Le contrôleur de New York appelle à « une coalition des sionistes libéraux et antisionistes »
Brad Lander a estimé ne pas avoir suffisamment dénoncé les "crimes de guerre" israéliens lors d'un événement organisé en soutien au candidat à la mairie Zohran Mamdani, un anti-israélien
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BROOKLYN, New York (JTA) – Lors d’un discours prononcé lors d’un événement organisé par des Juifs de gauche – événement qui a été l’occasion de lui rendre hommage et de rendre hommage au candidat à la mairie de New York, Zohran Mamdani – Brad Lander a appelé à « une coalition d’anti-sionistes et de sionistes libéraux ».
Contrôleur de la ville engagé aux côtés de Mamdani lors des primaires, Lander a par ailleurs confié qu’il aurait dû davantage critiquer Israël à propos de la guerre à Gaza. Il a tenu ces propos lors d’un gala organisé par le groupe progressiste Jews for Racial and Economic Justice [NDLT : Juifs pour la justice raciale et économique], ardent critique du sionisme qui est passé au plaidoyer pro-palestinien à la faveur de la guerre qui dure désormais depuis près de deux ans.
« J’ai tout fait pour trouver le courage d’appeler à un cessez-le-feu, avec Jews for Racial and Economic Justice, le jour de Hanoukka en 2023, je me suis à plusieurs reprises tenu aux côtés des Israéliens favorables à la paix mais je veux aujourd’hui dire les choses clairement – je sais que je n’en ai pas fait assez pour dénoncer les crimes de guerre israéliens, le nettoyage ethnique, la famine imposée aux Palestiniens », a déclaré Lander sous les hourras du millier de personnes venues l’écouter.
C’est la dynamique en jeu autour de la question israélienne, au sein des milieux progressistes juifs en amont des élections municipales qui rend particulièrement saillants les propos de Lander.
Mamdani est un critique de longue date d’Israël et Lander, de son propre aveu, un sioniste libéral qui s’est abstenu jusqu’alors de formuler des accusations dures envers Israël. Voilà la subtile différence entre ces deux politiciens qui ont en commun une vision progressiste de la ville et de son avenir.
Lander a déclaré que leurs deux camps pourraient travailler ensemble pour le bien commun quand bien même cela pourrait s’avérer difficile.
« Je crois que nous devons construire une coalition d’anti-sionistes et de sionistes libéraux bien décidés à mettre un point final aux horreurs à Gaza », a-t-il déclaré en soulignant que sa synagogue, Kolot Chayeinu à Brooklyn, était depuis longtemps un point de rencontre entre les Juifs alignés sur le groupe anti-sioniste Jewish Voice for Peace et le groupe sioniste libéral J Street. Depuis le début de la guerre déclenchée par l’attaque du Hamas en Israël, le 7 octobre 2023, qui a fait 1 200 morts et 251 otages, elle fait partie des espaces juifs progressistes travaillés par des tensions internes.
« J’ai souvent plaisanté en disant que Kolot était un endroit dans lequel les Juifs de Jewish Voice for Peace et ceux de J Street priaient ensemble sans trop se regarder du coin de l’oeil. »
« Longtemps, Jews for Racial and Economic Justice a été comme ça », a déclaré Lander. « Mais depuis le 7 octobre, c’est beaucoup plus compliqué. Comme l’a récemment observé Ezra Klein, ‘c’est une période tendue pour les discussions de groupe au sein de la famille juive’. Mais cela n’a jamais été aussi important. »
Lander a tenu ces propos le jour-même où Jews for Racial and Economic Justice lui rendait hommage, à lui et à Mamdani, en lui décernant le prix conjoint « Mazals » pour leur « partenariat et l’espoir et l’optimisme qu’ils inspirent ».
Bien que le groupe n’ait pas officiellement pris position sur la question du sionisme, des messages anti-Israël (et anti-Trump) étaient bien bien visibles dans la salle qui abritait l’événement à Brooklyn, à commencer par « Les Juifs disent : pas de génocide, pas d’expulsions, pas de haine anti-trans » et « L’embargo sur les armes, c’est maintenant » ou encore « New York appartient à tous » et « Ce n’est pas de la corruption dont vous devez avoir peur ».
