Le cabinet approuve la nomination de David Zini à la tête du Shin Bet, malgré la controverse
À la suite 7 octobre, Netanyahu juge nécessaire un dirigeant extérieur ; la procureure générale exige du nouveau chef qu’il consulte un juriste sur tout dossier lié au Premier ministre
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David Zini, ancien général de l’armée israélienne, a été officiellement désigné mardi soir à la tête du Shin Bet, avec l’approbation unanime du cabinet. Son mandat de cinq ans doit débuter le 5 octobre, malgré les vives polémiques suscitées par sa nomination.
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a salué cette décision, affirmant que la réalité née après le pogrom perpétré dans le sud du pays, le 7 octobre 2023, par le groupe terroriste palestinien du Hamas, « exigeait la nomination d’un nouveau chef du Shin Bet qui ne soit pas issu de ses rangs », selon un communiqué de son bureau.
« L’esprit critique qui a caractérisé le général de division Zini dans les différentes fonctions qu’il a occupées, sa capacité à sortir des sentiers battus et à adapter le système à une réalité changeante, ainsi que sa vaste expérience opérationnelle et de commandement dans la formation et le déploiement des forces, ont conduit à la conclusion qu’il est l’homme le plus apte à diriger le Shin Bet à l’heure actuelle », a déclaré le cabinet du Premier ministre.
La candidature de Zini, ancien général de l’armée israélienne, avait été validée la semaine dernière par la commission consultative des hautes nominations, qui avait rejeté les arguments selon lesquels Netanyahu n’était pas en droit de proposer un candidat alors que l’agence enquêtait activement sur ses conseillers pour leurs liens illicites présumés avec le Qatar.
S’exprimant au début de la réunion hebdomadaire du cabinet après son retour de la Maison Blanche, Netanyahu a dit avoir été « très impressionné par lui au fil des ans et le connaître depuis longtemps ».
« J’ai pu observer sa détermination, son leadership et sa capacité à penser en dehors des cadres conventionnels, à anticiper les développements », a-t-il déclaré. « Il est, à mon avis, la personne idéale pour diriger le Shin Bet, dans la mesure où il connaît le système, mais où il n’en fait pas partie. Je suis convaincu qu’il s’acquittera brillamment de sa mission, et je suis sûr que tout le monde soutient cette décision. Son succès est essentiel pour la sécurité de tous les citoyens israéliens. »
Le président Isaac Herzog a félicité Zini après le vote, déclarant qu’il « apporte avec lui des décennies d’une expérience riche et variée, en tant que combattant et commandant au service de la défense d’Israël et de ses citoyens ».
« En ces jours de tension et de menaces, alors qu’encore aujourd’hui des Israéliens innocents ont été victimes d’un attentat terroriste brutal, il est essentiel de nous rappeler à quel point le rôle du Shin Bet est déterminant pour protéger la société israélienne, garantir sa sécurité et préserver les valeurs de notre pays », a-t-il déclaré dans un communiqué.
Zini reste toutefois une personnalité controversée. Il se décrit lui-même comme animé de convictions « messianiques » et il aurait affirmé, lors d’entretiens privés avec d’anciens responsables de la sécurité, que « le système judiciaire est une dictature qui gouverne l’État d’Israël ».
D’après certains médias, plusieurs hauts responsables du Shin Bet auraient menacé de démissionner en cas de prise de fonction de Zini.
Encadrement juridique
Un avis transmis mardi au gouvernement par le bureau de la procureure générale stipule qu’en tant que directeur du Shin Bet, David Zini devra consulter le conseiller juridique de l’agence avant de traiter toute question liée aux intérêts politiques ou personnels de Benjamin Netanyahu.
La procureure générale adjointe Orli Fishman, auteure de ce document, a motivé cette exigence par les conclusions de la commission consultative qui a validé la nomination. Cette dernière avait relevé que Netanyahu avait formulé à l’intention d’anciens directeurs du Shin Bet des demandes jugées « incompatibles avec un régime démocratique ».
Fishman a ajouté que si la nomination de Zini soulevait certaines difficultés juridiques liées aux enquêtes dites du « Qatargate », rien n’empêchait légalement sa prise de fonctions.
Contestations politiques
Sur le plan politique, le président du parti Les Démocrates, Yair Golan, a affirmé que s’il arrivait au pouvoir, il destituerait Zini de son poste de chef du Shin Bet. Une déclaration qui a suscité de vives critiques de l’ancien Premier ministre Naftali Bennett.
Recours en justice
Le Mouvement pour un gouvernement de qualité en Israël a parallèlement déposé une requête auprès de la Haute Cour de justice pour demander l’annulation de la nomination, invoquant des préoccupations éthiques « critiques » visant à la fois Benjamin Netanyahu, qui a proposé Zini, et Zini lui-même.
Selon la requête, la commission consultative présidée par l’ancien président de la Cour suprême Asher Grunis, qui a validé la candidature de Zini, n’aurait pas suffisamment pris en compte ce que l’organisation considère comme un conflit d’intérêts de la part de Netanyahu. Ce dernier aurait choisi un candidat au Shin Bet alors que l’agence participe aux enquêtes en cours du « Bild » et du « Qatargate » sur ses proches collaborateurs.
Le document souligne également que la commission avait déjà établi que Netanyahu avait adressé à plusieurs anciens directeurs du Shin Bet des demandes jugées « incompatibles avec un régime démocratique ».
Le Mouvement reproche en outre à Zini d’avoir agi de façon inappropriée pendant le processus de nomination et affirme qu’il avait dissimulé au chef d’état-major de l’armée le fait que Netanyahu l’avait déjà choisi pour diriger l’agence, alors qu’il servait encore comme général.
La requête demande également à la cour d’ordonner une mesure provisoire gelant la nomination jusqu’à ce qu’un jugement définitif soit rendu.
« Une situation dans laquelle le chef du Shin Bet, gardien [de l’État de droit] chargé de préserver la gouvernance démocratique, est nommé au terme d’un processus entaché d’irrégularités et soulevant de sérieuses inquiétudes quant au respect des normes éthiques ne peut être tolérée », a déclaré Eliad Shraga, directeur du Mouvement pour un gouvernement de qualité.
« Le chef du Shin Bet doit une loyauté à l’ensemble du public, et cette loyauté ne saurait être acquise à une entité politique particulière. »
Il semblerait toutefois que les chances de succès de la requête soient limitées. En juillet, la Haute Cour avait déjà validé un accord conclu entre le gouvernement et la procureure générale Gali Baharav-Miara permettant à la procédure de nomination de se poursuivre, malgré les inquiétudes quant à l’implication de Netanyahu.
Cet accord a conduit Netanyahu à reporter de deux mois la nomination officielle de Zini au sein de la commission consultative, afin de laisser le temps au Shin Bet de finaliser son rôle dans les enquêtes visant ses proches collaborateurs. Il avait également permis à la procureure générale de rédiger un dispositif de prévention des conflits d’intérêts pour encadrer la participation du futur chef de l’agence à toute affaire en lien avec ces enquêtes.
Mardi, le bureau de la procureure générale a publié un nouvel avis juridique à l’intention du cabinet, confirmant que Zini devra consulter le conseiller juridique du Shin Bet avant de traiter toute question touchant aux « préoccupations personnelles ou politiques » du Premier ministre.
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