Le gouvernement israélien est aussi en guerre contre l’environnement
En cédant aux pressions des médias et politiciens populistes, la coalition a précipité la politique environnementale dans l'arène politique, loin du champ de la science
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Les dirigeants du « Centre Heschel pour le Développement durable » n’auraient jamais imaginé que le ministre de l’Éducation, Yoav Kisch, irait aussi loin.
Ce centre, qui est à la fois le centre névralgique et scientifique du mouvement écologiste israélien, s’est fait une spécialité – celle de la création de programmes et d’ateliers dédiés aux questions environnementales et climatiques pour tous les pans de la société israélienne.
Parmi ces secteurs, il y a parfois – mais pas assez souvent – les journalistes. Il y a de cela une vingtaine d’années, on m’avait invité à participer à l’un de ces courts séminaires. Et en l’espace d’un week-end, on m’avait exposé un monde de connaissances, de dilemmes et de défis alors à peine effleurés, que ce soit au sein du système éducatif, des médias ou dans l’arène politique – des sujets tels que l’eau, l’énergie, l’agriculture, les déchets, l’alimentation ou encore la santé.
Il y a de cela trois ans, le Centre Heschel a proposé « Tevel », son programme sur la crise climatique destiné aux hauts fonctionnaires du ministère de l’Éducation, avec pour objectif de leur donner des connaissances utiles à transmettre à la jeune génération.
Composé d’une vingtaine d’heures de cours et d’un séminaire de plusieurs jours, le programme a nécessité deux ans d’organisation. Le ministère en avait dûment validé le contenu et les premiers diplômés l’avaient chaleureusement recommandé. La troisième promotion était prévue, avec une participation du ministère de l’ordre de 500 000 shekels.
C’était sans compter sur la Quatorzième chaîne – de droite -, qui s’en est pris à Kisch. Ce qu’elle lui reproche : le fait de financer des gauchistes.
Pour être parfaitement clair sur la question, personne n’avait jamais rien laissé entendre de tel au sujet du programme ou des personnes chargées de le délivrer. Mais on a fouillé dans les profondeurs de l’offre du Centre Heschel, faite de nombreux programmes de formation, et notamment de ce programme d’études environnementales approfondies.
Parmi les bénéficiaires de ce programme figurent les ex-députés Dov Khenin, Gaby Lasky et d’autres noms plus ou moins connus de la gauche. La présidente du Centre (sur le départ) n’est autre que l’ex-députée et présentatrice de télévision Miki Haimovich, par ailleurs membre du parti Kakhol lavan-HaMahane HaMamlahti.
Il n’en fallait pas plus pour que la Quatorzième chaine exige que le ministre de l’Éducation mette fin au programme. Et le plus inquiétant dans toute cette histoire, c’est que cela a marché.
Au lieu de se défendre et de rejeter ces accusations infondées en remettant à leur place ces provocateurs, Kisch, ébranlé, s’est empressé d’annoncer le gel des subventions de ce programme et son prochain réexamen.
Quand Zman Israel, le site Internet en hébreu du Times of Israel, avait commencé à en parler en mai dernier, le Centre Heschel avait estimé qu’il était préférable de faire profil bas en attendant que la tempête passe.
Il espérait qu’une fois les esprits apaisés et la chasse aux sorcières de gauche terminée, les préparatifs de rentrée pourraient reprendre. Mais il s’avère que ce n’était pas la bonne tactique.
Aussi bien les hauts fonctionnaires du ministère ayant participé aux premières sessions que ses personnels ont pressé Kisch de reconsidérer sa décision – en vain. Il y a de cela deux semaines, le ministère de l’Éducation a annoncé l’annulation du programme et des subventions qui y étaient rattachées. L’annonce s’est faite sans explications.
Ceci montre sans ambiguïté la direction que le gouvernement et le ministre de l’Éducation ont choisie pour le pays.
Le Centre Heschel est le dépositaire de considérables connaissances scientifiques, promoteur d’une vision exhaustive et constamment actualisée des défis auxquels l’humanité est et sera confrontée dans les décennies et siècles à venir. Le ministre de l’Éducation a, lui, choisi l’ignorance.
« Nous n’arrêtons pas de nous plaindre que le monde nous boycotte », confie une source interne au ministère de l’Éducation, « mais c’est nous qui nous excluons du cercle des nations éclairées. »
Kisch n’est pas le seul dans cette affaire.