Contrairement à d’autres intervenants, comme par exemple Mamdani ou encore la comédienne juive et co-créatrice de « Broad City », Ilana Glazer, Lander n’a pas qualifié les actes d’Israël à Gaza de « génocidaires ». Il a dit qu’il évitait d’employer ce terme, contre lequel Israël s’insurge, parce qu’il « a tendance à fermer les oreilles au lieu de les ouvrir ».
Mamdani, quant à lui, a qualifié sa victoire aux primaires de « preuve que nombre de personnes, dans cette ville, sont horrifiées par le génocide perpétré par l’armée israélienne à Gaza et par la violence infligée à l’aide d’armes financées par nos impôts, à nous citoyens américains ».
(Les sondages montrent que les électeurs étaient en fait essentiellement mus par d’autres motivations mais que, malgré tout, 30 % des électeurs estimaient que les positionnements de Mamdani à l’égard d’Israël les amèneraient sans doute à voter pour lui.)
Il a fait l’éloge de Jews for Racial and Economic Justice en disant : « Le fait d’être ici ce soir, c’est un peu comme être en famille. »
« Je suis tellement fier du mouvement que nous avons construit ensemble – pas du nombre mais des valeurs qui nous lient », a déclaré Mamdani. Il a ensuite passé en revue certaines de ces valeurs, à commencer par la compassion et la proximité avant de conclure sur une question présentée comme étant au cœur de sa politique.
« Nous avons en commun la foi en la dignité de chacun d’entre nous sur cette planète, sans aucune exception, et le refus de faire des exceptions, comme c’est hélas si souvent le cas avec la vie des Palestiniens », a conclu Mamdani.
Si Lander a perçu une certaine pression au sein des milieux progressistes concernant sa posture à l’égard d’Israël, les participants au gala ont affirmé ne pas en être conscients.
« Je ne crois pas », a estimé Marcia Belsky, membre de Jews for Racial and Economic Justice et par ailleurs animatrice de la partie Zoom de l’événement. « Je le trouve intéressant : il se dit sioniste libéral mais il est très actif contre le génocide à Gaza et il partage l’opinion de personnes tout sauf disposées à faire des concessions sur les arguments auxquels les mass médias les renvoient constamment. »
Le rabbin Andy Kahn, directeur exécutif du Conseil américain pour le judaïsme, un groupe antisioniste réformé récemment relancé, a assuré n’avoir entendu personne dire que Lander n’avait pas assez parlé d’Israël ou de Gaza.
« Je n’ai pas entendu de critique de ce style à son sujet et je n’ai eu pas cette impression », a expliqué Kahn.
« Comme il l’a dit, en 2023, il a appelé à un cessez-le-feu », a-t-il précisé, en ajoutant que Lander « fait ce travail depuis très longtemps et de toute bonne foi ».
Lander a pu davantage s’exprimer sur la question à l’occasion d’une interview après la cérémonie, en évoquant notamment un récent éditorial dans lequel le membre arabo-israélien de la Knesset, Ayman Odeh,lui reprochait de ne pas en avoir fait assez pour arrêter la guerre.
« Aucun d’entre nous n’en a fait assez. Des atrocités ont lieu en notre nom », a déclaré Lander.
« S’il y a un espoir pour la démocratie en Israël, c’est bien Ayman Odeh. Qu’il continue à soutenir les familles d’otages, sentir la douleur des familles juives, être le porte-parole intraitable de son peuple pour dire ensuite : ‘Je n’en ai pas fait assez pour dénoncer et arrêter ces atrocités’ – je ne pourrais qu’acquiescer.
L’événement organisé par Jews for Racial and Economic Justice a eu lieu alors que les spéculations vont bon train sur l’avenir de Lander à l’issue de son mandat de contrôleur, au mois de décembre prochain.
Son soutien indéfectible à Mamdani, ainsi que ses dizaines d’années d’expérience au sein de la fonction publique, font penser qu’il pourrait se retrouver à l’hôtel de ville si Mamdani venait à être élu.
Mais cette semaine, un sondage a montré que Lander avait facilement battu le Représentant Dan Goldman aux primaires du 10e district du Congrès de New York.
Goldman a jusqu’à présent refusé de soutenir Mamdani, affirmant qu’il souhaitait des « mesures concrètes » pour apaiser les craintes des Juifs new-yorkais.
« Je n’ai aucun commentaire à faire sur les prochaines étapes qui m’attendent », a conclu Lander.
« Il me reste encore quelques mois au poste de contrôleur et je réfléchis à la meilleure manière d’être utile en ce moment. »
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