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Netanyahu impose l’élection de son avocat au poste de contrôleur de l’État

Michael Rabello l'emporte par 61 voix contre 57 après un nouveau scrutin organisé à la suite d'allégations qui ont laissé entendre que des députés du Likud avaient reçu l'ordre de filmer leurs bulletins de vote pour prouver leur loyauté

Montage photos (de gauche à droite) : Le Premier ministre Benjamin Netanyahu votant pour le prochain contrôleur de l'État, à la Knesset, le 3 juin 2026 ; Me Michael Rabello, élu contrôleur de l'État par les députés le 3 juin 2026, à la Knesset le 1ᵉʳ juin 2026 ; Aliza Barashi, secrétaire du groupe parlementaire du Likud à la Knesset, entourée de députés et de responsables de la Knesset lors du vote chaotique visant à élire un nouveau contrôleur de l'État, le 3 juin 2026. (Crédits : Yonatan Sindel/Flash90 ; Yonatan Sindel/Flash90 ; Oren Ben Hakoon/Flash90)
Montage photos (de gauche à droite) : Le Premier ministre Benjamin Netanyahu votant pour le prochain contrôleur de l'État, à la Knesset, le 3 juin 2026 ; Me Michael Rabello, élu contrôleur de l'État par les députés le 3 juin 2026, à la Knesset le 1ᵉʳ juin 2026 ; Aliza Barashi, secrétaire du groupe parlementaire du Likud à la Knesset, entourée de députés et de responsables de la Knesset lors du vote chaotique visant à élire un nouveau contrôleur de l'État, le 3 juin 2026. (Crédits : Yonatan Sindel/Flash90 ; Yonatan Sindel/Flash90 ; Oren Ben Hakoon/Flash90)

Mercredi, les députés ont élu Michael Rabello, l’avocat personnel du Premier ministre Benjamin Netanyahu, contrôleur de l’État, par 61 voix contre 57, lors d’un second tour de scrutin controversé qui a été entaché d’accusations de pressions illégales.

Cette victoire a finalement été obtenue après l’interruption puis la reprise du second tour de scrutin – à la suite d’allégations qui ont laissé entendre que des députés du Likud auraient subi des pressions et qu’ils auraient reçu l’ordre de photographier, voire de filmer, leur bulletin de vote pour prouver qu’ils avaient voté pour Rabello et n’avaient pas « trahi » Netanyahu, alors que la loi exige le secret du vote.

Les dirigeants de l’opposition ont accusé le Likud d’avoir porté atteinte à l’intégrité de l’élection et ils ont annoncé leur intention de déposer un recours devant la Haute Cour de justice pour faire annuler le résultat, estimant que les députés avaient été intimidés pour justifier leur vote.

Le contrôleur de l’État – qui rend des comptes directs à la Knesset – est notamment chargé du contrôle externe des activités des ministères, des collectivités locales et des partis politiques, afin de préserver l’intérêt public. Le contrôleur sortant a également enquêté sur le rôle du gouvernement dans les défaillances qui avaient conduit conduit au pogrom perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas le 7 octobre 2023.

Rabello remplacera l’actuel contrôleur de l’État, Matanyahu Englman, dont le mandat de sept ans prendra fin cet été.

Cette fonction est censée être indépendante du Premier ministre et du gouvernement, ce qui rend la candidature de Rabello, et désormais son élection, particulièrement délicate, compte tenu de ses liens de longue date avec Netanyahu et des accusations qui ont laissé croire que des députés de la coalition avaient subi des pressions pour le soutenir.

Montage photos (de gauche à droite) : Le juge sortant de la Cour suprême Yosef Elron à la Cour suprême de Jérusalem, le 18 septembre 2025 ; l’avocat Michael Rabello à la Cour suprême de Jérusalem, le 23 avril 2026. (Crédits : Yonatan Sindel/Flash90)

Rabello a représenté Netanyahu dans diverses négociations politiques et il a agi pour le compte du Premier ministre et de son épouse, Sara, dans de nombreuses procédures judiciaires.

Entre autres affaires, il a représenté Netanyahu devant la Haute Cour à plusieurs reprises, notamment dans le cadre de recours contre le gouvernement exigeant la mise en place d’une commission d’enquête nationale sur les défaillances qui avaient entouré la prise d’assaut du territoire israélien, le 7-Octobre, et les atrocités qui avaient suivi.

L’élection, qui s’était initialement déroulée à bulletin secret conformément à la loi, a sombré dans le chaos après la victoire de Yosef Elron, ancien juge à la Cour suprême et candidat de l’opposition, au premier tour, avec 60 voix contre 57. Il lui manquait une seule voix pour atteindre les 61 nécessaires à la victoire, ce qui a signifié que plusieurs députés de la coalition avaient fait défection à la discipline du parti.

