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Interview

La mort dans une frappe d’Abu Obeida ne mettra pas fin à la propagande – Expert

Un chercheur spécialisé affirme que si la mort du porte-parole du Hamas laisse un vide, la machine de relations publiques du Hamas — qui s'étend à l'Iran, aux proxies et aux campus occidentaux — reste puissante

Stav Levaton

Stav Levaton est correspondante militaire pour le Times of Israel.

Une femme passant devant des affiches représentant Yahya Sinwar (à gauche), le chef du Hamas dans la bande de Gaza, et Abu Obeida (à droite), le porte-parole masqué des Brigades Ezzedine al-Qassam du Hamas, placardées sur un mur du camp de Burj al-Barajneh pour les réfugiés palestiniens, dans la banlieue sud de Beyrouth, au Liban, le 5 février 2024. (Crédit : Anwar Amro/AFP)
Une femme passant devant des affiches représentant Yahya Sinwar (à gauche), le chef du Hamas dans la bande de Gaza, et Abu Obeida (à droite), le porte-parole masqué des Brigades Ezzedine al-Qassam du Hamas, placardées sur un mur du camp de Burj al-Barajneh pour les réfugiés palestiniens, dans la banlieue sud de Beyrouth, au Liban, le 5 février 2024. (Crédit : Anwar Amro/AFP)

Abu Obeida, le visage masqué du Hamas, la voix derrière les menaces et derrière la guerre psychologique menée par le groupe, a été tué le 30 août par une frappe aérienne israélienne. Mais un chercheur spécialisé dans la lutte contre le terrorisme déclare au Times of Israel que la véritable bataille, la guerre de propagande de grande envergure menée par le Hamas, est, malgré la mort d’Obeida, toujours bien vivante.

Abu Obeida, de son véritable nom Hudayfa Samir Abdullah al-Kalhout, occupait la fonction de porte-parole du Hamas depuis 2004. Il s’était fait connaître deux ans plus tard, en annonçant l’enlèvement du soldat israélien Gilad Shalit. Figure incontournable des communications publiques du Hamas, toujours vêtu d’un keffieh à carreaux rouges et d’un uniforme militaire, il était l’un des principaux cerveaux des efforts de propagande livrés par le groupe terroriste.

En tant que chef de l’appareil de propagande militaire du Hamas, il supervisait un réseau d’environ 2 000 agents – qu’il s’agisse de monteurs vidéo, de documentaristes de guerre ou de responsables des relations avec les médias – chargés de contrôler le narratif du groupe. Ils assuraient également la coordination entre sa branche militaire et ses branches politique et médiatique.

Cela avait été sous sa direction que des caméras avaient été distribuées aux terroristes avant l’attaque perpétrée par le Hamas le 7 octobre 2023, ce qui avait ainsi permis au groupe de diffuser dans le monde entier des images de ses atrocités. Il avait également géré la publication de vidéos d’otages et de clips violents qui étaient destinés à choquer l’opinion et à exercer des pressions psychologiques sur Israël. Chaque brigade et chaque bataillon du Hamas disposait de sa propre cellule de propagande, conférant au système une hiérarchie et une résilience de type militaire.

Tsahal avait tenté de l’assassiner à quatre reprises avant de réussir lors de l’attaque qui avait visé Gaza City, selon des informations qui ont été recueillies par le Times of Israel. Pour de nombreux analystes, l’élimination de cette figure de premier plan a été d’une grande importance, compte tenu de son influence parmi les partisans du Hamas.

« L’image du Hamas est désormais ternie parce qu’il a perdu l’un de ses symboles les plus importants », fait savoir le docteur Michael Barak, de l’Institut international pour la lutte contre le terrorisme (ICT). « La disparition de ce symbole a créé un énorme vide. »

Abu Obeida (à droite), porte-parole de la branche armée du Hamas, les Brigades Ezzedine al-Qassam, faisant une déclaration, à Gaza, le 8 juillet 2015. (Crédit : Mohammed Abed/AFP)

Barak lance toutefois une mise en garde : il faut faire attention à ne pas surestimer l’importance d’Abu Obeida dans le cadre général de la propagande anti-Israël du groupe.

« Nous ne devons pas oublier l’existence d’acteurs palestiniens (…) qui continuent d’utiliser les réseaux sociaux pour relayer des discours hostiles à Israël », souligne-t-il. « Je pense que les médias lui accordent trop d’importance. »

« La moitié du Djihad se fait dans les médias »

Pour le Hamas et ses alliés, la propagande est depuis longtemps bien plus qu’un simple outil. C’est un pilier central de la guerre.

