille Ville, avec ses quartiers juifs, chrétiens, musulmans et arméniens, sont tombés sous contrôle jordanien après la guerre d’indépendance d’Israël, en 1948, les Juifs en étant interdits d’accès jusqu’en 1967.
Depuis qu’Israël a repris la zone à la faveur de la guerre des Six Jours, les habitants palestiniens font régulièrement face à des démolitions de maisons, des limitations dans la délivrance des permis de construire, ce que les groupes de défense qualifient de discriminations volontaires et organisées.
Le parc de la Cité de David est exploité depuis le début des années 2000 par Elad, un groupe de résidents d’implantations qui s’est approprié des terres à Silwan, a acheté des maisons palestiniennes et a fait en sorte de faire expulser les familles palestiniennes, selon une information donnée en juillet par la Commission d’enquête internationale indépendante de l’ONU sur le territoire palestinien occupé.
« En dépit d’une histoire riche et parcourue par la diversité, le récit présenté sur le site de la Cité de David n’évoque que celle des Juifs (principalement la période du royaume de Judée, au Xe siècle avant l’ère commune, et la période du Second Temple), sans tenir compte de toutes les autres périodes et cultures », indique le rapport du comité.
La visite de Rubio à Jérusalem a commencé dimanche : Netanyahu l’a emmené, avec l’ambassadeur américain Mike Huckabee, au mur Occidental, l’un des sites les plus sacrés du judaïsme avant de parcourir la partie souterraine du mur, à proximité, un autre exemple de fouilles israéliennes remises en cause par l’ONU.
Le porte-parole du Département d’État américain a déclaré que la visite de dimanche réaffirmait « la reconnaissance par l’Amérique de Jérusalem, capitale éternelle d’Israël ».
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