Le programme Tevel était en effet une initiative conjointe du ministère de l’Éducation, du Centre Heschel et du ministère de la Protection de l’environnement. La ministre de la Protection de l’environnement, Idit Silman, aurait dû résister et se battre pour garder le programme – après tout, la sensibilisation des ministères à la crise climatique est une priorité absolue de ses services.
Et Silman n’a pas dit un mot. Elle aussi dépend de ses électeurs de droite et a besoin du soutien de la Quatorzième chaine Or, dans ces milieux, la « crise climatique » n’a pas la cote.
Silman le sait, et ces derniers temps, il semble qu’elle se soit faite à l’idée que le ministère des Finances, dirigé par le chef du parti d’extrême droite HaTzionout HaDatit, Bezalel Smotrich, bloque son projet de loi « Climat », en train de pourrir dans les sous-sols de la Commission ministérielle de la législation.
Par ailleurs, Silman a suspendu les subventions aux organisations environnementales – 11 millions de shekels issus de frais liés à l’environnement et d’amendes que le Fonds pour la propreté avait d’ores et déjà alloués à la protection de l’environnement.
Dans un premier temps, Silman s’est justifiée en invoquant des « contraintes budgétaires », mais cet argent ne provient pas du budget du ministère de la Protection de l’environnement et les coffres sont loin d’être vides. La véritable raison semble être apparue il y a peu.
« Arutz 7 », un site d’information de droite, s’est dit informé par des « sources internes au ministère de la Protection de l’environnement » que ces fonds auraient en fait été alloués à des « ONG proches de la gauche sous couvert d’organisations environnementales ».
Ces sources ministérielles anonymes auraient ajouté que « quelqu’un, enfin, contrôlait et surveillait ce qui se faisait. Pendant des années, l’argent est allé à des ONG d’extrême gauche en toute opacité… Silman a mis fin à l’utilisation abusive et cynique de fonds publics en bloquant ces 11 millions de shekels qui auraient, sinon, été gaspillés par des ONG politiques qui pratiquent le verdissage [NDLT : le greenwashing]. »
L’affaire est examinée par la Cour Suprême suite au recours introduit par des ONG. Mais Silman, elle, gagne sur les deux tableaux, quelle que soit l’issue : en effet, si la Cour l’oblige à débloquer les fonds, elle pourra dire que c’est la décision de juges de gauche et marquer ainsi des points auprès de sa base.
Le glissement ouvertement politique des questions environnementales, reflet du mépris de la base pour tout ce qui est « vert », gagne du terrain à mesure que les primaires et les élections se rapprochent.
Par ailleurs, Silman égrène moult promesses aux résidents d’implantations.
Lors d’un événement en soutien au mouvement des implantations qui s’est tenu à Binyamin, la semaine dernière, elle a présenté à un journaliste d’Arutz 7 son projet de « souveraineté environnementale en Judée-Samarie ».
Lors de ce même événement, elle a lancé de nouvelles piques aux Verts et à ceux qui manifestent contre le gouvernement pour que soit conclu un armistice assorti d’un accord pour la libération de tous les otages aux mains du Hamas : « Ces gens qui manifestent aujourd’hui à propos des otages », a-t-elle dit, « sont les mêmes qui parlaient du climat, et aujourd’hui ils brûlent des pneus dans les rues avec leurs députés ».
Silman a par ailleurs récemment promis de s’attaquer au grave problème de l’incinération des déchets en Cisjordanie, qui représente en effet un grave danger – mais de tels incendies se produisent également côté israélien de la Ligne verte, sans que Silman et son gouvernement parviennent à y remédier.
Selon le rapport de l’inventaire des émissions environnementales publié par son propre ministère, la semaine dernière, 75 % des substances cancérigènes en Israël sont rejetées dans l’air par l’incinération illégale des déchets – et c’est sans compter les incendies en Cisjordanie.
Alors que les ministres israéliens ne cessent de s’en prendre aux écologistes, c’est l’environnement – ce qu’ils sont supposés protéger – qui ne cesse de se détériorer, à un rythme qui le rapproche des normes du tiers-monde.
Le rapport détaillé publié la semaine dernière par le ministère de la Protection de l’environnement révèle que la guerre actuelle, qui a commencé le 7 octobre 2023, a provoqué d’énormes dégâts en ce qui concerne l’environnement et la santé publique, et ce dans plusieurs domaines, à commencer par les feux de forêt déclenchés par des roquettes du Hezbollah dans le nord du pays.
Mais ce rapport ne dresse pas la liste des dégâts causés par une autre guerre : celle que le gouvernement a déclarée au mouvement écologiste.
Traduit et adapté de l’article original, paru dans le site hébreu du Times of Israël Zman Yisrael.
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