« Un slogan très populaire dans les organisations djihadistes dit que la moitié du Djihad se fait dans les médias », explique Barak. « Si vous voulez vaincre l’ennemi, vous devez gagner le cœur et l’esprit de la population. »

Depuis qu’il a pris le contrôle de la bande de Gaza, en 2007, le Hamas a massivement investi dans la mise en place d’un appareil médiatique sophistiqué, avec le soutien de l’Iran et des Frères musulmans.

Une caricature anti-Israël se moquant du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu est exposée sur la place de Palestine, dans le centre de Téhéran, le 13 juillet 2025. (Crédit : ATTA KENARE / AFP)

Selon Barak, le rôle joué par l’Union iranienne de radio et de télévision islamique (IRTVU), fondée à Téhéran en 2007, est central. Ce réseau, qui soutient plus de 210 médias dans 35 pays, propose des financements, des formations et une stratégie médiatique unifiée. Sa branche palestinienne, lancée en 2014, a formé des membres du Hamas et des civils à la guerre psychologique et à l’influence en ligne.

À la suite de l’opération Gardien des murs, en 2021, le Hamas avait intensifié sa propagande, lançant une série de campagnes coordonnées en arabe et en anglais visant à diaboliser Israël, en attisant l’hostilité régionale et en influençant l’opinion publique occidentale.

Une réunion Zoom tenue immédiatement après l’opération, puis diffusée en ligne, au cours de laquelle des responsables du Hamas, du Jihad islamique palestinien, du Hezbollah et de l’IRTVU avaient ouvertement mis au point une stratégie visant à utiliser les réseaux sociaux comme arme contre Israël, en est un exemple révélateur.

« Ils ont expliqué l’importance de former les journalistes et les citoyens de Gaza à l’utilisation des réseaux sociaux et ils les ont formés aux discours contre Israël », indique Barak. « Ils ont également évoqué l’importance du recrutement d’Arabes israéliens, en adaptant spécifiquement les messages à leur intention. »

Des élèves dans une salle de classe au premier jour de la nouvelle année scolaire à l’école élémentaire gérée par les Nations unies dans le camp de réfugiés de Shati, dans la ville de Gaza, le 8 août 2020. (Crédit : AP Photo/Adel Hana)

Les efforts du Hamas vont bien au-delà des campagnes en ligne. Selon Barak, le bureau des médias du groupe terroriste a introduit dans les écoles des cours de propagande, enseignant aux enfants comment dissimuler des informations sensibles à Israël, et comment contribuer à diffuser des discours anti-israéliens. En dehors de Gaza, les camps de réfugiés palestiniens au Liban transmettent des formations similaires.

Cette mobilisation des civils aux côtés des agents professionnels a permis au Hamas de créer un écosystème de propagande décentralisé, suffisamment résilient pour perdurer et évoluer, même en l’absence de figures emblématiques comme Abu Obeida.

Des récits qui trouvent un écho

La propagande du Hamas, fait remarquer Barak, s’appuie sur des thèmes récurrents qui trouvent un écho bien au-delà de Gaza : présenter les Palestiniens comme les victimes d’un « régime d’apartheid », dépeindre le conflit comme une lutte entre David et Goliath, et projeter une image de résilience face aux attaques, en se vantant, par exemple, que « peu importe le nombre de bombes que vous nous lancez, peu importe le nombre d’entre nous que vous tuez [les Palestiniens], nous sommes forts et nous ne nous rendrons pas ».

« Ils utilisent une terminologie spéciale et des mots clés pour séduire le public occidental, avec des termes tels que ‘apartheid’ et ‘oppression’, » note-t-il. « Des discours qui existaient déjà avant le 7 octobre mais après le début de la guerre, ils ont simplement pris de l’ampleur ».

Sur cette image figurant en première page d’un document du Hamas intitulé « Notre discours, opération Al-Aqsa Flood », publié le 21 janvier 2024, des Palestiniens qui ont pénétré en Israël depuis Gaza se tiennent debout sur un char israélien qu’ils ont capturé lors de l’attaque du 7 octobre. (Capture d’écran)

Le Hamas a également diffusé des documents destinés spécifiquement au public occidental. Dans les semaines qui ont suivi le 7 octobre, il a publié une brochure en de multiples langues qui était intitulée « Notre récit… Opération Déluge Al Aqsa » qui cherchait à justifier le massacre en le présentant comme une réponse aux politiques appliquées par Israël. Dans le document, le groupe terroriste niait les atrocités commises, notamment les viols et les attaques contre des civils.

