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Analyse

Washington optimiste alors que les structures pour remplacer le Hamas prennent forme

Les proches de Donald Trump assurent que le Hamas est prêt à renoncer aux armes et se disent déterminés à récupérer le corps du dernier otage israélien

Jacob Magid

Jacob Magid est le correspondant du Times of Israël aux États-Unis, basé à New York.

Le président américain Donald Trump s’exprime dans le bureau ovale de la Maison Blanche, le 14 janvier 2026, à Washington. (Crédit : Alex Brandon/AP)
Le président américain Donald Trump s’exprime dans le bureau ovale de la Maison Blanche, le 14 janvier 2026, à Washington. (Crédit : Alex Brandon/AP)

Deux responsables américains ont exprimé un certain optimisme quant aux chances de stabilisation de Gaza, lors d’un briefing organisé mercredi, peu après l’annonce par Washington du lancement de la nouvelle phase du plan du président Donald Trump pour mettre fin à la guerre dans l’enclave côtière.

« Pour la première fois depuis longtemps à Gaza, il n’y a ni Autorité palestinienne (AP) ni Hamas pour gouverner. Cela pourrait vraiment marquer le début d’une nouvelle ère », a indiqué l’un des responsables américains, s’adressant à un groupe de journalistes sous couvert d’anonymat.

Quelques heures plus tôt, l’Égypte avait annoncé la création d’un comité technocratique palestinien de transition chargé de gérer les affaires courantes dans la bande de Gaza à la place du groupe terroriste palestinien du Hamas. Il s’agit de l’un des nombreux organes que les États-Unis cherchent à mettre en place dans le cadre de la deuxième phase du plan de Trump, après la signature d’un cessez-le-feu de phase 1 le 9 octobre.

Depuis lors, les opérations militaires intensives menées par Israël dans l’enclave ont globalement cessé ; Tsahal s’est retirée vers une nouvelle ligne de démarcation dite « ligne jaune », conservant le contrôle d’environ 53 % de Gaza ; les 20 otages israéliens encore en vie ont été libérés en échange de près de 2 000 prisonniers sécuritaires palestiniens ; 27 des 28 dépouilles des otages israéliens tués ont également été restituées ; enfin, une aide massive a été acheminée dans l’enclave, atténuant la crise humanitaire alors que l’hiver bat son plein.

Quelques jours après le cessez-le-feu d’octobre, Trump annonçait le lancement de la deuxième phase. Les États-Unis ont toutefois peiné à donner corps à cette annonce, sur fond d’accusations mutuelles de violations du cessez-le-feu et d’un scepticisme généralisé quant à la volonté du Hamas de désarmer ou d’Israël de se retirer davantage de la bande de Gaza, comme le prévoyait le plan présidentiel.

Un campement de tentes pour les Palestiniens déplacés s’étend dans le quartier de Zeitoun, à Gaza-City, le mercredi 14 janvier 2026. (Crédit : Jehad Alshrafi/AP)

Insensible à ces préoccupations, l’envoyé spécial américain Steve Witkoff a annoncé mercredi le « lancement de la deuxième phase », dont l’objectif sera de « passer du cessez-le-feu à la démilitarisation, à la gouvernance technocratique et à la reconstruction ».

Quelques heures plus tard, les responsables américains ont reconnu devant les journalistes que de sérieux doutes subsistaient à Jérusalem quant à la perspective d’un désarmement du Hamas, tout en affirmant que le groupe terroriste s’était déclaré prêt à renoncer à ses armes.

« Nous avons discuté avec plusieurs membres du Hamas et nous entendons partout dans le monde arabe que les gens ne veulent plus la guerre. Ils veulent la paix. Ils veulent un meilleur avenir économique pour leurs familles. Ils veulent des logements dignes de ce nom », a déclaré un deuxième responsable américain lors du briefing. « Ils aspirent à la même chose que partout ailleurs dans le monde : une vie normale, et une vie normale ne se construit pas par des moyens militaires. »

Les responsables ont ensuite fait le point sur les autres organes appelés à être créés dans le cadre de la deuxième phase, notamment le Conseil de paix, chargé de superviser l’ensemble de l’opération, et la Force internationale de stabilisation (ISF), censée contribuer à sécuriser la bande de Gaza à la place de Tsahal. Des responsables familiers du dossier ont toutefois indiqué au Times of Israel ces dernières semaines que Washington peinait à recruter des alliés étrangers pour siéger au sein de ces instances, les deux conseillers de Trump ayant briefé les journalistes ont assuré que les soutiens internationaux étaient plus que suffisants pour faire avancer le plan pour Gaza.

