Interdits au Royaume-Uni, Cenk Uygur et Hasan Piker s’exprimeront devant l’Oxford Union à distance
La présidente du groupe, sommée de démissionner pour avoir fait l'éloge du Hamas, promet de poursuivre les discussions avec Cenk Uygur et Hasan Piker, tous deux accusés d'antisémitisme
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Le commentateur politique progressiste américain Cenk Uygur et le streameur de gauche Hasan Piker prendront la parole devant l’Oxford Union, samedi, par visio-conférence, les autorités du Royaume-Uni les ayant interdit de séjour.
Le gouvernement britannique n’a pas expliqué sa décision, se contentant de déclarer que « leur présence au Royaume-Uni pourrait ne pas être propice au bien public ».
Arwa Elrayess, présidente de l’Oxford Union, un cercle de débat situé dans la ville universitaire d’Oxford et dont les membres sont principalement issus de l’université, a déclaré : « Cet événement ne sera pas annulé. L’Union veillera à ce que cette discussion ait lieu. La liberté d’expression n’a pas besoin de visa. »
« L’Oxford Union a été fondée sur un principe unique : les idées doivent être contestées par le débat, et non réduites au silence par décret. Nous n’avons jamais refoulé un intervenant en raison de ses convictions politiques, et nous n’avons jamais demandé de formulaire d’autorisation à l’État. Nous n’allons certainement pas commencer maintenant », a-t-elle ajouté.
Uygur, l’animateur de l’émission d’actualités « The Young Turks » sur YouTube, accuse fréquemment Israël de commettre un génocide dans la bande de Gaza et de s’approprier la politique américaine. Selon un article du Times, la décision de l’interdire aurait été motivée par la crainte qu’il ne contribue à attiser l’antisémitisme.
L’émission — qui a fait d’Israël l’essentiel de ses activités depuis 2023 — diffuse régulièrement des informations ultérieurement réfutées au sujet des attaques israéliennes, et ses animateurs ont amplifié des théories du complot liant l’État juif à des événements, à commencer par le 11 septembre.
Piker, un streameur qui se trouve être le neveu d’Uygur, se dit lui-même socialiste ; il a soutenu des groupes terroristes et fait régulièrement allusion à ses sympathies pour les violences politiques. Il a décrit le Hamas comme étant « mille fois meilleur qu’Israël ».
Piker a par ailleurs comparé les sionistes aux nazis et qualifié les juifs orthodoxes de « consanguins ».
Elrayess a également fait l’objet de critiques suite à des messages divulgués dans lesquels elle déclarait à propos du Hamas : « Tout groupe de résistance sera inévitablement considéré comme une organisation « terroriste » par l’Occident jusqu’à ce qu’il obtienne sa libération (moment auquel il sera salué comme un héros, comme l’histoire l’a prouvé à maintes reprises). »
Elrayess est la première personne d’origine palestinienne à occuper la présidence de ce groupement. L’étudiante d’Oxford a passé une partie de son enfance à Gaza et perdu des proches lors de la récente guerre.
Elle fait aujourd’hui l’objet d’appels à la démission suite à des déclarations dans lesquelles elle aurait affirmé à d’autres étudiants que l’invasion du sud d’Israël par le Hamas, le 7 octobre 2023, était « justifiée ». Selon le journal Telegraph, qui a dévoilé l’affaire mardi, Elrayess a tenu ces propos en septembre dernier, au sein d’un groupe WhatsApp privé destiné à des étudiants sur le point d’entamer des études de sciences politiques, de philosophie et d’économie à Oxford.
Au cours d’une discussion sur la guerre à Gaza, Elrayess aurait confié aux quelque 100 autres membres du groupe : « À mon avis, la dureté de la résistance est souvent proportionnelle à la sévérité de l’oppression. »
Lorsqu’un autre membre a contesté sa déclaration, elle est revenue à la charge en affirmant : « Certains diront que la riposte est disproportionnée. Mais avez-vous vu ce qu’Israël fait subir aux Palestiniens depuis des décennies ???? »
Plus de 1 200 personnes ont été tuées lors du pogrom du 7-Octobre, marqué par des massacres généralisés de civils, des viols et l’enlèvement de 251 personnes, parmi lesquelles des enfants, qui ont été emmenées de force et pris en otages dans la bande de Gaza. Cette attaque a déclenché une guerre dévastatrice à Gaza au cours de laquelle près de 70 000 personnes ont trouvé la mort, dont plus de la moitié étaient des civils.
Dans une déclaration au Telegraph, Elrayess a déclaré : « Mes messages sont rédigés dans un style informel ; ils ne constituent ni un mémoire juridique ni une déclaration publique. Je me réjouis toutefois de pouvoir apporter des précisions sur le contexte, sur les faits et sur ce que j’ai ou n’ai pas soutenu. »
Elrayess a souligné que ces messages avaient été envoyés dans un cadre privé et que, dans le cadre de ses fonctions à l’Oxford Union, elle avait toujours activement promu l’expression de personnes avec lesquelles elle était en désaccord, à commencer par l’activiste anti-Islam Tommy Robinson et un soldat israélien.
Au cours de la discussion, a-t-elle affirmé, « j’ai expressément précisé dans mes messages que mes commentaires ne constituaient en aucun cas une apologie de la violence ni une tentative de légitimisation de celle-ci. Il s’agissait d’une description théorique du contexte structurel du conflit, expliquant pourquoi la violence n’est tragiquement pas surprenante au vu des décennies d’occupation, de blocus, de viols, de tortures, de déplacements, de nettoyage ethnique et de génocide. »
Un porte-parole de l’université d’Oxford a par ailleurs indiqué au journal : « L’université a mis en place des politiques et des procédures pour examiner les questions soulevées par les étudiants ou le personnel. Nous ne faisons pas de commentaires sur des étudiants en particulier. »
A statement from the President, Arwa Elrayess: pic.twitter.com/3daG29vZtY
— Oxford Union (@OxfordUnion) June 1, 2026
La Campagne contre l’antisémitisme a exigé la destitution d’Elrayess.
« Toute tentative d’excuser ou de minimiser ces propos doit non seulement écarter la personne concernée du poste de président de l’Oxford Union – qui est l’un des postes les plus prestigieux au sein de l’une des institutions les plus prestigieuses du Royaume-Uni –, mais aussi la rendre inapte à occuper n’importe quel autre poste », a-t-elle indiqué dans un communiqué.
« L’université d’Oxford doit prendre des mesures pour protéger ses étudiants contre les extrémistes. La police se doit d’enquêter sur certains de ces propos, que nous allons porter à l’attention de nos avocats. »
Par ailleurs, selon le journal, Uygur et Piker ne prendront pas la parole lors d’un autre événement auquel ils devaient participer, le SXSW London.
« Nous avons été informés que Cenk Uygur et Hasan Piker ne peuvent pas se rendre au Royaume-Uni suite à une décision du ministère de l’Intérieur », a expliqué un porte-parole. « Ils ne participeront donc pas au programme du SXSW London cette année. »
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