Six pays se sont engagés à rejoindre le Conseil de paix de Trump, selon des responsables
L’Égypte, le Qatar, les Émirats arabes unis, le Royaume-Uni, l’Italie et l’Allemagne devraient superviser la reconstruction de Gaza ; aucun engagement n’a été pris pour la Force internationale de sécurité
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Jacob Magid est le correspondant du Times of Israël aux États-Unis, basé à New York.

WASHINGTON – Les États-Unis ont indiqué à leurs interlocuteurs avoir obtenu l’engagement de l’Égypte, du Qatar, des Émirats arabes unis, du Royaume-Uni, de l’Italie et de l’Allemagne pour que leurs dirigeants rejoignent le président américain Donald Trump au sein du Conseil de paix chargé de superviser la gestion de Gaza après la guerre, ont confié quatre responsables au Times of Israel.
Les engagements pris par six pays, parmi lesquels figurent des acteurs majeurs du Moyen-Orient et de l’Europe, constituent un soutien international crucial aux efforts de l’administration Trump pour faire avancer son plan de paix pour Gaza au-delà de la phase initiale du cessez-le-feu.
La volonté de siéger au Conseil de paix ne garantit toutefois pas un soutien supplémentaire de la part de chacun de ces pays, selon un responsable américain, un responsable israélien et deux diplomates arabes qui se sont exprimés auprès du Times of Israel sous couvert d’anonymat.
Les États-Unis espèrent néanmoins qu’une participation large et de haut niveau au Conseil de paix renforcera la légitimité internationale de l’initiative et augmentera la probabilité que des pays acceptent d’apporter des financements, des troupes ou d’autres formes de soutien.
Dans cette optique, Washington cherche à convaincre environ six autres dirigeants de rejoindre l’instance présidée par Trump, et en particulier, le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane (MBS) et le président turc Recep Tayyip Erdogan.
Ni le département d’État américain ni les ministères des Affaires étrangères des pays concernés n’ont répondu aux demandes de commentaires.
Les yeux rivés sur Riyad et Ankara
Trump a même déclaré publiquement lors de la visite de MBS à Washington le mois dernier qu’il espérait voir le dirigeant de facto du royaume le rejoindre au sein du Conseil de paix.
Les quatre responsables ont indiqué que Ryad hésitait encore à prendre une telle décision, dans l’attente d’une plus grande clarté sur la situation à Gaza. Le groupe terroriste palestinien du Hamas s’est en effet engagé à conserver ses armes, tandis que, depuis la signature d’un cessez-le-feu fragile le 9 octobre, les forces israéliennes ouvrent le feu ou mènent des frappes contre des Palestiniens franchissant presque quotidiennement la ligne de cessez-le-feu.
Si MBS considéré comme un atout pour le Conseil de paix, Israël continue, pour sa part, de s’opposer à l’implication de la Turquie dans la gestion de l’après-guerre à Gaza, en particulier au sein de la Force internationale de stabilisation (ISF) prévue par le plan Trump, qui envisage un retrait progressif de Tsahal de la bande de Gaza.
Le responsable israélien a indiqué s’attendre à un renforcement de la pression américaine dans les semaines à venir, afin d’amener Jérusalem à lever son veto global à la participation turque à l’après-guerre à Gaza et à accepter un compromis. Celui-ci pourrait prendre la forme d’une présence d’Erdogan au sein du Conseil de paix, ou d’une implication d’Ankara dans la structure de commandement de la Force internationale de stabilisation, même en l’absence de troupes turques déployées sur le terrain à Gaza.
Problèmes liés au mandat de la Force internationale de stabilisation
Obtenir des engagements de troupes étrangères pour la Force internationale de stabilisation s’est révélé bien plus difficile que de rallier des pays au Conseil de paix, les États cherchant encore à clarifier le mandat de la force et exprimant par ailleurs un malaise généralisé face aux conditions quasi guerrières qui prévalent sur le terrain à Gaza.
Washington a tenté de répondre à certaines de ces préoccupations lors d’une conférence organisée mardi à Doha par le Commandement central américain, au cours de laquelle sa vision de l’ISF a été présentée à des représentants de plusieurs dizaines de contributeurs potentiels.
Cinq modalités de participation à l’ISF ont été exposées : le déploiement de troupes, l’envoi d’agents des forces de l’ordre, un soutien logistique, la formation de policiers palestiniens ou un appui financier.
Si des précisions ont été apportées concernant la taille, la composition et la structure de commandement de l’ISF, ainsi que sur certains aspects de son mandat, les questions les plus sensibles, notamment celles liées au désarmement du Hamas, restent sans réponse, ont indiqué les deux diplomates arabes.
La résolution que les États-Unis ont fait adopter au Conseil de sécurité de l’ONU prévoit que l’ISF « garantira » la démilitarisation de Gaza. Washington a toutefois indiqué à ses interlocuteurs qu’il ne s’attendait pas à un déploiement initial de la force dans la moitié occidentale de la bande de Gaza, actuellement sous le contrôle de facto du Hamas et qualifiée de « zone rouge », selon les quatre responsables.