Des fillettes palestiniennes jouent au milieu des bâtiments détruits par les opérations aériennes et terrestres israéliennes dans le quartier de Zeitoun à Gaza-City, mercredi 14 janvier 2026. (Crédit : Jehad Alshrafi/AP)

Engagé à trouver Gvili, mais sans retarder la phase deux

Le responsable américain a salué l’ampleur de l’opération humanitaire depuis le cessez-le-feu et la mise en œuvre de la première phase du plan de Trump en octobre, affirmant que 53 120 camions d’aide – soit environ deux millions de palettes – étaient entrés dans la bande de Gaza depuis lors, et que la coopération entre Israël et les Nations unies (ONU) s’était renforcée.

Si les approvisionnements alimentaires de base ont effectivement augmenté de manière significative, le manque de logements suffisants est devenu un problème majeur. Les organisations humanitaires dénoncent notamment les restrictions imposées par Israël sur l’entrée de poteaux métalliques nécessaires à la stabilisation des tentes, dont plusieurs se sont effondrées sous les rafales hivernales, comme en témoignent de nombreuses vidéos. Israël affirme que ces matériaux pourraient être utilisés par le Hamas pour fabriquer des armes et n’a donc pas autorisé leur acheminement dans la bande de Gaza, où des centaines de milliers de personnes vivent sous des tentes.

Le responsable américain a également indiqué que des progrès avaient été réalisés dans la destruction des tunnels, avec 50 kilomètres déjà démolis et plusieurs tonnes de gravats déblayés. Ces opérations ont permis de libérer plusieurs kilomètres carrés d’espace destinés à la construction de nouveaux logements temporaires pour les Gazaouis. Le premier projet de ce type devrait voir le jour sur les ruines de la ville de Rafah, dans le sud de Gaza, ont précisé des responsables au Times of Israel.

Israël avait conditionné le passage à la deuxième phase du plan de Trump pour Gaza à la restitution par le Hamas de la dépouille du sergent-chef de la police israélienne Ran Gvili, ainsi qu’au dépôt de ses armes. De hauts responsables américains ont toutefois informé le Premier ministre Benjamin Netanyahu, lors de sa visite en Floride le mois dernier, qu’ils ne souhaitaient plus retarder le processus et qu’ils poursuivraient parallèlement les recherches pour retrouver Gvili ainsi que les efforts visant à désarmer le Hamas, tout en mettant en œuvre la deuxième phase, selon des responsables qui se sont confiés à Times of Israel.

Un « très bon canal de communication » est en place pour retrouver la dépouille de Ran Gvili, et plusieurs sites potentiels pourraient abriter son corps, a précisé le premier responsable américain lors du briefing.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et son épouse Sara avec le président américain Donald Trump et la famille de l’otage Ran Gvili, le 29 décembre 2025. (Crédit : Amos Ben-Gershom pour le bureau de la presse gouvernementale/Sara Netanyahu)

« Nous ne considérerons pas cette mission comme achevée tant que la dernière dépouille n’aura pas été retrouvée. Cela dit, nous n’allons pas retarder le passage à la phase deux pour cette raison, car les deux parties ont convenu de continuer à travailler de bonne foi », a déclaré le responsable américain.

Selon lui, le lancement mercredi du comité technocratique palestinien, ainsi que les progrès continus du plan de paix en 20 points de Trump pour Gaza, devraient également accroître les chances de localiser le corps de Gvili.

Le Hamas « indique » sa volonté de désarmer

Malgré l’optimisme affiché concernant le désarmement du Hamas, le premier responsable américain a précisé que les discussions sur ce sujet avec l’organisation terroriste n’en étaient qu’à leurs débuts.

« Nous allons entamer des discussions avec le Hamas sur la phase suivante, qui est la démilitarisation, et [nous allons discuter] avec Israël du programme d’amnistie qui pourrait être accordé aux [combattants] du Hamas s’ils acceptent », a-t-il déclaré.

« Il est clair que la confiance entre les deux parties reste faible après des dizaines d’années de conflit, mais… je pense qu’il y a de bonnes chances que chacune tienne ses engagements et que nous puissions faire avancer les choses », a poursuivi le responsable américain.

Il a ensuite affirmé que les responsables du Hamas « indiquaient qu’il y avait une réelle possibilité [de démilitarisation], et nous faisons donc tout notre possible pour que cela se concrétise ».

