Le festival de poésie de Metula s’installe à Jérusalem pour la 3e année consécutive
Cet événement littéraire fête ses 29 ans, mais la ville du nord, bombardée par le Hezbollah, ne peut pas encore accueillir de visiteurs
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Jessica Steinberg est responsable notre rubrique « Culture & Art de vivre »

Pour la troisième année consécutive, le festival de poésie de Metula se tiendra à Jérusalem plutôt que dans la ville du nord d’Israël qui lui a donné son nom, à la frontière avec le Liban, durement éprouvée par la guerre.
Metula s’est transformée en ville fantôme temporaire lorsque, à la suite du pogrom perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas dans le sud d’Israël le 7 octobre 2023, le Hezbollah a ouvert un deuxième front contre Israël.
Soumise aux tirs de roquettes et de drones du groupe terroriste chiite libanais, soutenu par l’Iran qui a pris la région pour cible, la ville a été évacuée et ses habitants sont restés déplacés pendant plus d’un an.
La dernière vague de combats avec le Hezbollah, au cours de laquelle le groupe terroriste a de nouveau pris pour cible le nord d’Israël, a encore retardé le retour à la normale.
Metula est toujours en reconstruction et une partie de ses quelque 2 000 habitants n’est pas encore rentrée.
La poétesse Karen Alkalay-Gat, habituée du festival et parmi les intervenants de cette édition, a confié que le charme particulier de Metula lui manquerait.
« Je préfère le festival lorsqu’il a lieu à Metula », a déclaré Alkalay-Gat.
Elle sera néanmoins présente le 26 août à la Confederation House de Jérusalem, où le festival se tiendra du 25 au 27 août sous la direction d’Effie Benaya, pour parler de son dernier ouvrage, Here Lies a Poet: Journeys to Poets’ Graves, récit de ses pérégrinations sur les traces de poètes jusque sur leurs lieux de sépulture.
Si nombre de rencontres et de tables rondes seront consacrées aux poètes et écrivains israéliens, d’autres permettront de découvrir les travaux et les recherches de personnalités du monde littéraire local comme Karen Alkalay-Gat, qui a enseigné la littérature anglaise pendant des dizaines d’années à l’université de Tel Aviv.
Son projet consacré aux tombes de poètes est né presque par hasard, il y a une dizaine d’années.
Arrivée à l’aéroport de Newark, dans le New Jersey, bien trop tôt le matin pour se rendre chez ses hôtes, elle s’est souvenue d’un poème d’Allen Ginsberg consacré à la tombe de son père, située non loin de là et pour laquelle le poète avait donné des indications précises.
« C’était à environ huit minutes à pied de l’aéroport », a raconté Alkalay-Gat.
« Nous avons pris un taxi, mais nous avons suivi ses indications et nous avons trouvé la tombe. C’était vraiment incroyable. »
Sur place, elle s’est penchée sur l’inscription en hébreu gravée sur la tombe du père de Ginsberg. La visite lui a également rappelé ses échanges avec le poète lors de ses passages à l’université de Tel Aviv et leurs conversations sur les tombes de membres de sa famille en Israël.
Cette première visite en a entraîné beaucoup d’autres : la tombe d’Herman Melville, dépourvue d’épitaphe ; celle de la poétesse yiddish Anna Margolin, enterrée sous un autre nom ; celle de William Yeats, et bien d’autres encore.
Une remarque lancée un jour à Benny Ziffer, rédacteur littéraire de Haaretz et directeur du festival, a fini par donner une autre dimension à ce qui n’était jusque-là qu’un intérêt personnel : d’abord un article, puis un livre, désormais disponible en hébreu.
Née en Angleterre de parents réfugiés qui ont émigré aux États-Unis avant de s’installer à Rochester, dans l’État de New York, Alkalay-Gat estime que son intérêt pour les tombes de poètes est aussi une affaire d’âge.
« Quand on est plus jeune, on ne s’intéresse pas aux tombes », a-t-elle déclaré.
« Et quand on est plus âgé, ce n’est pas très réjouissant non plus. »
Alkalay-Gat continue d’écrire de la poésie en hébreu, en anglais et en yiddish.
Au-delà de cette rencontre consacrée aux tombes de poètes, les tables rondes du festival aborderont notamment le rôle de la poésie en temps de guerre, la poésie d’extrême-droite et la poésie politique, la poésie arabe en Israël, la traduction littéraire, la place de la littérature dans la société israélienne, ainsi que la poésie laïque et religieuse.
Et si le festival ne se déroule toujours pas à Metula, la ville du nord restera au cœur de ces trois journées.
L’une des premières rencontres de cette 29ᵉ édition lui sera consacrée, avec des lectures de poèmes sur Metula et la guerre dans le nord. Habitants et responsables locaux, entre autres participants, y partageront également leurs souvenirs de la ville.
Le programme complet est disponible sur le site de la Confederation House (en hébreu).
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