Au-delà des propres canaux du Hamas, Barak indique que les efforts de propagande s’étendent à toute la région. Des agents du Hamas au Liban, en Turquie et au Qatar amplifient les messages transmis par le groupe, tandis que le Hezbollah et les Houthis intègrent des discours pro-Hamas dans leurs propres campagnes médiatiques. Au Qatar, les caricaturistes dépeignent régulièrement le Hamas comme un héros, assimilant Israël à la faiblesse.

Le front occidental

Barak souligne que la portée de la propagande du Hamas s’étend bien au-delà du seul Moyen-Orient.

« Aux États-Unis, on constate que l’organisation Students for Justice in Palestine (SJP) entretient des liens étroits avec le Hamas et les Frères musulmans », dit-il. « C’est comme un relais du Hamas sur les campus américains ».

Hatem Bazian, fondateur à la fois de SJP et de American Muslims for Palestine, a des relations de longue date avec le Hamas et avec le Front populaire de libération de la Palestine, précise-t-il.

Étudiants et sympathisants défilent sur le campus lors d’une manifestation de soutien à la Palestine, derrière une organisation étudiante de la Northeastern University, Students for Justice in Palestine à Boston, le 18 mars 2014. (Crédit : AP Photo/Stephan Savoia)

Basem Naim, haut responsable du Hamas, a même lancé un appel au mois de juin 2025 en faveur de l’élargissement aux campus occidentaux du « front de la résistance ».

« Grâce à l’argent du Qatar et grâce au soutien du Hamas et des Frères musulmans, les étudiants occidentaux ont réussi à mettre en place un réseau sophistiqué qui diffuse des discours anti-israéliens », déclare Barak.

Alors même que le Hamas consacre d’importantes ressources à la diffusion de ses discours à l’étranger, Israël cherche encore à frapper les chefs du groupe. Mardi, l’armée israélienne a lancé une attaque aérienne sans précédent à Doha, au Qatar, qui visait une réunion de hauts responsables du Hamas. Parmi les personnes présentes figuraient Khalil al-Hayya, qui supervise les unités du Hamas à Gaza, Zaher Jabarin, chef des opérations du groupe en Cisjordanie, Muhammad Darwish, président du Conseil de la Choura du Hamas, Nizar Awadallah et Khaled Mashaal, chef du Hamas à l’étranger.

Plusieurs de ces personnalités ont joué un rôle direct dans la machine de propagande du Hamas. Al-Hayya et Mashaal, par exemple, ont été les porte-parole du groupe à l’occasion d’entretiens accordés à des médias occidentaux, notamment à la BBC.

Contrer le discours

Interrogé sur les contre-mesures qui pourraient être prises, Barak reconnaît qu’il est peut-être impossible de vaincre complètement la propagande.

« C’est une bataille très difficile. Je ne pense pas qu’il soit possible de la vaincre, mais on peut en minimiser la portée », explique-t-il.

Le docteur Michael Barak, de l’Institut international pour la lutte contre le terrorisme. (Autorisation)

Il estime qu’il peut y avoir plusieurs niveaux de réponse : les gouvernements doivent collaborer pour élaborer une législation contre les incitations à la violence ; les forces de l’ordre doivent tenir les plateformes de réseaux sociaux pour responsables des contenus et elles doivent sanctionner les acteurs universitaires qui font la promotion de la propagande extrémiste ; et le public doit signaler activement les incitations à la violence et diffuser des contre-discours.

L’éducation, en particulier en Occident, est essentielle pour apprendre à reconnaître les fausses informations et les campagnes radicales, ajoute-t-il.

« Israël doit investir massivement dans ce domaine, car il l’a abandonné — et que malheureusement, nous avons vu ce qui s’est passé », déplore Barak.

Si la mort d’Abu Obeida a privé le Hamas de sa voix la plus reconnaissable, les réseaux de propagande qu’il a contribué à mettre en place, ainsi que les alliés qui les soutiennent, sont encore bien là.

« Je ne sais pas s’ils vont nommer quelqu’un d’autre pour remplacer Abu Obeida », dit Barak, « car cela reviendrait à les exposer à des représailles. Pour l’instant, ils s’appuient sur des machines de propagande externes ».

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