Opérations de recherche pour récupérer le corps du dernier otage israélien mort, le policier Ran Gvili, dans Gaza-City, le 7 janvier 2026. (Crédit : Hamza Z. H. Qraiqea/Anadolu via Reuters)

Le premier haut responsable américain a également donné des précisions supplémentaires sur ce que pourrait impliquer la démilitarisation, affirmant que l’ensemble des infrastructures terroristes à Gaza seraient détruites et que « les armes lourdes, telles que les lance-roquettes, les lance-missiles et les missiles », devraient « être placées dans un endroit où elles ne pourraient pas être utilisées ».

Il n’a en revanche fait aucune mention des armes légères, qu’Israël souhaite également voir incluses dans le programme de désarmement, affirmant que le Hamas utilisait les fusils de type AK-47 pour maintenir son contrôle sur la population de la bande de Gaza.

« Gaza a besoin d’une police de base afin de pouvoir assurer le contrôle de sa population. Les gens doivent avoir la certitude qu’il s’agit d’un endroit exempt de criminalité, où ils peuvent vivre librement et en toute sécurité », a déclaré le responsable américain.

Les États-Unis ont engagé des discussions avec les médiateurs égyptiens, qataris et turcs, qui ont assuré à Washington que le Hamas accepterait un plan de désarmement progressif. Celui-ci commencerait par la remise des armes lourdes du groupe terroriste, suivie du lancement d’un programme de « rachat » des armes légères, ont indiqué le responsable américain et deux diplomates arabes à Times of Israel la semaine dernière.

Reste à savoir si ce cadre sera jugé suffisant par Israël. Des responsables du Hamas ont publiquement affirmé que l’organisation n’accepterait de renoncer à ses armes que dans le cadre d’un processus négocié aboutissant à la création d’un État palestinien.

Les Palestiniens lors des funérailles de trois membres déplacés de la famille Hamoda, décédés après l’effondrement d’une partie d’un bâtiment endommagé par la guerre où ils s’étaient réfugiés, lors d’une journée hivernale venteuse à Gaza-City, le 13 janvier 2026. (Crédit : Omar AL-QATTAA/AFP)

Le Conseil de paix lance ses invitations

Alors que les négociations sur le désarmement risquent de s’inscrire dans la durée, l’administration Trump poursuit la mise en place du Conseil de paix. Le premier responsable américain a révélé lors de la conférence de presse que des invitations à siéger au sein du panel avaient été envoyées mercredi à plusieurs dirigeants mondiaux.

Le responsable a refusé de divulguer les noms des dirigeants concernés. Times of Israel a toutefois rapporté le mois dernier que les États-Unis avaient informé leurs interlocuteurs avoir obtenu l’engagement de l’Égypte, du Qatar, des Émirats arabes unis, du Royaume-Uni, de l’Italie et de l’Allemagne à ce que leurs dirigeants rejoignent Trump au sein du Conseil de paix.

Washington espère plus que doubler ce nombre, mais n’a enregistré que des succès limités à ce stade, a indiqué la semaine dernière un haut diplomate arabe. Selon lui, les États-Unis envisagent également de pourvoir les sièges vacants du panel avec des dirigeants de la Banque mondiale, du Fonds monétaire international (FMI) et du Forum économique mondial.

Lors d’un point presse mercredi, le premier responsable américain s’est toutefois montré optimiste quant à la composition du Conseil de paix, affirmant que Trump s’était personnellement impliqué dans la sélection des personnalités appelées à recevoir une invitation. Il a ajouté que des invitations avaient été envoyées plus tôt dans la journée à « de nombreux pays » et que « la réponse avait été très enthousiaste ».

Le président américain Donald Trump (à gauche) et le dirigeant de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, lors du sommet pour la paix à Gaza à Charm el-Cheikh, en Égypte, le 13 octobre 2025. (Crédit : Yoan Valat, Pool via AP)

« L’objectif est de créer une alternative au Hamas pour ceux qui aspirent à la paix et de réfléchir à la manière de leur donner les moyens d’agir », a expliqué le responsable américain à propos du comité technocratique palestinien, précisant que la liste complète de ses membres serait dévoilée dans le courant de la semaine.

« Notre rôle, au sein du Conseil de paix, consiste à les soutenir, à leur transmettre les meilleures pratiques mises en œuvre dans la région et à trouver des moyens de leur donner toutes les chances de réussir », a-t-il ajouté.

