Le dernier otage est revenu. Israël sera-t-il désormais l’otage du plan de Trump à Gaza ?
Avec la réouverture du passage de Rafah et les initiatives du Conseil de Paix, Jérusalem pourrait rester maître de l'enclave en convainquant le président qu'il faut une nouvelle opération pour désarmer le Hamas
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La nouvelle, à la fois douce et amère, que les Israéliens attendaient depuis longtemps, est enfin arrivée lundi.
L’armée israélienne a retrouvé le corps du sergent-chef Ran Gvili, dernier otage tué à Gaza, et l’a rapatrié en Israël pour qu’il puisse être enterré dignement.
Le retour de Ran est un soulagement pour Israël. Pour la première fois depuis 2014, il n’y a plus aucun otage israélien, vivant ou mort, à Gaza.
C’est également un événement important pour le Premier ministre Benjamin Netanyahu, pressé ces derniers jours d’autoriser la réouverture du passage de Rafah, et ce, avant même que le corps de Ran ne soit retrouvé.
Cela ne signifie toutefois pas que Netanyahu est tiré d’affaires.
Ces derniers jours, l’influence d’Israël sur l’avenir de la bande de Gaza semble avoir considérablement faibli.
Toutefois, Israël conserve le contrôle d’aspects clés de l’enclave, ce qui lui permettra peut-être de continuer à peser sur son avenir, notamment grâce au président américain Donald Trump. Le pays peut encore espérer stopper la deuxième phase du plan en vingt points pour Gaza, ainsi que le début de la reconstruction de l’enclave sous l’égide d’autorités en qui il n’a pas confiance. Toutefois, cela passera probablement par le dirigeant américain.
Trump avance
Jeudi dernier, à Davos, Trump a présenté son « Conseil de Paix », un panel de chefs d’État et autres personnalités de premier plan assis en rang d’oignons pour écouter le discours du président américain.
Le Premier ministre qatari, Mohammed al-Thani, et le ministre turc des Affaires étrangères, Hakan Fidan, étaient également présents. Mais fait surprenant, il n’y avait pas d’Israélien, alors que Netanyahu avait assuré qu’il y serait.
Même si lui ou le président Isaac Herzog étaient montés sur scène (Netanyahu aurait, selon certaines sources, interdit au président de monter sur scène), Israël n’est qu’un acteur parmi tant d’autres qui détiennent le pouvoir de décider de l’avenir de Gaza, parmi lesquels des acteurs pour le moins hostiles comme la Turquie et des acteurs pour le moins ambigus comme le Qatar.
Ali Shaath, commissaire en chef du Comité national pour l’administration de Gaza (NCAG), a participé à distance aux conférences de Davos et a annoncé que le poste-frontière de Rafah, situé entre l’enclave et l’Égypte, rouvrirait dans les deux sens cette semaine.
Israël tenait pourtant à ce que le passage reste fermé jusqu’à ce que le corps de Ran Gvili lui soit rendu.
Mais face à la pression de la Maison Blanche et des pays médiateurs – à commencer par cette annonce de réouverture malgré l’opposition israélienne -, Netanyahu a fini par céder sur cette exigence clé des autorités israéliennes.
Dimanche soir, après plusieurs jours de confusion, son bureau a publié un communiqué tard dans la nuit pour annoncer que le poste-frontière de Rafah allait effectivement rouvrir.
Le communiqué tentait de donner l’impression qu’Israël avait imposé des conditions strictes pour cette réouverture, précisant qu’il s’agissait d’une ouverture « limitée » réservée aux piétons, et qu’elle n’aurait lieu qu’une fois l’opération de recherche du corps de Ran Gvili terminée.
Pendant tout ce temps, les Américains ont tout fait pour passer à la deuxième phase du plan Trump, avec un optimisme que certains en Israël n’ont pas hésité à qualifier de « dangereusement naïf ».
Jeudi, à Davos, Jared Kushner, conseiller et gendre de Trump, a présenté sa vision pour Gaza, affirmant vouloir y apporter « les principes de l’économie de marché, dans le même état d’esprit, la même approche » que Trump aux États-Unis. Son diaporama, émaillé de mots en arabe écrits à l’envers, montrait des images de Gaza générées par intelligence artificielle (IA), avec des gratte-ciels futuristes, un port et un aéroport.
Une semaine plus tôt, deux hauts responsables de la Maison Blanche faisaient état d’un pronostic encore plus idyllique pour Gaza et le groupe terroriste palestinien du Hamas.
« Nous avons parlé à plusieurs membres du Hamas et nous entendons un peu partout dans le monde arabe que les gens ne veulent plus de la guerre », a déclaré l’un d’entre eux.
« Ils veulent la paix. Ils veulent un avenir économique meilleur pour leurs proches. Ils veulent des logements décents. »
« Ils veulent ce que tout le monde veut : une vie heureuse. Or, une vie heureuse ne s’obtient pas par des moyens militaires. »
Toutefois, le Hamas est toujours armé et n’a fait aucun engagement en faveur du dépôt des armes, bien au contraire.