Bien qu’il ait été désigné par les partis d’opposition, Elron était également un candidat populaire auprès de certains députés de la coalition. Juriste conservateur nommé à la Cour suprême en 2017, il avait pris sa retraite en 2024 après avoir brigué, sans succès, la présidence de la Cour avec le soutien du ministre de la Justice, Yariv Levin.

Le président de la Cour suprême, Isaac Amit, et la procureure générale, Gali Baharav-Miara, ont tous les deux eu l’occasion de saluer les contributions apportées par Elron à la jurisprudence pénale israélienne.

Selon la presse israélienne, avant l’élection, des députés de la coalition, y compris des législateurs du Likud, le parti au pouvoir de Netanyahu, avaient également tenté de nommer Elron – mais le Premier ministre avait exercé des pressions en faveur de Rabello.

Netanyahu a immédiatement félicité Rabello pour son élection à ce poste et il a déclaré qu’il l’inviterait dans les prochains jours à une première réunion de travail.

« Nous travaillerons ensemble en étroite coopération pour le bien de la fonction publique de l’État d’Israël», a-t-il déclaré.

Pressions et loyauté

Des députés lors des élections du contrôleur de l’État, séance plénière de la Knesset, à Jérusalem, le 3 juin 2026. (Crédit : Oren Ben Hakoon/Flash90)

En vertu de la loi sur le contrôleur de l’État, aucun des deux candidats n’ayant obtenu le soutien de 61 députés au premier tour, un second scrutin a été organisé – scrutin à l’issue duquel le candidat ayant recueilli le plus grand nombre de voix l’a emporté, même sans obtenir 61 voix.

Cependant, le vote a sombré dans le chaos et il a finalement été interrompu, car il a semblé que des députés du Likud avaient reçu l’ordre de photographier ou de filmer leur vote pour prouver qu’ils avaient bien voté pour Rabello.

Après que la députée Keti Shitrit (Likud) a annoncé qu’elle filmerait son vote derrière le rideau, provoquant la colère des membres de l’opposition qui ont exigé un nouveau scrutin, les médias israéliens ont rapporté qu’Aliza Barashi, la responsable de la faction du Likud, avait donné pour instruction aux législateurs de filmer leur vote, ce qui est contraire à la loi de la Knesset.

À la suite de ces remous, la séance a été temporairement suspendue, tandis que les députés de la coalition soupçonnés d’avoir soutenu Elron au premier tour ont été, semble-t-il, convoqués au bureau de Netanyahu.

Aliza Barashi (au centre), secrétaire du groupe parlementaire du Likud à la Knesset, entourée de députés et de responsables de la Knesset lors du vote chaotique visant à élire un nouveau contrôleur de l’État, dans l’hémicycle de la Knesset, le 3 juin 2026. (Crédit : Oren Ben Hakoon/Flash90)

Le président de la Knesset, Amir Ohana, a alors ordonné de recommencer entièrement le deuxième tour afin de « préserver l’intégrité du processus et de lever tout doute ».

« Si quelqu’un a donné l’instruction de photographier les bulletins de vote dans l’isoloir, c’était illégal et invalide », a-t-il ajouté.

Cependant, Ohana a également rejeté la recommandation faite par la conseillère juridique de la Knesset, Sagit Afik, visant à interdire les téléphones dans la zone de vote afin de protéger le secret du scrutin, estimant que les députés pouvaient se photographier s’ils le souhaitaient.

Plusieurs députés l’ont fait par la suite, notamment les législateurs du Likud Sasson Guetta et Hanoch Milwidsky, ainsi que les ministres du Likud May Golan et Shlomo Karhi, qui ont ouvertement filmé leur vote dans l’isoloir, manifestant ainsi leur loyauté envers le Premier ministre.

Rabello a finalement remporté le second tour – ce qui a indiqué que plusieurs membres de la coalition, qui avaient voté pour Elron au premier tour, avaient changé d’avis sous la pression, choisissant de soutenir le choix de Netanyahu au second tour.

Un législateur du Likud, qui a souhaité garder l’anonymat, a déclaré à la chaîne N12 que des pressions intenses avaient été exercées sur les députés qui envisageaient de défier Netanyahu, alors que le Likud se prépare à organiser des primaires pour sa liste à la Knesset avant le 28 juillet. Ce scrutin déterminera les candidats à partir de la deuxième place sur la liste électorale du parti et de nombreux députés sortants devraient se disputer ces places.

« Une pression énorme a été exercée sur nous pour que nous votions pour Rabello », a déclaré ce député.

« Un député proche de Netanyahu m’a parlé et m’a dit : ‘Respecte le Premier ministre, fais-lui plaisir.’»