Le Conseil de paix disposera également d’un comité exécutif, qui sera dirigé par Nickolay Mladenov. L’ancien envoyé des Nations unies (ONU) au Moyen-Orient s’est vu attribuer le titre de haut représentant du Conseil de paix. L’ancien Premier ministre britannique Tony Blair, ainsi que les principaux conseillers de Donald Trump, Jared Kushner et Steve Witkoff, feront également partie de ce comité exécutif, ont indiqué des responsables à Times of Israel.

Le comité exécutif travaillera de manière plus étroite avec le comité technocratique que le Conseil de paix lui-même, qui ne se réunira que quelques fois par an et jouera essentiellement un rôle symbolique destiné à légitimer l’initiative, celle-ci devant lever des fonds importants.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu rencontre Nikolay Mladenov, ancien envoyé des Nations unies et futur représentant du Conseil de paix à Gaza, dans son bureau à Jérusalem, le 8 janvier 2026. (Crédit : Amos Ben Gershom/GPO)

La Turquie rejoindra-t-elle la Force internationale de stabilisation ?

Dans le cadre de la deuxième phase du plan en 20 points de Trump pour Gaza, une force internationale de stabilisation (ISF) doit également être mise en place afin d’assurer la sécurité dans la bande de Gaza.

Les États-Unis ont rencontré des difficultés pour convaincre des pays de se joindre à cette initiative, dans un contexte de spéculations persistantes autour du désarmement du Hamas. L’un des deux pays que Washington avait publiquement cités, l’Azerbaïdjan, a ainsi annoncé au début du mois qu’il ne participerait pas.

Le responsable américain qui s’est adressé aux journalistes a toutefois minimisé cet obstacle, affirmant qu’un nombre suffisant de pays s’étaient portés volontaires pour fournir des troupes et permettre à l’initiative d’aller de l’avant.

L’envoyé spécial américain Steve Witkoff et le gendre du président Donald Trump, Jared Kushner, accompagnés de l’envoyé économique du Kremlin Kirill Dmitriev, avant une réunion avec le président russe, au Kremlin, à Moscou, le 2 décembre 2025. (Crédit : Alexander Kazakov/Agence publique russe Sputnik/Pool/AFP)

Il a par ailleurs semblé confirmer les informations publiées par Times of Israel concernant la réduction du mandat de l’ISF, limitée à des missions telles que la sécurisation des frontières et l’acheminement de l’aide humanitaire, plutôt qu’à des opérations cinétiques visant à désarmer le Hamas.

« Une grande partie du travail à l’intérieur de Gaza sera effectuée par les forces de police palestiniennes locales, ce qui, selon nous, constitue l’élément le plus important de ce plan. C’est pourquoi nous y avons consacré beaucoup de temps », a déclaré le responsable américain.

Il a ajouté que davantage de précisions concernant l’ISF seraient communiquées dans environ deux semaines, indiquant qu’il ne s’agissait pas de la priorité immédiate de l’administration.

« L’ambiance est à la fête. Le fait que cela coïncide avec Davos donne presque l’impression que tout cela était écrit d’avance », a déclaré le responsable américain

Interrogé sur une éventuelle participation de la Turquie à l’ISF malgré l’opposition marquée d’Israël, le responsable américain a éludé la question, tout en soulignant le rôle qu’Ankara a joué jusqu’à présent.

« La Turquie a joué un rôle essentiel dans l’obtention du cessez-le-feu, et le président Trump est très reconnaissant envers le président Recep Tayyip Erdogan et son équipe. Ils ont accompli un travail remarquable en collaborant avec nous, et nous estimons qu’il est très important qu’ils soient impliqués, car ils exercent une influence sur le Hamas », a-t-il déclaré.

« Nous voulons voir la Turquie et Israël amorcer la reconstruction de leurs relations », a-t-il ajouté, jugeant qu’un calme durable à Gaza offrirait un cadre plus propice à ce rapprochement.

Le président américain Donald Trump (à droite) serrant la main du président turc Recep Tayyip Erdogan lors d’une réunion, dans le Bureau ovale, à la Maison Blanche, à Washington, le 25 septembre 2025. (Crédit : Evan Vucci/AP)

« Le président Erdogan est très attaché au peuple de Gaza. Nous espérons pouvoir amener les deux parties à modérer leur rhétorique, à se concentrer sur leurs intérêts respectifs et à prendre conscience des nombreux avantages qu’une coopération pourrait leur apporter », a encore déclaré le responsable américain.

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