Certains hauts responsables, comme le conseiller à la sécurité nationale britannique Jonathan Powell, préconisent même que le Hamas conserve ses armes légères. Cette vision du Hamas comme une force relativement pragmatique, plus intéressée par le bien-être économique et la stabilité que par l’idéologie ou le djihad, prévalait précisément au sein de l’appareil sécuritaire israélien avant le 7-Octobre. On sait maintenant que c’est l’une des principales faiblesses qui ont permis au Hamas de perpétrer son pogrom.
La présence israélienne à Rafah
L’avenir de Gaza s’annonce très inquiétant. Mais tout n’est pas perdu.
Il ne fait aucun doute qu’Israël a perdu une bataille concernant la réouverture du passage de Rafah, que Netanyahu qualifie de « bouée de sauvetage du Hamas ».
Toutefois, même s’il n’est pas prévu qu’Israël soit physiquement présent au niveau du passage, toute personne désireuse d’aller en Égypte depuis Gaza entrera de facto dans un territoire contrôlé par Israël.
Israël en assurera la surveillance grâce à un système piloté à distance, sera chargé de délivrer les autorisations préalables pour les personnes entrant et sortant de la bande de Gaza, et aura le droit de scanner les ordinateurs et autres appareils électroniques.
Des soldats israéliens seront par ailleurs déployés à proximité pour opérer leur propre point de contrôle destiné à empêcher la contrebande d’armes vers Gaza.
Il sera donc très difficile, du moins à court terme, pour le Hamas de se réarmer en utilisant ce passage.
Mais le Hamas dispose toujours d’un arsenal pour le moins impressionnant à l’intérieur de Gaza. Ce qui, si Netanyahu se débrouille bien, pourrait permettre à Israël de revendiquer avec force le contrôle de ce qui se passe dans l’enclave.
Lassé de la paix
Trump a un projet pour le moins audacieux et ambitieux pour l’ensemble du Moyen-Orient.
« Je ne parle pas seulement de Gaza… Cela va bien au-delà de Gaza », a-t-il déclaré en septembre dernier aux côtés de Netanyahu lors de la présentation de son plan de paix pour Gaza.
« L’idée est de trouver une solution à tous les problèmes. La paix au Moyen-Orient. »
Jeudi, à Davos, Trump a déclaré que le Conseil de Paix serait « l’un des organes les plus influents de toute l’histoire ».
Il a reconnu que son projet de renouveau du Moyen-Orient, un Moyen-Orient pacifique, passait par le désarmement du Hamas.
« Nous nous engageons à garantir la démilitarisation, la bonne gouvernance et la reconstruction de Gaza », a-t-il déclaré lors de la cérémonie de signature de la Charte du Conseil de Paix.
« C’est un excellent projet : c’est avec cela que le Conseil de Paix va vraiment commencer à travailler, puis nous pourrons nous attaquer à d’autres choses une fois la question de Gaza réglée. »
C’est précisément là que Netanyahu a un argument à faire valoir. La vision de Trump pour Gaza, et au-delà, restera bloquée tant que le Hamas refusera de rendre ses armes, ce qu’il continuera sans doute à faire.
Cela donnera à Netanyahu l’occasion d’approcher Trump avec son propre argumentaire : si le dirigeant américain souhaite lancer un nouveau cycle d’accords de normalisation et transformer le Moyen-Orient, le Premier ministre israélien pourrait lui dire que le Hamas devra être désarmé par la force.
La Force internationale de stabilisation (ISF), encore en cours d’élaboration, qui est destinée à surveiller Gaza, ne prendra pas le risque d’engager le combat contre le groupe terroriste palestinien. Il faudra une nouvelle opération de l’armée israélienne pour contraindre les dirigeants du Hamas à l’exil et les autres à accepter de rendre toutes leurs armes.
Trump a de nombreuses raisons de s’opposer à une telle proposition, notamment la pression massive exercée par ses alliés du Moyen-Orient, mais une telle opération se déroulerait probablement différemment des combats précédents depuis le 7-Octobre. Il n’y a plus d’otages à Gaza, et Tsahal peut agir beaucoup plus rapidement et agressivement contre un Hamas fortement affaibli.
Jusqu’à présent, Israël n’a pas présenté de plan clair pour Gaza, et les Américains ont dû pallier cette lacune avec leurs propres idées. En proposant une opération militaire brève et intense, Netanyahu offrirait une issue réaliste à la vision de Trump.
Le Premier ministre envisage de se rendre à Washington en février pour sa septième rencontre en face à face avec Trump depuis le début de son mandat.
D’ici là, il y aura eu suffisamment de temps pour évaluer la manière dont le Hamas gère la pression pour le désarmement, maintenant que la deuxième phase est en cours, et Israël pourra pousser à un retour bref mais significatif à l’action dans la bande de Gaza.
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