L’opposition promet de saisir la justice

Les partis d’opposition ont unanimement condamné ce scrutin et ils ont rapidement annoncé leur intention de contester le résultat devant les tribunaux, estimant que l’intégrité du vote secret avait été irrémédiablement compromise.

Le chef du parti Yesh Atid, Yaïr Lapid, a déclaré qu’il présenterait un recours devant la Haute Cour de justice au nom de sa liste commune « BeYahad », formée avec l’ancien Premier ministre Naftali Bennett.

« Le Likud a entaché les élections au poste de contrôleur de l’État », a déclaré Lapid, ajoutant qu’il présenterait un recours devant la justice pour « atteinte au secret du scrutin » de la part du parti, ainsi qu’en raison de «l’intervention d’Ohana au nom de la faction du Likud concernant le poste de conseiller juridique ».

Le chef de l’opposition Yaïr Lapid et le chef du parti Yisrael Beytenu, Avigdor Liberman, assistant à l’élection du contrôleur de l’État, à la Knesset, à Jérusalem, le 3 juin 2026. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

« Il ne s’agissait pas de votes libres, mais d’une extorsion de la part des députés du Likud, qui étaient sous la menace d’une prime sur leur tête », a déclaré Bennett, ajoutant que ces votes devaient être « invalidés ».

Bennett a accusé Netanyahu et son gouvernement d’avoir nommé Rabello au poste de contrôleur de l’État afin de se soustraire à toute enquête sur le 7-Octobre.

« Ce gouvernement ne reculera devant rien pour éluder la vérité et échapper à sa responsabilité dans le plus grand massacre de l’histoire de l’État », a déclaré Bennett dans un message vidéo préenregistré.

« Si nommer un avocat privé au poste de contrôleur de l’État est ce qu’il faut pour étouffer la recherche de la vérité, alors c’est ce qu’ils feront », a-t-il poursuivi.

Comparant le parti à la mafia et qualifiant Rabello de « consigliere » de Netanyahu, Bennett a déclaré que cette élection « manifestement illégale » portait atteinte à l’indépendance d’une institution chargée de superviser le gouvernement et d’enquêter sur les manquements des fonctionnaires.

D’autres députés de l’opposition ont comparé la gestion de l’affaire par le Likud à celle d’une organisation criminelle.

La députée Naama Lazimi (Les Démocrates) a qualifié la directive de photographier les bulletins de vote de « mafieuse et illégale », décrivant le Likud comme « une organisation criminelle à part entière », tandis que le député Moshe Tur-Paz (Yesh Atid) a également dénoncé cette affaire en évoquant « le comportement d’une organisation criminelle ».

Le chef du parti Yisrael Beytenu, Avigdor Liberman, a accusé Netanyahu de tenter de transformer la Knesset en « une assemblée de chiffonniers », déclarant que « la Corée du Nord est parmi nous ».

« Autrefois, [Netanyahu] voulait photographier les citoyens arabes alors qu’ils votaient. Aujourd’hui, il veut photographier ses serviteurs alors qu’ils votent à la Knesset », a déclaré Ayman Odeh, chef de l’alliance arabe radicale Hadash-Taal, faisant référence aux tentatives passées du Likud d’installer des caméras dans les bureaux de vote arabes.

Plusieurs députés de l’opposition ont fait valoir que cette controverse soulevait des inquiétudes plus générales quant à l’intégrité des prochaines élections législatives en Israël, qui doivent se tenir avant le 27 octobre, mais qui pourraient avoir lieu plus tôt si la Knesset votait sa propre dissolution.

Ils ont affirmé que les tentatives de faire pression sur les députés pour qu’ils révèlent leur vote lors d’un scrutin à bulletin secret offraient un aperçu inquiétant de la manière dont le parti au pouvoir pourrait se comporter lors des prochaines élections, ravivant ainsi les accusations de longue date de l’opposition selon lesquelles Netanyahu et le Likud seraient prêts à éroder les normes démocratiques à des fins politiques.

« Le scandale criminel et illégal qui se déroule actuellement à l’occasion de l’élection du contrôleur de l’État n’est qu’un avant-goût de ce qui nous attend lors des prochaines élections à la Knesset », a déclaré Merav Michaeli, députée du parti Les Démocrates et ancienne cheffe d’Avoda.

Yulia Malinovsky (Yisrael Beytenu) a, pour sa part, déclaré d’un ton sec que la prochaine étape du Likud serait «d’exiger que les citoyens se photographient dans l’isoloir».

Le député Vladimir Beliak (Yesh Atid) a lancé un avertissement similaire : « Si vous avez le moindre doute quant à la volonté du Likud de porter atteinte à l’intégrité des élections, regardez ce qui se passe en ce moment même en séance plénière, avec l’élection du contrôleur de l’État. Ce n’est qu’un avant-goût. »

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