Les États-Unis souhaitent plutôt, dans un premier temps, stationner l’ISF le long de la « ligne jaune », à laquelle Israël s’est retiré au début du cessez-le-feu d’octobre, ce qui laisserait à l’État hébreu le contrôle d’environ 53 % de la bande de Gaza, ont précisé les mêmes sources.
Washington a également fait savoir aux contributeurs potentiels qu’il n’envisageait pas que l’ISF affronte activement le Hamas pour lui retirer ses armes, mais comptait plutôt sur le respect, par le groupe terroriste, d’un plan de désarmement progressif.
Les deux diplomates arabes ont néanmoins souligné que les discussions sur un tel accord entre le Hamas et les médiateurs du Moyen-Orient en étaient encore à un stade très précoce et que l’implication américaine restait limitée. L’envoyé de Trump, Steve Witkoff, devait rencontrer le principal négociateur du Hamas, Khalil al-Hayya, le mois dernier, mais cette réunion a été annulée et n’a pas été reprogrammée depuis.
Rome se manifeste
Par ailleurs, l’Italie a récemment réaffirmé sa volonté de déployer ses carabiniers et des forces militaires au sein de la Force internationale de stabilisation (ISF), a indiqué un responsable américain, confirmant une information publiée par le quotidien italien La Repubblica.
Mais, à l’instar de l’Azerbaïdjan et de l’Indonésie, Rome souhaite obtenir davantage de précisions sur le mandat de l’ISF avant de s’engager officiellement, a précisé ce responsable.
Les États-Unis entendent organiser une conférence de suivi à Washington autour de la deuxième semaine de janvier et espèrent que les questions en suspens auront été réglées d’ici là. Toutefois, les deux diplomates arabes et le responsable israélien ont fait part d’un profond scepticisme quant à la volonté de l’administration Trump de déployer la force dès ce même mois.
L’administration a déjà repoussé l’annonce par Trump de la deuxième phase du cessez-le-feu, initialement prévue pour la mi-décembre ou la fin décembre. Le président a indiqué la semaine dernière qu’elle interviendrait finalement au début de l’année prochaine.
Les quatre responsables ont enfin souligné que la rencontre prévue le 29 décembre entre Netanyahu et Trump à Mar-a-Lago sera déterminante pour lever nombre des obstacles qui empêchent encore les pays de trancher sur l’ampleur de leur participation à la gestion de l’après-guerre à Gaza.
Le Hamas ralentit les recherches pour retrouver Gvili
De son côté, Israël a rejeté l’idée d’un processus de désarmement progressif, réduisant d’autant la probabilité qu’il accepte de retirer davantage ses forces de l’intérieur de la bande de Gaza, ont indiqué les quatre responsables.
Jérusalem s’oppose également à un passage à la deuxième phase du cessez-le-feu tant que la dépouille du dernier otage, Ran Gvili, ne lui aura pas été restituée.
Les deux diplomates arabes ont précisé que les recherches menées par le groupe terroriste palestinien du Hamas et le Jihad islamique palestinien pour retrouver Gvili avaient ralenti ces derniers jours, dans un contexte de frappes israéliennes à Gaza. Une frappe de Tsahal menée au cours du week-end a tué un haut commandant du Hamas, Raed Saad, une opération que Washington a reconnue en privé comme constituant une violation du cessez-le-feu, a indiqué le responsable américain.
Les deux diplomates arabes ont ajouté qu’il n’était pas immédiatement possible de déterminer si le ralentissement des recherches était dû aux conditions de sécurité difficiles sur le terrain ou constituait une réponse du Hamas aux frappes israéliennes.
Israël ne se montre pas non plus enthousiaste à l’idée que le Qatar siège au Conseil de paix. Le responsable israélien a toutefois reconnu que Jérusalem ne pouvait pas apparaître comme bloquant l’ensemble des volets du plan Trump.
De surcroît, le Conseil de paix est en grande partie symbolique. La responsabilité réelle de la gestion et de la supervision devrait revenir à un comité exécutif intermédiaire composé de Steve Witkoff, de Jared Kushner, autre conseiller de Trump, de l’ancien Premier ministre britannique Tony Blair et de l’ancien envoyé spécial des Nations unies au Moyen-Orient Nickolay Mladenov, tous entretenant, selon le responsable israélien, des relations de travail productives avec les dirigeants israéliens.
Le comité exécutif comprendra également plusieurs chefs d’entreprise américains de premier plan. Mladenov sera par ailleurs chargé de superviser le comité technocratique palestinien responsable de la gestion des affaires courantes dans la bande de Gaza, a précisé le responsable israélien.
Une source proche du dossier a enfin indiqué que les États-Unis s’employaient à finaliser la charte du Conseil de paix. Une fois ce document achevé, des invitations officielles seront envoyées, y compris aux pays et dirigeants qui se sont déjà engagés à y participer.
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